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Terraform en Faillite : Poursuite Explosive contre Jane Street

Le gestionnaire de la faillite de Terraform Labs attaque Jane Street en justice pour insider trading massif lors du crash de Terra en 2022. Des centaines de millions auraient été sauvés grâce à des informations confidentielles. Mais la firme de trading nie tout en bloc…

Imaginez un instant : en quelques jours seulement, 40 milliards de dollars s’évaporent dans l’univers crypto. Des millions d’investisseurs voient leurs économies partir en fumée. Et pendant ce cataclysme, certains acteurs auraient non seulement anticipé le désastre, mais en auraient profité grassement grâce à des informations que personne d’autre ne possédait. C’est précisément ce que soutient aujourd’hui le responsable de la faillite de Terraform Labs dans une plainte retentissante déposée contre l’un des géants du trading haute fréquence : Jane Street.

Un nouveau chapitre judiciaire dans la saga Terra

Presque quatre ans après l’un des plus grands effondrements de l’histoire des cryptomonnaies, l’affaire Terraform Labs continue de faire des vagues. Le 24 février 2026, le liquidateur judiciaire désigné par le tribunal a déposé une plainte explosive contre Jane Street, accusant la firme et plusieurs de ses cadres d’avoir utilisé des informations privilégiées pour s’enrichir au détriment de l’écosystème Terra.

Ce n’est pas la première fois que des acteurs majeurs de la finance traditionnelle se retrouvent dans le viseur après le crash de 2022. Mais cette fois, les accusations sont particulièrement précises et documentées, même si une grande partie du dossier reste confidentielle pour le moment.

Les accusations principales portées contre Jane Street

Selon la plainte, Jane Street aurait bénéficié d’informations non publiques sur les mouvements de liquidité de Terraform Labs, notamment autour du pool Curve 3pool. Ces données sensibles leur auraient permis d’anticiper et de front-runner les ordres massifs de retrait, leur offrant ainsi l’opportunité de se désengager de centaines de millions de dollars d’exposition à l’UST avant que le stablecoin ne perde définitivement son ancrage au dollar.

Le liquidateur affirme que ces actions n’ont pas seulement permis à Jane Street de limiter ses pertes : elles auraient activement accéléré la spirale mortelle de TerraUSD. En vendant massivement avant tout le monde, la firme aurait contribué à accentuer la pression vendeuse et donc la perte de confiance généralisée.

« Jane Street a abusé de relations de marché pour truquer le jeu en sa faveur lors de l’un des événements les plus marquants de l’histoire crypto. »

Cette phrase, attribuée au responsable de la procédure de faillite, résume parfaitement l’angle d’attaque choisi : non seulement profit illicite, mais aussi responsabilité dans l’aggravation de la crise.

Un ancien stagiaire au cœur du scandale présumé

L’un des éléments les plus troublants du dossier concerne Bryce Pratt, présenté comme un ancien stagiaire chez Terraform Labs. Selon les accusations, Pratt aurait été délibérément positionné par Jane Street pour renouer le contact avec ses anciens collègues dès février 2022, alors que les tensions montaient déjà autour de la stabilité de l’UST.

Grâce à ces liens personnels et professionnels, Pratt aurait servi de canal privilégié pour transmettre des informations sensibles directement au desk crypto de Jane Street. Le document judiciaire parle même d’une « transmission fluide » d’informations confidentielles, rendue possible par cette proximité inhabituelle.

Deux autres noms reviennent fréquemment dans la plainte : Robert Granieri, co-fondateur de Jane Street, et Michael Huang, trader senior. Tous trois sont accusés d’avoir participé ou d’avoir eu connaissance de ces pratiques.

La réponse cinglante de Jane Street

De son côté, Jane Street n’a pas tardé à réagir. La firme qualifie les accusations de « désespérées », « opportunistes » et surtout « sans fondement ». Selon son porte-parole, cette plainte ne serait qu’une tentative maladroite d’extraire de l’argent d’une entité qui n’a rien à se reprocher.

« Il est bien établi que les pertes subies par les détenteurs de Terra et Luna résultent d’une fraude de plusieurs milliards de dollars orchestrée par la direction de Terraform Labs. »

En renvoyant la responsabilité entièrement sur les fondateurs de Terraform, Jane Street adopte une ligne de défense classique dans ce type d’affaires : pointer du doigt le véritable fraudeur originel pour détourner l’attention des propres agissements reprochés.

Retour sur le cataclysme de mai 2022

Pour bien comprendre les enjeux, il faut se replonger dans le contexte de mai 2022. TerraUSD (UST), un stablecoin algorithmique censé maintenir la parité 1:1 avec le dollar grâce à un mécanisme d’arbitrage avec son token Luna, commence à vaciller.

