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Tony Blair Revient au Moyen-Orient : Rôle Clé dans le Plan Trump pour Gaza

Tony Blair, l’homme de l’Irak controversé, fait son grand retour au Moyen-Orient aux côtés de Donald Trump pour superviser la paix à Gaza. Une nomination qui divise déjà… mais que cache vraiment ce choix audacieux ?

Imaginez un homme politique dont le nom seul suffit à réveiller des passions contradictoires : admiration pour certains, colère profonde pour beaucoup d’autres. Aujourd’hui, à 72 ans, cet homme refait surface là où tout le monde pensait son rôle définitivement terminé : le Proche-Orient. Et pas n’importe comment : choisi directement par Donald Trump pour participer à la supervision de la future paix à Gaza.

Le 10 octobre dernier, un cessez-le-feu fragile mais historique entrait en vigueur dans la bande de Gaza après trois mois d’intenses pressions diplomatiques américaines. Deux jours après cette étape décisive, la phase 2 du plan ambitieux de Donald Trump était officiellement lancée. C’est dans ce contexte hautement sensible qu’est apparu le nom inattendu : Tony Blair.

Le retour surprise d’un ancien Premier ministre au cœur du conflit

Le président américain a donc annoncé la création d’un Conseil de la paix spécialement dédié à Gaza. Lui-même en prendra la présidence, tandis que Tony Blair siègera au comité exécutif aux côtés de figures majeures de l’administration Trump, dont le secrétaire d’État Marco Rubio et Jared Kushner, gendre de Trump et déjà très impliqué dans les dossiers moyen-orientaux.

Dans un communiqué officiel, l’ancien locataire de Downing Street n’a pas caché sa satisfaction :

Je remercie le président Trump pour son leadership dans la création du Conseil pour la paix et je suis honoré d’avoir été nommé à son comité exécutif.

Ces mots marquent le grand retour officiel de Tony Blair sur la scène diplomatique régionale, plus de dix ans après la fin de son mandat d’envoyé spécial du Quartet.

Un parcours déjà marqué par la région

Après avoir quitté ses fonctions de Premier ministre en 2007, Tony Blair avait accepté une mission délicate : devenir l’envoyé spécial du Quartet pour le Moyen-Orient. Ce groupe réunissait les États-Unis, l’Union européenne, la Russie et les Nations unies. Sa feuille de route était ambitieuse : relancer le processus de paix, renforcer les institutions palestiniennes et encourager le développement économique dans les territoires.

Malheureusement, les résultats sont restés très en deçà des attentes. Le processus de paix était déjà gelé, et les tensions permanentes entre Israéliens et Palestiniens rendaient toute avancée concrète extrêmement difficile. Malgré cet échec relatif, Tony Blair avait multiplié les contacts avec les dirigeants de la région, ce qui explique sans doute pourquoi son nom est revenu si rapidement sur la table lorsque Donald Trump a cherché des alliés expérimentés.

Les prémices de ce retour : des visites discrètes dès l’été

Dès le mois d’août, des informations avaient filtré sur une rencontre importante à la Maison Blanche. Tony Blair s’y était rendu en compagnie de Jared Kushner. Ensemble, ils avaient présenté les grandes lignes d’un projet destiné à mettre fin au conflit meurtrier qui ensanglante Gaza depuis l’attaque du 7 octobre 2023.

Selon plusieurs sources bien informées, l’ancien Premier ministre britannique aurait joué un rôle central dans la conception même du plan Trump. Il se serait notamment chargé d’obtenir le soutien de plusieurs dirigeants arabes, capitalisant sur ses nombreuses années de contacts dans la région.

Cette implication précoce explique pourquoi son nom circulait déjà dans les couloirs diplomatiques dès l’automne. Mais cette perspective ne faisait pas l’unanimité, loin de là.

Une nomination qui suscite immédiatement de vives critiques

Dès que la rumeur de sa participation s’est confirmée, les réactions hostiles ont fusé, notamment dans le camp palestinien. Moustafa Barghouti, figure importante de la société civile palestinienne, n’a pas mâché ses mots :

Une idée absolument horrible. Il est inacceptable de faire appel à une personne étrangère pour gérer la bande de Gaza.

La raison principale de cette colère ? Le rôle joué par Tony Blair dans l’invasion de l’Irak en 2003. Cette décision reste, encore aujourd’hui, l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire politique britannique récente.

