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Tensions Explosives au Tigré : Vers une Nouvelle Guerre ?

De violents combats éclatent à nouveau au Tigré, avec des frappes de drones et des vols suspendus. Le TPLF répond aux appels internationaux à la retenue, mais la peur d'une reprise du conflit de 2020 grandit. Que se passe-t-il vraiment sur le terrain ? La région risque-t-elle l'embrasement total ?

Imaginez une région déjà meurtrie par deux années de guerre impitoyable, où plus de 600 000 vies ont été perdues, et où la paix fragile semble soudain se fissurer à nouveau. Au nord de l’Éthiopie, dans le Tigré, des affrontements récents entre l’armée fédérale et les forces tigréennes font planer l’ombre terrifiante d’une reprise des hostilités. Ces incidents, survenus dans une zone disputée, réveillent les traumatismes encore vifs de la population et interrogent l’avenir de tout le pays.

Une paix précaire menacée par de nouveaux combats

Depuis la fin officielle du conflit en novembre 2022, la région du Tigré tentait de panser ses plaies. Pourtant, les tensions n’ont jamais vraiment disparu. Des zones frontalières restent contestées, notamment à l’ouest du Tigré, où des revendications territoriales opposent différentes forces régionales. C’est précisément dans cette partie sensible que les derniers incidents ont éclaté.

Les combats se sont concentrés autour de Tsemlet, une localité située dans l’ouest du Tigré. Cette zone est revendiquée par des forces de la région voisine d’Amhara, créant un foyer permanent de friction. Les affrontements impliquent directement l’armée fédérale éthiopienne et les forces affiliées au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Ces heurts marquent une escalade notable, car ils suivent des premiers accrochages directs survenus en novembre 2025 dans la région de l’Afar voisine.

La communauté internationale observe avec une inquiétude croissante. L’Union africaine a rapidement réagi en appelant toutes les parties à faire preuve d’une retenue maximale. Cet appel vise à éviter que des incidents localisés ne dégénèrent en un conflit généralisé, rappelant les horreurs de la guerre précédente.

Le TPLF répond positivement aux appels internationaux

Dans une lettre adressée à l’Union africaine, le TPLF a exprimé son soutien clair aux appels à la retenue et au dialogue. Les dirigeants tigréens affirment leur disponibilité à s’engager de manière constructive dans toute initiative facilitée par l’organisation panafricaine. Cette position marque une volonté apparente de privilégier la voie diplomatique plutôt que l’escalade militaire.

Nous approuvons l’appel à la retenue et au dialogue, et nous sommes prêts à nous engager de manière constructive dans toute initiative de dialogue facilitée par l’Union africaine.

Cette déclaration intervient dans un contexte où le TPLF se trouve en position délicate. Longtemps dominant la scène politique éthiopienne pendant près de trois décennies, le mouvement a été marginalisé après l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed en 2018. Aujourd’hui officiellement radié, il fait face à des accusations de rapprochement avec l’Érythrée voisine, un voisin historiquement hostile.

Malgré ces tensions politiques profondes, la réponse du TPLF aux appels internationaux montre une tentative de désamorcer la crise. Elle souligne aussi l’importance cruciale du dialogue pour préserver les acquis de la paix obtenue au prix de tant de souffrances.

Les frappes de drones ravivent les souvenirs douloureux

Parmi les événements les plus alarmants de ces derniers jours figurent deux frappes de drones menées au Tigré. Un chauffeur de camion a perdu la vie dans ces attaques, selon des médias locaux proches des autorités tigréennes. Ces incidents soulèvent de graves questions, car seule l’armée fédérale dispose de drones, largement employés durant la guerre de 2020-2022.

Ces frappes interviennent alors que les liaisons aériennes vers le Tigré sont suspendues depuis jeudi. Ethiopian Airlines, la compagnie publique unique à desservir la région, a interrompu ses vols, isolant davantage le territoire. Cette mesure, justifiée par des raisons de sécurité, accentue le sentiment d’asphyxie chez les habitants déjà fragilisés par les années de conflit.

L’absence de réponse officielle de l’armée fédérale à ces allégations renforce l’opacité entourant les opérations en cours. Les sources sur place décrivent une situation volatile, où les combats pourraient se poursuivre ou s’intensifier sans avertissement clair.

Le lourd bilan de la guerre précédente

Pour comprendre l’ampleur de la crainte actuelle, il faut se souvenir du conflit qui a ravagé le Tigré entre novembre 2020 et novembre 2022. Cette guerre opposant l’armée éthiopienne aux forces du TPLF a causé des pertes humaines considérables. Selon les estimations de l’Union africaine, au moins 600 000 personnes ont péri, un chiffre que de nombreux experts jugent sous-estimé.

Les conséquences humanitaires ont été catastrophiques : famines induites, destructions massives d’infrastructures, déplacements forcés de populations, violences sexuelles généralisées. La région reste marquée par ces traumatismes, avec des services de santé et d’éducation encore défaillants, et une économie exsangue.