Le 7 mai, l’UST perd temporairement son peg. Les tentatives de sauvetage par les réserves de Bitcoin et les interventions sur le marché échouent les unes après les autres. Le 11 mai, le peg s’effondre complètement. Luna hyper-inflate pour tenter de rétablir l’équilibre, passant de quelques dollars à des milliards de tokens en circulation. En quelques jours, des dizaines de milliards de capitalisation disparaissent.

  • Perte totale estimée : environ 40 milliards de dollars
  • Investisseurs touchés : plusieurs centaines de milliers
  • Conséquences : faillite de nombreux fonds crypto, contagion sur les exchanges centralisés
  • Réaction réglementaire : durcissement mondial sur les stablecoins

Cet événement reste à ce jour l’une des plus grandes implosions de l’histoire financière numérique. Il a durablement marqué les esprits et accéléré la méfiance envers les stablecoins non adossés à des réserves fiat traditionnelles.

Les autres poursuites en cours

Jane Street n’est pas le seul acteur visé par le liquidateur. En décembre 2025, une plainte similaire avait déjà été déposée contre une autre grande firme de trading crypto : Jump Trading. Les accusations portent cette fois sur des accords secrets conclus directement avec Do Kwon, le cofondateur de Terraform.

Ces différentes actions judiciaires montrent que le travail du liquidateur est loin d’être terminé. L’objectif semble clair : récupérer le maximum d’actifs pour les créanciers et les victimes, tout en établissant clairement les responsabilités des différents intervenants dans l’amplification de la crise.

Quelles conséquences possibles pour la finance crypto ?

Cette affaire pourrait avoir des répercussions bien au-delà du simple contentieux entre deux entités. Plusieurs points méritent d’être surveillés :

  1. Renforcement des règles sur les flux d’informations entre projets crypto et market makers
  2. Possible création de standards de Chinese wall plus stricts dans les firms de trading crypto
  3. Impact sur la confiance des investisseurs institutionnels envers les protocoles décentralisés
  4. Précédent juridique pour de futures affaires d’insider trading dans l’écosystème blockchain
  5. Éventuelle implication accrue des régulateurs américains dans la supervision des OTC desks crypto

Chaque nouveau rebondissement dans le dossier Terra rappelle à quel point l’écosystème reste jeune et fragile face aux pratiques financières traditionnelles.

Le long chemin vers la justice pour les victimes

Pour les milliers d’investisseurs qui ont perdu des sommes parfois très importantes dans l’effondrement de Terra, ces procédures judiciaires représentent peut-être un dernier espoir de récupération partielle. Même si les chances de recouvrer l’intégralité des fonds semblent minces, chaque dollar récupéré auprès des acteurs accusés constitue une forme de justice.

Parallèlement, le dossier pénal contre Do Kwon s’est conclu par une condamnation à 15 ans de prison après une plaidoirie de culpabilité. Mais pour beaucoup, les sanctions pénales contre les fondateurs ne suffisent pas : ils veulent aussi que les intermédiaires financiers qui auraient profité de la situation rendent des comptes.

Vers une régulation plus stricte des market makers crypto ?

L’une des questions sous-jacentes les plus importantes concerne le rôle des market makers dans les écosystèmes décentralisés. Ces acteurs, souvent issus de la finance traditionnelle, apportent liquidité et efficacité, mais leur proximité avec les équipes de développement peut poser problème.

Plusieurs voix s’élèvent déjà pour demander une séparation plus claire entre les fonctions de développement de protocole et les activités de trading spéculatif. Certains vont même jusqu’à proposer des périodes de lock-up obligatoires ou des restrictions sur les positions directionnelles pendant les périodes critiques.

Quoi qu’il advienne dans ce dossier précis, il semble désormais acquis que l’époque du Far West crypto touche à sa fin. Les acteurs institutionnels les plus importants seront de plus en plus scrutés, et les pratiques qui semblaient acceptables en 2021-2022 pourraient devenir indéfendables en 2026 et au-delà.

Conclusion : une affaire qui va faire date

Que la plainte aboutisse ou non, cette nouvelle bataille judiciaire marque un tournant. Elle montre que même des années après les faits, les conséquences de l’effondrement de Terra continuent de produire des ondes de choc dans tout l’écosystème.

Pour les observateurs attentifs, cette affaire Jane Street pourrait bien devenir l’un des cas d’école les plus étudiés de l’histoire de la finance décentralisée : un mélange explosif d’innovation technologique, de finance traditionnelle, d’asymétrie d’information et de conséquences systémiques.

Reste maintenant à suivre les prochaines étapes judiciaires. Les révélations attendues lors de la procédure, les éventuelles preuves déclassifiées et les conclusions du tribunal pourraient redessiner durablement les contours de la relation entre Wall Street et la crypto.

Une chose est sûre : quatre ans après le crash, l’histoire de Terra est loin d’être terminée.

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