Imaginez un lundi ordinaire dans un petit village de Cisjordanie. Des hommes vaquent à leurs occupations quotidiennes, des enfants jouent dans les ruelles poussiéreuses. Soudain, des coups de feu retentissent. Deux frères s’effondrent, touchés mortellement. Cette scène tragique s’est déroulée lundi dans le village de Qaryut, au sud de Naplouse, laissant derrière elle une famille brisée et une nouvelle marque indélébile dans le long cycle de violences qui ensanglante la région.
Une attaque qui endeuille Qaryut
Les victimes s’appellent Mohammed et Fahim Mouammar. Âgés respectivement de 48 et 52 ans, ces deux frères ont été abattus par balles lors d’une attaque menée par des colons israéliens. Selon les informations transmises par les services de santé palestiniens, Mohammed a reçu une balle dans la tête, tandis que Fahim a été touché au bassin. Les deux hommes n’ont pas survécu à leurs blessures.
Sur place, les secours du Croissant-Rouge palestinien sont rapidement intervenus. Outre les deux décès, au moins trois autres personnes ont été blessées par balles. Parmi elles figure un adolescent de seulement 15 ans, atteint à l’épaule. Les images qui circulent montrent les corps des victimes ainsi que les blessés transférés en urgence vers l’hôpital Rafidia de Naplouse.
Le contexte immédiat de l’attaque
Ce drame ne survient pas dans le vide. Depuis plusieurs mois, la Cisjordanie connaît une recrudescence spectaculaire des violences. L’attaque du 7 octobre 2023 par le Hamas contre Israël a déclenché une guerre dévastatrice dans la bande de Gaza. Bien que le cessez-le-feu y soit entré en vigueur dès le 10 octobre, les tensions n’ont cessé de croître dans les territoires occupés.
Les affrontements opposent régulièrement des colons israéliens à des Palestiniens. Certains groupes de colons, minoritaires mais très actifs, mènent des opérations punitives contre les villages palestiniens. Ces actes incluent des incendies, des destructions de biens et, de plus en plus fréquemment, des tirs à balles réelles.
Un bilan humain très lourd depuis octobre 2023
Les chiffres sont éloquents et glaçants. Depuis le début de la guerre à Gaza, plus de 1 040 Palestiniens ont perdu la vie en Cisjordanie, tués par des soldats ou des colons israéliens. Parmi eux se trouvent de nombreux combattants, mais aussi un grand nombre de civils. Côté israélien, au moins 44 personnes – civils et militaires – ont été tuées dans des attaques palestiniennes ou lors d’opérations militaires.
Ces statistiques traduisent une réalité quotidienne marquée par la peur, les barrages, les incursions nocturnes et les représailles. Chaque incident, aussi localisé soit-il, alimente un climat de défiance généralisée et renforce les divisions déjà profondes.
Qaryut : un village sous tension permanente
Qaryut n’est pas un cas isolé. Situé au sud de Naplouse, ce village palestinien se trouve à proximité de plusieurs implantations israéliennes. Ces colonies, construites sur des terres occupées depuis 1967, sont considérées comme illégales par le droit international et par une grande partie de la communauté internationale.
Plus de 500 000 Israéliens vivent aujourd’hui dans ces colonies en Cisjordanie, hors Jérusalem-Est, au milieu d’environ trois millions de Palestiniens. Si la majorité des colons ne participent à aucune violence, des groupes radicaux organisent régulièrement des expéditions punitives contre les communautés palestiniennes voisines.
Les habitants de Qaryut, comme ceux de nombreux autres villages, vivent sous la menace constante de ces incursions. Les routes d’accès sont parfois bloquées, les champs brûlés, les oliviers arrachés. L’attaque de lundi s’inscrit donc dans une série d’événements similaires qui se répètent depuis des mois.
Réactions et enquête en cours
L’armée israélienne a indiqué qu’elle examinait les allégations concernant cette attaque. Aucune précision supplémentaire n’a été communiquée dans l’immédiat. Du côté palestinien, le ministère de la Santé a rapidement communiqué les identités des victimes et la nature de leurs blessures, soulignant l’urgence de la situation.
Les images des corps et des blessés hospitalisés ont rapidement circulé, suscitant indignation et tristesse parmi les Palestiniens. Pour beaucoup, cet événement est une illustration supplémentaire de l’impunité dont bénéficieraient certains colons dans leurs actions contre les civils palestiniens.
