Imaginez rentrer chez vous après une journée de travail et réaliser que vous ne pouvez plus retourner sur votre lieu de travail par peur. C’est la réalité qu’affronte aujourd’hui une professeure d’anglais d’un lycée parisien, traumatisée par une tentative d’agression. Cet événement, survenu fin 2025, met en lumière un malaise bien plus profond au sein de l’établissement.
Un Climat d’Insécurité Persistant au Lycée Roger-Verlomme
Le lycée technique Roger-Verlomme, situé dans le 15e arrondissement de Paris, fait face à une crise majeure. La rentrée de janvier 2026 s’est déroulée dans une atmosphère particulièrement lourde, marquée par des incidents violents répétés et un sentiment d’abandon chez les enseignants.
Les faits les plus récents remontent à novembre 2025. Une ancienne élève, mineure et exclue définitivement de l’établissement, a tenté d’agresser une enseignante à la sortie des cours. Malgré une mesure d’éloignement, la jeune fille rôdait encore aux abords du lycée.
Les Origines d’une Agression Évitée de Justesse
Tout a commencé lors d’un conseil de discipline tenu début novembre. La professeure d’anglais avait témoigné contre l’élève concernée, accusée d’avoir insulté un camarade, de lui avoir lancé une trousse au visage et d’avoir frappé une autre élève hors de l’établissement.
À l’issue de cette procédure, l’exclusion définitive a été prononcée. L’élève aurait alors proféré des menaces de vengeance. Trois semaines plus tard, les menaces se concrétisent : alors que l’enseignante quitte le lycée, l’ancienne élève l’interpelle violemment en criant « je te déteste » avant de se ruer sur elle.
Heureusement, un élève s’est interposé, permettant à la professeure de s’enfuir. Choquée et traumatisée, elle n’a pas repris ses cours depuis et attend une mutation.
« Je ne me sens plus en sécurité. Cette agression a brisé quelque chose en moi. »
Une enseignante victime de la tentative d’agression
Des Enseignants à Bout de Nerfs
Cette tentative d’agression n’est pas un cas isolé. Deux autres professeurs sont actuellement en arrêt maladie après des incidents graves dans leurs classes : bagarres, menaces, débordements ingérables.
De nombreux membres du corps enseignant décrivent un climat anxiogène permanent. Les conseils de discipline sont vécus comme des épreuves particulièrement stressantes, avec la peur constante de représailles de la part des élèves ou de leur entourage.
Ce sentiment d’isolement est renforcé par l’impression que les incidents sont minimisés par la direction. Plusieurs enseignants accusent ouvertement la proviseure de chercher à « cacher les problèmes sous le tapis » pour préserver la réputation de l’établissement.
Une Proviseure dans la Tourmente
La cheffe d’établissement, Maya Akkari, se retrouve au centre des critiques. Élue municipale au sein de la majorité de gauche à la mairie de Paris, elle occupe également des responsabilités liées aux écoles au niveau local.
Pour certains enseignants, cette double casquette alimente un déni institutionnel. Ils estiment que la volonté de présenter un bilan positif prime sur la reconnaissance réelle des difficultés rencontrées au quotidien.
Du côté de la direction, on rejette ces accusations. Un proche affirme que « les torts sont parfois partagés » et suggère que certains professeurs pourraient provoquer des incidents pour obtenir une mutation. Ces propos ont été vivement contestés par les intéressés.
La Position du Rectorat
Interrogé sur la situation, le rectorat assure que tous les faits graves ont été immédiatement signalés aux autorités compétentes. Il met en avant une amélioration des indicateurs scolaires et nie tout regain de tensions significatif.
Cette version officielle contraste fortement avec le ressenti des enseignants sur le terrain. Ces derniers soulignent que les violences se sont en partie déplacées à l’extérieur du lycée, rendant le problème moins visible mais tout aussi réel.
Des Antécédents Qui Remontent à Plusieurs Années
Le malaise actuel n’est pas nouveau. Déjà en octobre 2023, les enseignants avaient exercé leur droit de retrait après qu’une bombe au poivre avait été lancée dans une salle de classe.
Cet épisode avait révélé des failles dans la sécurité et la gestion des conflits. Deux ans plus tard, les mêmes problématiques semblent persister, voire s’aggraver.
