Imaginez une matinée ordinaire dans un immeuble résidentiel cossu du nord-ouest de Moscou. Un homme de 64 ans, lieutenant-général respecté, descend les escaliers pour commencer sa journée. Soudain, des détonations étouffées retentissent. Quatre balles le touchent. Il s’effondre, grièvement blessé, tandis que son agresseur prend la fuite. Cet événement, survenu un vendredi de février, n’est pas un simple fait divers. Il touche un personnage central du renseignement militaire russe, impliqué au plus haut niveau dans les discussions visant à mettre fin au conflit en Ukraine.
Cette agression survient dans un contexte déjà extrêmement tendu. Depuis plusieurs mois, la Russie fait face à une série d’attaques ciblées contre des figures militaires, des responsables locaux et des personnalités soutenant l’opération spéciale. Certaines de ces opérations ont même été revendiquées publiquement par le camp adverse. Cette fois, l’attaque frappe directement au cœur de la capitale, dans un lieu censé être sécurisé.
Une fusillade qui ébranle les coulisses du pouvoir
Le général visé n’est pas n’importe qui. Premier adjoint au chef du service de renseignement militaire, il joue un rôle clé dans les échanges avec la partie ukrainienne. Sa présence aux tables de négociation en fait une cible symbolique et stratégique. Survivre à une telle attaque, c’est déjà exceptionnel. Mais les révélations qui suivent transforment cet incident en véritable affaire d’État.
Le déroulement précis de l’attaque
Vendredi matin, l’homme pénètre dans l’immeuble muni d’une clé électronique permettant d’accéder aux parties communes. Il sait exactement où se trouve sa cible. Armé d’un pistolet équipé d’un silencieux, il attend le moment opportun. Quatre coups de feu partent. La victime s’écroule, touchée à plusieurs reprises. L’assaillant s’enfuit immédiatement, sans être intercepté sur place.
Les secours arrivent rapidement. Le général est transporté en urgence à l’hôpital. Son état inspire les plus vives inquiétudes, mais il survit. Pendant ce temps, les enquêteurs bouclent le périmètre et lancent une vaste opération pour identifier et retrouver le tireur.
Une cavale qui s’arrête à Dubaï
L’auteur présumé ne reste pas longtemps en Russie. Il prend la direction des Émirats arabes unis, pensant sans doute pouvoir disparaître dans l’anonymat d’une grande métropole internationale. Mais les services russes réagissent avec une rapidité impressionnante. À la demande des enquêteurs, les autorités émiraties interpellent l’homme à Dubaï. Il est rapidement extradé vers Moscou.
Âgé de 66 ans, cet individu né en 1960 devient le suspect principal. Selon les autorités russes, il est l’exécutant direct de l’opération. Son arrestation marque un tournant décisif dans l’enquête. Peu après, un complice est interpellé dans la capitale russe. Une troisième personne, une femme qui aurait loué un appartement dans le même immeuble pour faciliter la surveillance, aurait fui à l’étranger juste avant les faits.
Les aveux qui font basculer l’affaire
Confrontés aux preuves accumulées, les deux hommes arrêtés reconnaissent leur implication. Ils livrent même de nombreux détails sur la préparation de l’attentat. Selon le communiqué officiel, l’opération aurait été commanditée par les services de sécurité ukrainiens. Le tireur principal aurait été approché dès août 2025 par un agent du SBU.
Il a été recruté par un agent du SBU en août 2025, avec l’aide de son fils, citoyen polonais.
Après ce contact initial, il aurait suivi une formation spécifique à Kiev, notamment en tir. Une fois prêt, il est envoyé en Russie avec une mission claire : éliminer le général. La rémunération promise s’élève à 30 000 dollars. On lui remet un pistolet muni d’un silencieux et la fameuse clé électronique qui lui permet d’entrer dans l’immeuble sans difficulté.
Un réseau de complices bien organisé
Pour mener à bien un tel projet, plusieurs personnes sont nécessaires. Le principal suspect n’agit pas seul. Un complice, né en 1959, est chargé de lui fournir un logement à Moscou et des moyens de transport, notamment des tickets de transports en commun. Cet homme est présenté comme un partisan de la Fondation de lutte contre la corruption, organisation classée extrémiste en Russie.
Une femme complète le dispositif. Elle loue un appartement stratégique dans le même immeuble, permettant probablement d’observer les allées et venues de la cible. La veille de l’attaque, elle quitte le pays. Ces éléments montrent une préparation minutieuse, sur plusieurs mois, avec une logistique sophistiquée.
- Recrutement dès l’été 2025
- Formation au tir à Kiev
- Remise d’une arme équipée d’un silencieux
- Fourniture d’une clé d’accès électronique
- Location d’un appartement de surveillance
- Soutien logistique sur place (logement, transports)
- Rémunération promise : 30 000 dollars
Le contexte d’une série d’attaques ciblées
Cette tentative ne sort pas de nulle part. Au cours des derniers mois, plusieurs figures liées à l’armée russe, à l’administration locale dans les territoires contrôlés par Moscou, ou à des cercles soutenant le conflit, ont été visées par des assassinats ou des tentatives. Certains de ces actes ont été assumés ouvertement par le camp ukrainien. Cette accumulation crée un climat de suspicion permanente et renforce l’idée d’une stratégie délibérée d’élimination de personnalités clés.