Une spirale de violences difficile à enrayer
Chaque nouvel incident semble renforcer la méfiance mutuelle. Les attaques de colons provoquent colère et ressentiment chez les Palestiniens. En retour, des actes de violence palestiniens contre des Israéliens alimentent la peur et justifient, aux yeux de certains, des mesures sécuritaires toujours plus strictes.
Ce cercle vicieux s’est considérablement accéléré depuis l’automne 2023. La guerre à Gaza a servi de catalyseur, transformant des tensions locales en affrontements plus ouverts et plus meurtriers. Les appels à la retenue et au dialogue semblent pour l’instant se heurter à un mur d’incompréhension et de rancœur accumulées depuis des décennies.
Le quotidien des habitants sous occupation
Derrière les grands chiffres et les titres dramatiques, il y a des vies bouleversées. À Qaryut, comme ailleurs en Cisjordanie, les familles vivent avec la peur au ventre. Les parents hésitent à laisser leurs enfants aller seuls à l’école. Les agriculteurs craignent de se rendre dans leurs champs. Les jeunes grandissent dans un environnement où la violence fait partie du paysage quotidien.
Cette situation crée un sentiment d’impuissance et de désespoir chez beaucoup. Les solutions politiques semblent lointaines, voire impossibles. En attendant, chaque jour apporte son lot de nouvelles tragédies, comme celle qui a frappé les frères Mouammar ce lundi.
Vers une escalade ou une prise de conscience ?
La question que tout le monde se pose est simple : jusqu’où ira cette spirale ? Chaque nouvel acte de violence semble repousser un peu plus loin les chances d’une désescalade. Pourtant, des voix, même minoritaires, continuent de s’élever pour appeler au calme et à la coexistence.
Mais pour l’instant, la réalité sur le terrain reste implacable. Les colons radicaux poursuivent leurs actions. Les réponses palestiniennes, parfois violentes, entretiennent le cycle. Et au milieu, des civils paient le prix fort, comme Mohammed et Fahim Mouammar, dont les vies se sont arrêtées net un lundi d’hiver en Cisjordanie.
Le drame de Qaryut n’est malheureusement pas unique. Il s’ajoute à une longue liste d’incidents similaires qui ont marqué les mois écoulés. Chaque fois, les mêmes questions reviennent : comment sortir de cette impasse ? Qui prendra enfin l’initiative de briser ce cycle infernal ? Pour l’instant, les réponses restent rares et les victimes, elles, continuent de s’accumuler.
En attendant, dans les villages palestiniens de Cisjordanie, la vie reprend, fragile, marquée par le deuil et l’inquiétude. Les familles des frères Mouammar pleurent leurs proches. Les blessés soignent leurs plaies. Et tous se demandent, sans doute, quand viendra le prochain drame.
Ce lundi à Qaryut restera gravé dans les mémoires comme un jour de tristesse et de colère. Mais surtout comme un rappel cruel que, malgré les cessez-le-feu ailleurs, la paix reste désespérément hors de portée dans ce coin de terre disputé depuis si longtemps.
Les habitants de Cisjordanie continuent de vivre au rythme des violences, des barrages, des peurs et des espoirs ténus. Chaque vie perdue est une blessure supplémentaire dans un conflit qui semble ne jamais devoir s’arrêter. Et pourtant, malgré tout, la vie continue, obstinément, dans ce territoire où l’histoire pèse si lourd sur le présent.
« Chaque mort est une tragédie. Chaque famille brisée porte le poids d’un conflit qui dure depuis trop longtemps. »
Le cas des frères Mouammar illustre tragiquement cette réalité. Leur disparition soudaine laisse derrière elle des enfants orphelins, une épouse veuve, des parents effondrés. Mais au-delà de la douleur individuelle, c’est tout un peuple qui continue de payer le prix d’une situation bloquée depuis des décennies.
Les organisations internationales continuent d’appeler à la retenue et au respect du droit international. Les colonies restent illégales aux yeux de la majorité des pays. Pourtant, sur le terrain, la construction se poursuit et les tensions s’exacerbent.
Dans ce contexte, chaque incident comme celui de Qaryut prend une dimension symbolique. Il rappelle que derrière les grands titres et les négociations lointaines, ce sont des êtres humains qui souffrent, jour après jour, dans une terre où la paix semble toujours reculer à mesure qu’on s’en approche.
La mort des deux frères palestiniens n’est pas seulement un fait divers tragique. C’est un symptôme d’un mal beaucoup plus profond qui continue de gangrener la région. Et tant que ce mal ne sera pas traité à la racine, les drames comme celui de lundi risquent de se répéter, inlassablement.