L’ombre persistante de la guerre en Irak

En mars 2003, Tony Blair avait décidé d’engager le Royaume-Uni aux côtés des États-Unis dans l’opération militaire visant à renverser Saddam Hussein. La justification officielle reposait sur la présence supposée d’armes de destruction massive en possession du régime irakien. Des armes qui, on le sait aujourd’hui, n’ont jamais été découvertes.

À l’époque, des millions de Britanniques étaient descendus dans la rue pour protester contre cette guerre. Londres avait connu l’une des plus grandes manifestations de son histoire. Beaucoup accusaient alors le Premier ministre d’avoir délibérément trompé le Parlement et l’opinion publique.

Malgré les années écoulées, la blessure reste vive. Au Moyen-Orient, de nombreux responsables politiques et citoyens n’ont jamais pardonné à Tony Blair ce qu’ils considèrent comme une agression illégale ayant déstabilisé durablement la région.

Tony Blair face à ses détracteurs : une ligne de défense inchangée

Interrogé en 2023, l’ancien Premier ministre n’avait pas modifié sa position. Il continuait de défendre l’intervention en affirmant qu’elle avait au moins permis d’écarter un despote et d’essayer d’installer une forme de démocratie en Irak.

Il n’a jamais présenté d’excuses formelles pour la décision d’entrer en guerre. Ses détracteurs les plus virulents estiment même qu’il devrait répondre devant la justice internationale pour crimes de guerre.

Cette absence de repentance constitue l’un des principaux arguments brandis aujourd’hui par ceux qui s’opposent à son retour au premier plan dans les affaires moyen-orientales.

Un rôle précis dans la nouvelle phase du plan Trump

Le Conseil de la paix créé par Donald Trump aura pour mission principale de superviser la mise en œuvre de la phase 2 du plan. Celle-ci inclut notamment la création d’un comité palestinien temporaire et technocratique composé de 15 personnalités chargées d’administrer la bande de Gaza durant une période transitoire.

Dans son communiqué, Tony Blair a lui-même insisté sur l’ampleur de la tâche :

La mise en œuvre de ce plan exigera un engagement considérable et un travail acharné.

Ces mots traduisent à la fois une forme de réalisme et une volonté de montrer qu’il mesure parfaitement la difficulté du défi qui l’attend.

Un charisme intact malgré les années et les controverses

Il faut reconnaître une chose à Tony Blair : malgré les années et les polémiques, il conserve un charisme politique certain et une capacité rare à dialoguer avec des interlocuteurs très différents.

C’est précisément cette qualité qui explique pourquoi certains, à Washington, ont souhaité le voir revenir dans le jeu. Dans un contexte où la méfiance règne entre les différentes parties, pouvoir compter sur un médiateur expérimenté et ayant déjà côtoyé de nombreux dirigeants de la région constitue un atout non négligeable.

Le paradoxe d’un homme à la fois adulé et détesté

Avant la guerre en Irak, Tony Blair était sans conteste l’un des Premiers ministres britanniques les plus populaires de l’après-guerre. Élu triomphalement en 1997, réélu en 2001 puis en 2005, il incarnait alors un optimisme économique et une modernité politique qui séduisaient largement.

Il avait également réussi, en 1998, à faire aboutir l’accord du Vendredi saint mettant fin à trois décennies de conflit en Irlande du Nord. Ce succès diplomatique reste aujourd’hui encore l’un des grands moments de sa carrière.

Le contraste est saisissant entre cet homme capable de réaliser des percées historiques et celui que beaucoup accusent d’avoir pris l’une des plus graves décisions de l’histoire contemporaine récente.

Quel avenir pour cette nouvelle mission ?

La question que tout le monde se pose désormais est simple : Tony Blair parviendra-t-il à transformer cette nomination controversée en véritable apport positif pour la région ? Ou bien sa simple présence risque-t-elle au contraire de compliquer davantage un processus déjà extrêmement fragile ?

Les prochains mois apporteront sans doute des éléments de réponse. En attendant, une chose est sûre : le retour de Tony Blair sur la scène moyen-orientale rappelle brutalement que, en politique internationale, les carrières ne s’achèvent jamais vraiment… même quand on les croyait définitivement terminées.

Et tandis que le cessez-le-feu tient bon pour l’instant, tous les regards se tournent désormais vers ce Conseil de la paix et vers l’homme qui, pour le meilleur et pour le pire, en constitue l’une des figures les plus clivantes.

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