Dans ce cadre, l’attaque contre un homme directement impliqué dans les négociations prend une dimension encore plus grave. Elle intervient alors que des discussions, parfois directes, parfois par intermédiaires, tentent de trouver une issue au conflit déclenché en février 2022.
Les réactions immédiates sur la scène diplomatique
Quelques heures après la fusillade, le chef de la diplomatie russe pointe directement Kiev. Il accuse l’Ukraine de vouloir saboter les pourparlers en cours. Selon lui, cet « acte terroriste » s’inscrit dans une logique de provocations destinées à faire capoter tout processus de paix.
Cet acte terroriste confirme une fois de plus l’orientation du régime vers des provocations constantes, visant à faire échouer les négociations.
De son côté, Kiev dément formellement toute implication dans cette affaire. La position officielle reste inchangée : aucune responsabilité dans cette tentative d’assassinat.
Pourquoi cet événement est-il si sensible ?
Le général blessé n’est pas un officier lambda. Il occupe un poste stratégique au sein du renseignement militaire. Sa fonction le place au cœur des analyses, des opérations sensibles et surtout des discussions diplomatiques militaires. Toucher cet homme, c’est frapper un symbole de la continuité de l’État russe dans la gestion du conflit.
De plus, l’utilisation présumée de ressortissants russes recrutés à l’étranger, formés sur le sol ukrainien, puis renvoyés exécuter une mission, pose de lourdes questions sur la porosité des frontières, la coopération internationale et les méthodes employées dans cette guerre hybride.
Les implications pour les négociations en cours
Les pourparlers, même intermittents, constituent l’un des rares canaux encore ouverts. Toute action violente visant un négociateur risque de durcir les positions, de rompre la confiance et de repousser toute perspective de désescalade. Si les accusations russes sont confirmées, cet épisode pourrait marquer un point de rupture. À l’inverse, si elles sont démenties ou non prouvées, elles alimentent la propagande et la méfiance mutuelle.
Dans les deux cas, l’affaire renforce l’idée que la guerre se joue aussi loin derrière les lignes, dans les capitales, les résidences sécurisées et les hôtels internationaux. Elle rappelle que personne, même au sommet de la hiérarchie, n’est totalement à l’abri.
Un regard sur la coopération internationale
L’arrestation à Dubaï montre que la coopération judiciaire et sécuritaire entre la Russie et les Émirats arabes unis fonctionne efficacement dans ce type d’affaires. Les Émirats, souvent présentés comme un terrain neutre où se croisent de nombreux acteurs internationaux, ont ici répondu rapidement à la demande russe. Cela souligne l’importance croissante de ces pays du Golfe dans la géopolitique actuelle.
Que retenir de cette affaire ?
Cette tentative d’assassinat, suivie d’aveux spectaculaires, cristallise toutes les tensions du conflit. Elle mêle renseignement, recrutement clandestin, exécution ciblée et enjeux diplomatiques majeurs. Elle pose aussi la question de la vulnérabilité des élites militaires dans leur propre pays, et de la capacité des services adverses à frapper au cœur de Moscou.
Alors que les négociations piétinent et que les fronts restent figés, chaque incident de ce type risque d’éloigner un peu plus la perspective d’une paix durable. L’affaire reste en cours d’investigation. De nouveaux éléments pourraient encore émerger. Mais une chose est sûre : cet épisode ne sera pas oublié de sitôt.
Dans un climat où chaque geste est scruté, où chaque parole peut être interprétée comme une provocation, cette fusillade rappelle brutalement que la guerre se poursuit aussi dans l’ombre, loin des champs de bataille. Et que les cibles de valeur, même protégées, restent exposées.
Les jours qui viennent diront si cette affaire marque un tournant ou si elle s’inscrit dans une longue série d’actions et de représailles. Une chose est certaine : elle a déjà profondément marqué les esprits à Moscou et au-delà.
Les informations présentées reposent sur les déclarations officielles diffusées par les services russes et les éléments connus à ce stade. Toute évolution de l’enquête sera suivie avec attention.
Pour comprendre pleinement la portée de cet événement, il faut se souvenir que le conflit en Ukraine entre désormais dans sa cinquième année. Chaque action spectaculaire, qu’elle vienne d’un camp ou de l’autre, influence l’opinion publique, les chancelleries et les lignes de front. Cette tentative d’assassinat n’échappe pas à la règle.
Elle illustre aussi la complexité croissante des opérations clandestines dans un monde interconnecté. Recruter un exécutant à l’étranger, le former, l’équiper, le faire entrer en Russie, puis organiser sa fuite vers un pays tiers : tout cela demande des moyens, des réseaux et une coordination sans faille. Que ces éléments soient exacts ou non, ils alimentent le débat sur les capacités réelles des différents services impliqués.
Enfin, l’aspect humain ne doit pas être oublié. Un homme a été grièvement blessé. Des familles vivent dans l’angoisse. Des enquêteurs travaillent jour et nuit. Derrière les communiqués et les titres choc, il y a des vies bouleversées par cette violence soudaine.
Cette affaire, par son caractère spectaculaire et ses ramifications internationales, continuera sans doute de faire parler d’elle dans les semaines à venir. Elle symbolise à elle seule la difficulté extrême de trouver une issue pacifique dans un conflit aussi enraciné.









