Tensions sécuritaires à Conakry : des tirs nourris près de la prison centrale
La matinée du 10 février 2026 a débuté de manière inhabituelle dans le quartier de Kaloum, au cœur de Conakry. Peu avant 9 heures, des témoins ont perçu des bruits de véhicules circulant à grande vitesse, suivis rapidement par des rafales soutenues provenant d’armes automatiques. Ces sons inhabituels ont immédiatement alerté les riverains, qui se sont précipités aux fenêtres ou ont cherché à comprendre la situation.
Les détonations ont duré un peu plus d’une demi-heure, créant une atmosphère de confusion et d’inquiétude. Plusieurs personnes présentes dans le secteur ont décrit une scène de chaos soudain, avec des habitants fuyant dans différentes directions pour se mettre à l’abri. L’incident s’est produit dans une zone stratégique, regroupant des institutions clés et des bâtiments officiels.
Un dispositif de sécurité impressionnant déployé sur place
Peu après les premiers tirs, un important cordon sécuritaire a été mis en place. Policiers et militaires, notamment des unités des forces spéciales, ont bloqué les accès routiers menant vers la zone concernée. Trois blindés ont été positionnés en évidence, signalant une réponse ferme et organisée des autorités.
Le quartier, situé sur une péninsule, concentre de nombreuses administrations et représente le poumon politique et administratif de la capitale. La fermeture temporaire de la commune a accentué le sentiment d’isolement, avant une réouverture progressive en fin de matinée. Ce déploiement rapide illustre la sensibilité des lieux et la volonté de contenir toute propagation d’un éventuel trouble.
Des ambulances ont été vues quitter les lieux en milieu de matinée, laissant planer des interrogations sur d’éventuelles victimes. Les témoignages convergent vers une accalmie relative par la suite, mais l’incertitude demeure quant aux circonstances exactes.
Témoignages oculaires : la peur au cœur de la capitale
Un professionnel exerçant dans le quartier a partagé son expérience : il a entendu les moteurs vrombissants avant les premières rafales. Sorti précipitamment pour observer, il a assisté à une scène inattendue dans ce secteur habituellement animé mais contrôlé. D’autres résidents ont évoqué une fuite collective face à l’embouteillage soudain et aux bruits de tirs.
« Nous sommes arrivés au niveau de la zone, nous avons entendu les tirs et, avec l’embouteillage, nous nous sommes précipités chacun de notre côté pour fuir. »
Un fonctionnaire à la retraite témoin des faits
Une habitante vivant à proximité a décrit des échanges à l’intérieur même des installations, suivis d’une débandade générale. Elle a noté une amélioration de la situation vers le milieu de la matinée, qualifiant le moment d’accalmie après la tempête. Ces récits personnels mettent en lumière l’impact psychologique immédiat sur la population locale.
La proximité avec des sites officiels amplifie la portée de l’événement. Toute perturbation dans ce périmètre sensible attire inévitablement l’attention et soulève des questions sur les mesures de prévention en place.
Contexte historique d’une prison au cœur des crises guinéennes
La prison centrale de Conakry n’en est pas à son premier épisode mouvementé. En novembre 2023, un groupe armé avait réussi à extraire plusieurs détenus de haut profil au cours d’une opération violente, entraînant des échanges de feu et des pertes humaines. Parmi les figures concernées figuraient des personnalités liées à des événements tragiques du passé guinéen.
Ces anciens responsables attendaient leur procès pour des faits remontant à 2009, période marquée par des violences massives sous un régime précédent. Le parcours judiciaire de l’un d’eux a connu des rebondissements notables : condamné à une lourde peine en 2024, il a bénéficié d’une mesure de clémence en 2025 pour des motifs de santé.
Cet antécédent renforce la perception de la prison comme un lieu vulnérable et stratégique. Toute activité inhabituelle y est scrutée avec attention, car elle peut raviver des souvenirs douloureux et des débats sur la justice transitionnelle dans le pays.
La Guinée sous la présidence de Mamadi Doumbouya : un pouvoir ferme
Depuis son arrivée au pouvoir en 2021 par un coup d’État, le général Mamadi Doumbouya dirige le pays avec autorité. Élu président en décembre lors d’un scrutin où l’opposition majeure était absente, il incarne une continuité militaire dans la gouvernance.
Son mandat a été marqué par des mesures restrictives : suspension de plusieurs formations politiques, interdiction des manifestations depuis 2022, répression des rassemblements, arrestations d’opposants et de membres de la société civile. Certains ont été jugés, condamnés ou contraints à l’exil.
Les signalements de disparitions forcées et d’enlèvements se sont multipliés, alimentant les critiques sur le respect des libertés fondamentales. Dans ce climat, tout incident sécuritaire prend une dimension politique accrue, même si les motifs précis restent inconnus pour l’heure.
Réactions et perspectives immédiates
La population de Kaloum a vécu ces heures avec appréhension, alternant entre fuite instinctive et retour prudent une fois le calme revenu. Les forces de sécurité ont maintenu une présence visible, avec blindés et effectifs déployés pour dissuader toute réplique.
Les autorités n’ont pas encore communiqué officiellement sur les causes ou le bilan exact. Les spéculations vont bon train parmi les habitants, qui craignent une escalade ou un nouveau développement imprévu. La reprise progressive des activités dans le quartier marque un retour apparent à la normale, mais la vigilance reste de mise.
Ce type d’événement rappelle la volatilité persistante en Guinée, pays marqué par une histoire de régimes autoritaires depuis l’indépendance en 1958. La transition vers une gouvernance plus stable reste un défi majeur, avec des enjeux de sécurité, de justice et de réconciliation nationale.
Les prochains jours permettront sans doute d’en savoir davantage sur les circonstances précises. En attendant, l’incident souligne l’importance de la stabilité dans une capitale où chaque bruit suspect peut réveiller des tensions enfouies.
Pour les Guinéens ordinaires, ces moments de panique rappellent que la paix reste précaire. Les institutions doivent redoubler d’efforts pour garantir la sécurité sans compromettre les droits essentiels. L’évolution de la situation sera scrutée de près, tant au niveau local qu’international.
Dans un contexte où la confiance en les autorités est mise à l’épreuve, la transparence sur les faits s’avère cruciale pour apaiser les esprits. La Guinée continue son chemin vers une consolidation institutionnelle, mais les défis sécuritaires ponctuels montrent que le parcours est encore long.
Les riverains espèrent un retour définitif au calme, loin des sirènes et des blindés. Pourtant, l’ombre de ces tirs nourris plane encore sur Kaloum, symbole d’une capitale où l’histoire et l’actualité se mêlent constamment.









