Imaginez un petit club de province, fraîchement sorti de deuxième division, qui se retrouve soudain en tête d’un championnat professionnel. Pas sur un match, pas sur une journée, mais bel et bien leader après plus de la moitié de la saison. Avec un budget rikiki, un stade de 10 000 places et des entraînements sur synthétique en plein hiver à -9°C. C’est exactement ce que vit le FC Thoune en ce début d’année 2026. Et cette histoire commence à ressembler à l’un des plus beaux contes du football européen actuel.
Un promu qui refuse de jouer les figurants
Promu à l’issue d’une belle saison en Challenge League, le FC Thoune n’était attendu par personne en haut de tableau. Les bookmakers le voyaient plutôt lutter pour le maintien. Pourtant, après 22 journées, le bilan est sans appel : seize victoires, cinq défaites, un seul nul. Neuf points d’avance sur le deuxième. Dans un championnat où l’on retrouve des institutions comme Young Boys, Bâle ou Servette, cette domination est tout simplement historique pour le club bernois.
Le plus impressionnant reste peut-être la régularité. Cinq succès consécutifs avant le choc face à Servette ce dimanche. Une série qui donne le vertige quand on connaît les moyens déployés par les cadors suisses. Ici, pas de stars à plusieurs dizaines de millions, pas de recrutement XXL à l’intersaison. Juste un groupe qui vit ensemble, qui rit ensemble et qui gagne ensemble.
Une préparation hivernale à contre-courant
Pendant que la plupart des équipes de Super League s’envolaient vers des stages en Espagne ou en Turquie, les joueurs de Thoune ont choisi… de rester chez eux. Direction un chalet traditionnel à quelques kilomètres seulement du club. Pas de piscine chauffée, pas d’hôtel cinq étoiles. Juste un feu de cheminée, des fous rires et des jeux improvisés.
L’un d’eux est devenu légendaire dans le vestiaire : faire glisser un Oreo du front jusqu’à la bouche sans utiliser les mains. Une activité complètement décalée qui en dit long sur l’état d’esprit du groupe. « C’est quoi ce truc de zinzin ? » s’amuse encore aujourd’hui l’attaquant arrivé en 2025, aujourd’hui meilleur buteur de l’équipe avec neuf réalisations.
« C’est la première fois que je ressens de telles choses avec des coéquipiers. »
Un attaquant expérimenté du groupe
Cette simplicité semble être le carburant principal de cette saison exceptionnelle. Dans un football de plus en plus formaté, où chaque détail est calculé, Thoune fait figure d’OVNI.
Un vestiaire qui vit comme une famille
La continuité est l’autre maître-mot. Peu de départs l’été dernier, un noyau préservé depuis la montée, un staff technique stable. Résultat : une osmose rare. L’entraîneur répète à l’envi que la cohésion d’équipe et la mentalité sont les deux piliers de cette réussite.
Dans un effectif valorisé à moins de 16 millions d’euros (onzième sur douze en Super League), on trouve des profils variés : des jeunes du cru, des joueurs passés par la France, des combattants qui ont connu des galères. Tous se retrouvent autour d’une même idée : prendre du plaisir avant tout.
« À Thoune, on ne se concentre pas uniquement sur le travail, le succès et l’argent. On veut avoir une bonne vie, prendre du plaisir, sourire. » Cette phrase du président résume parfaitement la philosophie du club.
Des moyens limités, une mentalité XXL
Le FC Thoune n’a jamais dépensé plus de 600 000 euros pour un transfert. Il n’a jamais vendu un joueur pour plus de deux millions depuis sa création en 1898. Des chiffres qui paraissent anachroniques au XXIe siècle. Pourtant, ils fonctionnent.
- Budget estimé parmi les trois plus faibles de Super League
- Pas de terrain d’entraînement dédié : toutes les séances sur le synthétique du stade
- Stade de 10 000 places souvent plein malgré le froid glacial
- Supporters fidèles qui viennent avec plaids et thermos
Ces contraintes semblent paradoxalement renforcer le groupe. « On n’a pas les meilleures installations, mais on bosse. Je pense qu’on est l’une des équipes qui bossent le plus », confie l’un des cadres de l’équipe.
Et maintenant… le titre ?
La question est sur toutes les lèvres. Le club peut-il vraiment aller chercher le premier titre de son histoire ? Les dirigeants restent prudents. « Le titre n’est pas notre préoccupation aujourd’hui », répète l’entraîneur. Le président préfère parler de plaisir et de match après match.
Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Neuf points d’avance à ce stade de la saison, c’est énorme. Et le format particulier de la Super League (38 journées avec un tour final pour les six premiers) laisse encore beaucoup de points à prendre.
Si Thoune parvient à se maintenir dans le top 3 à l’issue des 33 premières journées, il jouera ensuite cinq matches couperets. Le vainqueur décrochera une place au deuxième tour préliminaire de la Ligue des champions. Un rêve qui, il y a quelques mois encore, paraissait complètement fou.
Un modèle inspirant pour le football moderne
Dans une ère où l’argent semble tout dicter, Thoune rappelle une vérité oubliée : le football reste avant tout une histoire d’hommes, de valeurs et de collectif. Pas besoin d’un budget colossal pour faire tomber les cadors quand on a du cœur, de la solidarité et une bonne dose d’insouciance.
Le club a déjà écrit une page mémorable de son histoire centenaire. Mais l’aventure est loin d’être terminée. Chaque week-end, des milliers de supporters se pressent dans la Stockhorn Arena, emmitouflés dans leurs plaids, pour encourager leurs héros. Et ils y croient.
Alors oui, le FC Thoune est peut-être le plus beau symbole de ce que le football peut encore offrir en 2026 : des rêves accessibles, des exploits improbables, et surtout, beaucoup d’humanité.
Dimanche, face à Servette, un nouveau chapitre s’écrira. Un chapitre qui pourrait bien transformer ce joli conte en véritable légende alpine.
Le mot de la fin ?
Dans un monde où tout va trop vite, Thoune nous rappelle qu’on peut encore gagner en prenant son temps, en riant avec ses coéquipiers et en gardant les pieds bien ancrés dans la neige bernoise.
Et vous, y croyez-vous ? Ce promu peut-il vraiment aller au bout ? L’histoire ne fait que commencer.