Aujourd’hui, la possibilité d’un mouvement de grève est sérieusement envisagée par une partie du personnel. Les enseignants souhaitent alerter l’opinion publique et obtenir des mesures concrètes pour restaurer un climat serein.
Les Conséquences sur le Quotidien des Élèves et Enseignants
Dans ce contexte tendu, l’enseignement souffre. Les arrêts maladie se multiplient, les remplacements sont difficiles à assurer, et la continuité pédagogique est rompue.
Les élèves, eux aussi, évoluent dans un environnement marqué par la violence et l’impunité perçue. Certains incidents impliquent des comportements agressifs qui perturbent gravement les cours.
La peur des représailles empêche parfois les enseignants de sanctionner fermement les manquements au règlement. Ce cercle vicieux alimente le sentiment d’insécurité généralisé.
À retenir : Un établissement scolaire doit avant tout être un lieu sûr pour apprendre et enseigner. Quand la sécurité est menacée, c’est tout le système éducatif qui vacille.
Quelles Solutions pour Sortir de la Crise ?
Face à cette situation alarmante, plusieurs pistes sont évoquées par les enseignants. Renforcer la sécurité aux abords du lycée, avec une présence policière plus marquée, apparaît comme une priorité.
Une meilleure prise en charge psychologique des personnels victimes d’agressions est également réclamée. Les procédures de mutation pour les enseignants en danger devraient être accélérées.
Enfin, une réflexion plus globale sur la gestion des conseils de discipline et le suivi des élèves exclus semble nécessaire. Comment éviter que ces jeunes, souvent en grande difficulté, ne se retrouvent livrés à eux-mêmes ?
- Renforcement des effectifs de surveillance aux abords des établissements
- Mise en place de cellules d’écoute et de soutien psychologique dédiées
- Simplification des procédures de mutation pour les enseignants menacés
- Partenariats renforcés avec les services sociaux pour le suivi des élèves exclus
- Formation spécifique des équipes éducatives à la gestion de conflits
Un Problème National ou Localisé ?
Si l’affaire du lycée Roger-Verlomme fait aujourd’hui la une, elle n’est malheureusement pas isolée. De nombreux établissements, particulièrement dans les grandes villes, font face à des difficultés similaires.
Le sentiment d’impunité, la montée des incivilités, les agressions verbales et physiques touchent de plus en plus d’enseignants à travers le pays. Les statistiques officielles montrent une augmentation régulière des signalements.
Ce qui distingue peut-être ce cas parisien, c’est la dimension politique. La double fonction de la proviseure soulève des questions sur les éventuels conflits d’intérêts et la pression à maintenir une image positive.
Vers une Mobilisation Plus Large ?
Les enseignants du lycée Verlomme envisagent désormais des actions collectives. Un mouvement de grève pourrait être déclenché dans les prochaines semaines si aucune mesure concrète n’est annoncée.
Ils espèrent ainsi obtenir l’attention des autorités académiques et politiques. L’objectif : non seulement résoudre la crise locale, mais aussi contribuer à une prise de conscience nationale sur la violence scolaire.
Dans un contexte où l’Éducation nationale traverse déjà de nombreuses difficultés – manque d’attractivité, pénurie de personnels, réformes successives –, cette affaire rappelle l’urgence d’agir pour protéger ceux qui forment les citoyens de demain.
Le lycée Roger-Verlomme est-il un symptôme d’un mal plus profond ? L’avenir proche nous le dira. En attendant, enseignants, élèves et parents retiennent leur souffle, espérant des jours meilleurs pour cet établissement autrefois réputé calme.
La sécurité dans les lycées ne devrait jamais être un luxe, mais une priorité absolue.
Quand un établissement scolaire devient un lieu d’angoisse, c’est toute la société qui doit s’interroger sur ses choix et ses responsabilités.
Cette histoire nous rappelle que derrière les chiffres et les discours officiels se cachent des drames humains. Des enseignants dévoués qui craquent, des élèves en souffrance, un système éducatif sous tension.
Espérons que cette crise serve de déclencheur pour des changements profonds et durables. Car l’école républicaine mérite mieux que la peur au quotidien.









