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Tragédie à Hong Kong : 94 Morts dans l’Incendie le Plus Meurtrier

94 morts, des centaines de blessés et des familles brisées : Hong Kong pleure encore les victimes du pire incendie depuis 75 ans. Les pompiers fouillent les derniers appartements calcinés… Le bilan pourrait encore s’alourdir. Que s’est-il réellement passé dans ces tours en rénovation ?

Imaginez-vous réveillé en pleine nuit par une chaleur suffocante et des cris de panique. Pas d’alarme, juste l’odeur âcre de la fumée qui envahit votre appartement. En quelques minutes, tout votre immeuble devient un piège mortel. C’est exactement ce qu’ont vécu des milliers d’habitants de Hong Kong cette semaine.

Le pire incendie depuis des décennies frappe la ville

Mercredi après-midi, un feu d’une violence inouïe s’est déclaré dans le complexe résidentiel Wang Fuk Court, à Tai Po, dans le nord de l’agglomération. Huit immeubles de 31 étages, en pleine rénovation, ont été la proie des flammes. Vendredi matin, le bilan officiel s’élevait déjà à 94 morts, dont un pompier qui combattait le sinistre. Et les secours craignent que ce chiffre ne grimpe encore.

Après plus de 24 heures de lutte acharnée, les pompiers ont enfin maîtrisé l’incendie dans sept des huit tours. Mais les opérations continuent : il faut refroidir les structures, éviter une reprise du feu et, surtout, fouiller les derniers appartements inaccessibles.

Les dernières recherches dans un décor apocalyptique

Ce vendredi, des centaines de soldats du feu, épuisés après deux jours et deux nuits sans relâche, pénètrent un à un dans les logements calcinés. Certains portes doivent être forcées. Vingt-cinq appels au secours restaient encore sans réponse claire.

Dans les couloirs noircis, l’air reste irrespirable. Des étincelles jaillissent encore par endroits. Les journalistes sur place décrivent une scène irréelle : des tours autrefois pleines de vie ne dégagent plus que fumée épaisse et odeur de plastique brûlé.

« Le feu s’est propagé si vite… Sonner et frapper aux portes, dire aux voisins de fuir, c’était la seule solution. »

Suen, habitant rescapé

Un bilan humain qui glace le sang

Jeudi soir, les autorités ont confirmé 94 victimes. Parmi elles, un pompier mort en service. Plus de cinquante personnes sont encore hospitalisées, dont douze dans un état critique et vingt-huit graves.

Le matin même, le dirigeant John Lee évoquait 279 personnes portées disparues. Ce chiffre n’a pas été mis à jour depuis, même si plusieurs ont pu être localisées entre-temps. L’angoisse reste totale pour des dizaines de familles.

Dans un centre communautaire voisin, des scènes déchirantes se déroulent : des policiers montrent discrètement des photos de corps méconnaissables à ceux qui cherchent un père, une mère, un enfant.

« Quand le visage n’est plus reconnaissable, on regarde les bijoux, les vêtements, n’importe quel détail… Il y avait des enfants. »

Cheung, à la recherche de ses proches

Pourquoi le feu s’est-il propagé aussi rapidement ?

Plusieurs éléments ont transformé une simple étincelle en catastrophe majeure. Les échafaudages en bambou, encore très utilisés à Hong Kong, ont agi comme des mèches géantes. Les matériaux synthétiques isolants, hautement inflammables, ont fait le reste.

De nombreux habitants affirment n’avoir entendu aucune alarme incendie. Sans signal sonore, beaucoup n’ont pris conscience du danger qu’en voyant la fumée ou en sentant la chaleur insupportable.

Facteurs ayant accéléré la catastrophe :

  • Échafaudages traditionnels en bambou extrêmement combustibles
  • Revêtements et isolants synthétiques très inflammables
  • Absence ou défaillance des alarmes dans plusieurs blocs
  • Travaux de rénovation en cours avec matériaux stockés sur place
  • Densité extrême limitant les issues de secours efficaces

Premières arrestations et promesse d’enquête

La police a interpellé trois hommes soupçonnés de grossière négligence. Des matériaux inflammables abandonnés lors des travaux auraient permis au feu de se propager à une vitesse terrifiante. Leur rôle exact dans le départ du sinistre reste à établir.

Le dirigeant John Lee a immédiatement ordonné l’inspection de tous les grands chantiers de rénovation de la ville. Le numéro deux du gouvernement, Eric Chan, a qualifié d’« impératif » le passage complet aux échafaudages métalliques.

Plus grave encore : la Commission indépendante contre la corruption a annoncé la création d’un groupe de travail spécial. L’ampleur du drame a remis sur la table les soupçons de corruption dans l’attribution et l’exécution des marchés publics de rénovation.

Hong Kong face à sa propre vulnérabilité

Avec 7,5 millions d’habitants sur un territoire exigu, Hong Kong affiche une densité moyenne de plus de 7 100 habitants au kilomètre carré – jusqu’à trois fois plus dans les quartiers les plus denses. Les tours de 40, 50, parfois 70 étages sont légion.

Ce drame rappelle brutalement que la verticalité extrême, si elle permet de loger tout le monde, transforme aussi chaque incident en menace potentiellement catastrophique. Un simple court-circuit peut devenir une tragédie nationale.

Le complexe Wang Fuk Court, inauguré en 1983, comptait près de 2 000 logements. Des familles entières y vivaient depuis des décennies. Aujourd’hui, des milliers de personnes se retrouvent sans rien, hébergées dans des gymnases ou chez des proches.

Une solidarité immense dans la douleur

Malgré l’horreur, Hong Kong montre un visage solidaire. Files d’attente interminables pour donner son sang. Centres de dons débordés de vêtements, couvertures, produits de première nécessité. Des bénévoles se relaient jour et nuit pour accompagner les familles endeuillées.

Des messages de condoléances affluent du monde entier, mais aussi de Chine continentale où la nouvelle a profondément choqué. Des minutes de silence ont été observées dans plusieurs villes.

Pourtant, derrière l’élan collectif, la colère gronde. Comment une ville aussi moderne, aussi riche, a-t-elle pu laisser se produire une telle catastrophe ? Les questions sur la sécurité des vieux immeubles, sur les normes de rénovation, sur la surveillance des chantiers, fusent de toutes parts.

Vers un changement profond des pratiques ?

Ce drame pourrait marquer un tournant. Le gouvernement promet déjà des mesures radicales : fin progressive des échafaudages en bambou, renforcement des contrôles sur les matériaux, révision complète des systèmes d’alarme et de désenfumage.

Mais beaucoup doutent. Des promesses similaires avaient été faites après d’autres incendies moins meurtriers. Cette fois, l’ampleur du bilan – le pire depuis 1948 – rend toute inaction politiquement intenable.

Les familles des victimes, elles, n’attendent pas. Elles veulent des réponses claires, rapides, et des responsables jugés. Elles veulent que plus jamais un enfant ne meure parce qu’une alarme n’a pas sonné ou parce qu’un échafaudage en bambou a transformé une tour en torche.

Hong Kong pleure ses morts. Mais dans les larmes, une détermination nouvelle semble naître : celle de ne plus jamais revivre un tel cauchemar.

(Article mis à jour le 28 novembre 2025 – suivi en continu)

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