Le géant britannique de la distribution d’eau Thames Water traverse une passe des plus délicates. Déjà en proie à de sérieuses difficultés financières, la situation de l’entreprise vient encore de s’aggraver, comme le révèlent ses derniers résultats semestriels publiés mardi 10 décembre. Un nouveau coup dur pour ce mastodonte du secteur outre-Manche, qui doit maintenant faire face à une équation des plus complexes.
Des Pertes qui se Creusent, une Dette qui s’Envole
Premier constat alarmant : Thames Water a plongé dans le rouge sur le semestre écoulé. Selon des sources proches du dossier, le distributeur aurait accusé une perte nette frôlant les 190 millions de livres (environ 230 millions d’euros) sur les six mois précédant fin septembre. Un gouffre, surtout comparé au bénéfice de 172 millions engrangé un an plus tôt sur la même période.
Autre signal inquiétant, l’endettement de Thames Water ne cesse de gonfler. La dette du groupe aurait ainsi bondi de 7% en un an, pour atteindre le montant faramineux de 15,8 milliards de livres. Un fardeau de plus en plus lourd à porter pour l’entreprise, déjà en équilibre précaire.
Des Résultats en Trompe-l’Œil ?
Malgré ce tableau sombre, la direction de Thames Water tente de rassurer. D’après elle, le groupe aurait réalisé « de solides progrès dans sa transformation et son redressement » au cours des six derniers mois. Le chiffre d’affaires semestriel a certes progressé de 10%, à près de 1,4 milliard de livres. Mais cette embellie apparente masquerait des réalités moins reluisantes.
En effet, cette croissance du chiffre d’affaires serait surtout le fruit d’une augmentation des tarifs pour les clients, poussée par l’inflation. Pendant ce temps, le résultat est plombé par des charges exceptionnelles, qui obscurcissent les perspectives. La dynamique vertueuse espérée n’est clairement pas au rendez-vous.
La Pollution en Embuscade
Autre épine dans le pied de Thames Water, la question environnementale. Le groupe a révélé que des « précipitations record » avaient entraîné une hausse de 40% des pollutions rejetées dans la nature sur le dernier semestre. Un problème récurrent, dû à un sous-investissement chronique dans un réseau d’égouts vétuste, datant en grande partie de l’époque victorienne.
Ce fléau n’est pas propre à Thames Water. Depuis leur privatisation en 1989, les compagnies des eaux britanniques sont régulièrement montrées du doigt pour les quantités importantes d’eaux usées déversées dans les rivières et en mer. Un dossier brûlant, qui pourrait valoir à Thames Water de nouvelles sanctions, alors que sa situation financière est déjà plus que tendue.
L’Hypothèse d’un Sauvetage Public en Question
Face à cette triple problématique – endettement, rentabilité, pollution – l’avenir de Thames Water semble plus qu’incertain. Les spéculations vont bon train sur l’éventualité d’un sauvetage public, qui pourrait coûter très cher aux contribuables si l’entreprise ne parvient pas à trouver les financements privés dont elle a besoin. Le groupe cherche actuellement à boucler un nouveau prêt de 3 milliards de livres auprès de ses créanciers, une bouée de sauvetage vitale.
Vers un Rachat Imminent ?
Dans ce contexte troublé, Thames Water pourrait aussi faire l’objet d’une offre de rachat dans les semaines à venir. Selon des sources concordantes, le fonds d’investissement Covalis Capital aurait déjà mis sur la table une proposition indicative, avec le concours du français Suez comme conseiller. Mais tout acheteur potentiel devra attendre le verdict du régulateur du secteur (Ofwat), qui doit s’exprimer le 19 décembre sur le financement de l’entreprise, et déterminer sur quel montant ses factures pourront être augmentées pour investir. Un feu vert décisif pour l’avenir de ce géant de l’eau en grande difficulté.
En attendant, l’inquiétude grandit chez les millions de clients de Thames Water, qui pourraient faire les frais de cette crise majeure. Car si l’entreprise sort affaiblie de cette tempête, il y a fort à parier que la facture sera en partie refilée aux consommateurs. Un scénario qui en dit long sur les limites d’un système basé sur une privatisation à tout-va de services publics essentiels. L’eau, bien commun par excellence, se retrouve ainsi prise en otage par les déboires d’opérateurs privés jouant leur survie. Une situation intenable, qui appelle à une profonde remise en question.