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Tragédie de Göttingen : l’auteur irresponsable face à la mort d’une ado ukrainienne

À 16 ans, Liana, réfugiée ukrainienne, a été poussée sous un train par un migrant irakien tenu pour irresponsable en raison d’une schizophrénie. La famille crie à l’injustice tandis que l’homme échappe à tout procès. Que dit vraiment cette décision ?

Imaginez une jeune fille de 16 ans, arrivée en Allemagne pour fuir les bombes, qui trouve la mort de la manière la plus brutale qui soit, poussée sous un train par un inconnu. Imaginez ensuite que la justice déclare cet homme pénalement irresponsable et qu’aucun procès n’aura lieu. C’est précisément ce scénario glaçant qui s’est déroulé à Göttingen, laissant une famille brisée et une opinion publique profondément troublée.

Une vie fauchée en pleine gare

Au cœur de l’été dernier, dans la petite ville de Friedland près de Göttingen, une adolescente ukrainienne nommée Liana attendait tranquillement son train. Comme des milliers d’autres jeunes filles de son âge, elle tentait de reconstruire une vie normale après avoir fui la guerre. Ce jour-là pourtant, tout bascula en quelques secondes.

Un homme s’approche, sans un mot. D’un geste soudain et violent, il la pousse sur les voies alors qu’un lourd train de marchandises arrive à pleine vitesse. Les témoins hurlent, certains tentent de s’élancer, mais il est déjà trop tard. Liana est tuée sur le coup. Le suspect est immédiatement interpellé sur place.

L’enquête révèle un parcours chaotique

L’auteur présumé des faits est un ressortissant irakien d’une trentaine d’années, arrivé en Allemagne plusieurs années auparavant. Au moment des faits, il faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire, décision administrative devenue exécutoire depuis un certain temps déjà. Malgré cette injonction, il se trouvait toujours sur le sol allemand.

Les premiers éléments de l’enquête mettent rapidement en lumière des antécédents psychiatriques lourds. L’homme avait déjà été suivi à plusieurs reprises pour des troubles graves, diagnostiqués comme relevant de la schizophrénie paranoïde. Ces éléments, d’abord considérés comme secondaires, allaient devenir déterminants pour la suite de la procédure.

Le couperet de l’irresponsabilité pénale

Après plusieurs expertises psychiatriques contradictoires, les autorités judiciaires ont finalement conclu que l’auteur des faits était dans un état de schuldunfähigkeit, autrement dit d’irresponsabilité pénale au moment des faits. En droit allemand, cette notion signifie que la personne ne pouvait pas, au moment de l’acte, reconnaître le caractère illicite de son comportement ni agir en conséquence.

Conséquence directe : aucune accusation criminelle ne sera retenue. Pas de procès pour meurtre, pas de condamnation, pas de peine de prison. L’homme ne connaîtra pas les bancs d’une cour d’assises. À la place, la justice envisage désormais son placement en milieu psychiatrique fermé, mesure de sûreté et non sanction pénale.

« On nous dit que l’homme n’était pas conscient de ses actes. Mais ma fille est morte. Qui va répondre de ça ? »

Membre de la famille de la victime (témoignage recueilli par la presse locale)

Cette décision, bien que conforme au droit, suscite une incompréhension totale au sein de la famille de Liana. Pour eux, l’absence totale de sanction pénale constitue une seconde blessure, presque aussi douloureuse que la première.

Le difficile équilibre entre santé mentale et sécurité publique

Le cas de Göttingen n’est malheureusement pas isolé. En Allemagne comme dans plusieurs pays européens, la question de la responsabilité pénale des personnes souffrant de troubles psychiatriques graves revient régulièrement dans le débat public, surtout lorsqu’un acte violent est commis.

D’un côté, le principe humaniste veut qu’on ne punisse pas une personne qui, au moment des faits, n’avait pas la capacité de comprendre ou de contrôler ses actes. De l’autre, les victimes et leurs proches estiment légitimement que l’absence de sanction pénale laisse un vide judiciaire et symbolique immense.

Certains psychiatres soulignent que la schizophrénie, lorsqu’elle est aiguë et non traitée, peut effectivement abolir temporairement la capacité de discernement. D’autres experts, plus critiques, regrettent que les expertises soient parfois réalisées trop rapidement ou sans suffisamment de recul.

Un contexte migratoire explosif

Ce drame ne peut être analysé sans prendre en compte la dimension migratoire. L’auteur présumé était sous le coup d’une obligation de quitter le territoire depuis plusieurs mois. Sa présence sur le sol allemand au moment des faits pose donc la question de l’effectivité des mesures d’éloignement.