  • Plus de 600 000 morts estimés, potentiellement davantage
  • Famine utilisée comme arme de guerre
  • Destructions systématiques d’hôpitaux et d’écoles
  • Millions de déplacés internes et réfugiés
  • Crimes de guerre et crimes contre l’humanité documentés

Ce bilan effroyable explique pourquoi chaque nouveau signe de tension provoque une onde de choc immédiate, tant au niveau local qu’international. Personne ne souhaite revivre un tel cauchemar.

Les réactions internationales et régionales

L’Union européenne n’a pas tardé à réagir. Elle a averti que toute reprise du conflit entraînerait de graves conséquences pour les civils et pour la stabilité de toute la Corne de l’Afrique. Cette déclaration souligne les risques d’embrasement régional, impliquant potentiellement l’Érythrée et d’autres voisins.

L’Union africaine, en tant que garante de l’accord de paix de Pretoria, joue un rôle pivot. Son appel à la retenue maximale vise à préserver les acquis du cessez-le-feu permanent. Les initiatives de médiation pourraient être relancées rapidement si toutes les parties acceptent de s’asseoir à la table des négociations.

Les accusations mutuelles compliquent la situation. Les autorités fédérales reprochent au TPLF des alliances douteuses, tandis que les tigréens dénoncent des ingérences et des occupations illégales de territoires. Ces griefs, non résolus depuis l’accord de paix, alimentent la méfiance réciproque.

Les enjeux territoriaux au cœur de la crise

La zone de Tsemlet illustre parfaitement les litiges territoriaux persistants. Revendiquée par les forces amhara, elle symbolise les différends frontaliers non tranchés par l’accord de paix. Ces disputes remontent à des décennies et ont été exacerbées par la guerre récente.

Les régions voisines d’Amhara et d’Afar ont également connu des tensions similaires. En novembre 2025, des accrochages directs y avaient déjà eu lieu, préfigurant les événements actuels. Ces zones disputées concentrent les risques d’escalade, car elles impliquent plusieurs acteurs armés : armée fédérale, milices régionales, forces tigréennes.

La présence alléguée de forces érythréennes sur le sol tigréen ajoute une couche supplémentaire de complexité. L’Érythrée, ennemie historique du TPLF, reste un facteur imprévisible dans l’équation régionale.

Impact sur la population civile

Les civils paient toujours le prix le plus lourd dans ces confrontations. La suspension des vols complique l’accès aux biens essentiels, aux médicaments et à l’aide humanitaire. Les déplacements de population reprennent dans les zones touchées, ravivant les souvenirs des exodes massifs passés.

La mort du chauffeur de camion lors des frappes de drones illustre tragiquement les dangers pour les non-combattants. Chaque incident renforce le climat de peur et d’insécurité qui paralyse la reconstruction.

Les habitants de Mekele et des autres villes du Tigré vivent dans l’angoisse permanente d’une nouvelle vague de violence. Les appels au dialogue sont donc perçus comme une lueur d’espoir dans un environnement extrêmement tendu.

Vers un retour au dialogue ou vers l’escalade ?

La réponse positive du TPLF aux appels de l’Union africaine constitue un signal encourageant. Elle ouvre potentiellement la voie à des négociations facilitées par l’organisation continentale. Cependant, la confiance reste fragile, et chaque nouveau incident peut tout faire basculer.

Les autorités fédérales n’ont pas encore communiqué officiellement sur les événements récents, ce qui maintient le flou. Une clarification rapide et une désescalade militaire seraient nécessaires pour restaurer un minimum de calme.

La communauté internationale, Union africaine en tête, doit intensifier ses efforts de médiation. L’enjeu dépasse largement le Tigré : une reprise du conflit menacerait la stabilité de toute la Corne de l’Afrique, avec des répercussions humanitaires, économiques et sécuritaires majeures.

En conclusion, ces derniers jours ont rappelé à quel point la paix reste précaire en Éthiopie. Les affrontements au Tigré, les frappes de drones, la suspension des vols et les appels à la retenue dessinent un tableau inquiétant. Pourtant, la volonté exprimée par le TPLF de dialoguer offre une opportunité qu’il ne faut pas gâcher. L’avenir dépendra de la capacité de toutes les parties à privilégier la raison sur la force, avant qu’il ne soit trop tard.

Points clés à retenir

  • Affrontements récents à Tsemlet, zone disputée ouest Tigré
  • Appel de l’UA à la retenue maximale
  • TPLF prêt au dialogue via UA
  • Frappes de drones causant au moins un mort
  • Vol Ethiopian Airlines suspendus depuis jeudi
  • Risque majeur de reprise du conflit 2020-2022

Ces développements soulignent l’urgence d’une action concertée pour préserver la paix fragile. L’Éthiopie et sa population méritent mieux que de replonger dans le cycle infernal de la violence.

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