Pourquoi une personne faisant l’objet d’une mesure d’expulsion se trouvait-elle encore libre de ses mouvements dans une gare ? Quels contrôles ont été effectués ? Et surtout : comment expliquer que des antécédents psychiatriques graves n’aient pas déclenché une prise en charge plus précoce et plus ferme ?

Ces questions, bien que légitimes, se heurtent souvent à une réalité administrative complexe : manque de places en centres psychiatriques, difficultés diplomatiques pour organiser les retours, saturation des services, etc.

La douleur indicible d’une famille déchirée

Derrière les termes juridiques et les communiqués de presse se cache une souffrance humaine immense. La mère de Liana, qui avait tout quitté pour offrir un avenir meilleur à sa fille, doit désormais vivre avec l’image de cet ultime instant sur le quai de gare.

Les proches décrivent une adolescente pleine de vie, souriante, qui apprenait l’allemand avec enthousiasme et rêvait de devenir médecin. Sa mort brutale, suivie de cette décision judiciaire, laisse la famille face à un sentiment d’abandon total par l’État qui était censé la protéger.

« Nous sommes venus ici pour la sécurité, et c’est ici qu’on nous a pris notre enfant », répète régulièrement la mère dans les rares prises de parole autorisées par son avocat.

Quelles suites judiciaires possibles ?

Techniquement, la procédure pénale est close. Cependant, plusieurs recours restent envisageables :

  • La famille pourrait demander une nouvelle expertise psychiatrique indépendante
  • Un recours devant la Cour constitutionnelle fédérale n’est pas totalement exclu
  • Une plainte pour homicide involontaire (si faute médicale ou administrative caractérisée) pourrait être tentée
  • Une procédure au civil pour obtenir réparation du préjudice pourrait être engagée

Ces différentes voies demeurent toutefois très incertaines et longues, dans un système qui a déjà tranché la question essentielle de la culpabilité pénale.

Un débat de société qui dépasse largement ce cas

Ce drame soulève des questions fondamentales sur plusieurs fronts :

  1. La prise en charge des troubles psychiatriques graves chez les personnes en situation irrégulière
  2. L’effectivité réelle des décisions d’éloignement du territoire
  3. La place de la santé mentale dans l’appréciation de la responsabilité pénale
  4. La reconnaissance et l’accompagnement des victimes collatérales de la migration (ici les réfugiés ukrainiens)
  5. L’équilibre entre protection de la société et respect des droits fondamentaux des auteurs de faits graves

Chacun de ces points mériterait à lui seul un débat national approfondi, loin des postures politiciennes et des raccourcis médiatiques.

Vers un nécessaire rééquilibrage ?

De nombreux observateurs estiment aujourd’hui que le curseur a peut-être trop basculé du côté de la compréhension psychiatrique au détriment de la nécessaire protection des citoyens et de la reconnaissance de la souffrance des victimes.

Sans remettre en cause le principe même de l’irresponsabilité pénale (principe ancien et inscrit dans la plupart des démocraties), beaucoup demandent que les mesures de sûreté soient plus systématiques, plus longues et surtout mieux contrôlées.

Certains proposent également la création d’une juridiction spécialisée dans les affaires mêlant troubles psychiatriques graves et violence extrême, capable de combiner expertise médicale pointue et prise en compte pleine et entière de la gravité des faits.

Liana, symbole d’une double vulnérabilité

La jeune Ukrainienne incarne malheureusement plusieurs vulnérabilités cumulées : celle de l’adolescente, celle de la migrante, celle de la personne arrivée dans un pays dont elle ne maîtrisait pas encore parfaitement la langue, et enfin celle d’une victime d’un système qui n’a pas su la protéger.

Son histoire tragique rappelle cruellement que derrière chaque fait divers se cache une chaîne de responsabilités individuelles et collectives. Et que lorsque cette chaîne se rompt, ce sont souvent les plus fragiles qui en payent le prix le plus lourd.

Quelques mois après les faits, le quai de gare de Friedland a retrouvé son calme apparent. Les trains passent, les voyageurs se pressent. Mais pour une famille, le temps s’est arrêté ce jour d’août, et la quête de sens et de justice ne fait que commencer.

Le cas de Liana continuera sans doute longtemps à hanter les débats sur l’immigration, la psychiatrie et la justice en Allemagne. Et au-delà, il pose à chaque société cette question lancinante : comment protéger les innocents tout en respectant les droits de ceux qui, parfois, perdent le contrôle d’eux-mêmes ?

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