Les relations déjà tendues entre la Chine et Taïwan viennent de prendre un nouveau tournant. L’annonce d’une simple escale du président taïwanais Lai Ching-te à Hawaï et Guam lors d’une tournée dans le Pacifique a suffi à mettre le feu aux poudres. Pékin a immédiatement réagi en promettant « d’écraser » toute tentative d’indépendance de Taïwan, une île que la Chine considère comme faisant partie intégrante de son territoire.
Une visite qui passe mal
Lai Ching-te, qui a pris ses fonctions en mai dernier, entame ce samedi son premier voyage à l’étranger. Au programme : une tournée dans trois pays alliés de Taïwan dans le Pacifique. Mais ce sont surtout ses escales prévues en territoire américain, à Hawaï et Guam, qui ont mis le feu aux poudres côté chinois.
Pékin s’oppose farouchement à toute forme de reconnaissance internationale de Taïwan et voit d’un très mauvais œil ces escales en sol américain, même si elles ont déjà eu des précédents. Wu Qian, porte-parole du ministère chinois de la Défense, a déclaré « s’opposer fermement à toute interaction officielle avec la région de Taïwan sous quelque forme que ce soit ».
La Chine hausse le ton
Les menaces de la Chine sont on ne peut plus claires. Wu Qian a rappelé que l’armée chinoise avait « pour mission sacrée de protéger la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale et écrasera résolument toutes les tentatives sécessionnistes pour l’indépendance de Taïwan ». Une rhétorique musclée appuyée par le déploiement de 19 avions militaires chinois près de l’île, dont 15 ont franchi la ligne médiane du détroit de Taïwan.
Du côté taïwanais, on se veut rassurant sur la nature de ces escales. Lai Ching-te a prévu d’y passer quelques nuits pour rencontrer de « vieux amis » et des « membres de think tanks », selon une source à la présidence. Mais cela n’a pas suffi à calmer l’ire de Pékin.
Taïwan, pomme de discorde
Cette nouvelle montée de tensions s’inscrit dans un contexte de relations sino-taïwanaises de plus en plus dégradées. La Chine, qui n’a jamais gouverné Taïwan, cherche à réduire l’influence internationale de l’île et à l’isoler diplomatiquement. Sur les 193 pays reconnus par l’ONU, seuls 12 reconnaissent encore officiellement Taïwan.
Les États-Unis sont le principal allié et soutien de Taïwan, même s’ils ne reconnaissent pas officiellement Taipei. Ce soutien américain est un sujet récurrent de tensions avec la Chine, qui y voit une ingérence dans ses affaires intérieures et une remise en cause de sa souveraineté.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Lai Ching-te, Pékin a encore durci le ton à l’égard de Taïwan. Le nouveau président est vu comme un « séparatiste » par la Chine en raison de ses positions jugées plus fermes sur la question de la souveraineté de l’île.
Taïwan, une île sous pression
Si Taïwan se considère comme une nation souveraine avec son propre gouvernement, son armée et sa monnaie, elle n’a jamais déclaré formellement son indépendance et vit sous la menace constante d’une invasion par la Chine. Pékin a intensifié ces dernières années son activité militaire autour de l’île pour faire pression sur Taipei.
Le statut de Taïwan est un sujet de tension majeur entre les États-Unis et la Chine. Washington s’est engagé à fournir à Taïwan les moyens de se défendre en cas d’attaque, au grand dam de Pékin qui y voit une ingérence. L’île de 23 millions d’habitants est devenue un enjeu géostratégique clé, d’autant plus qu’elle est un leader mondial dans l’industrie des semi-conducteurs.
Vers une escalade des tensions ?
Cette nouvelle passe d’armes verbale autour de l’escale taïwanaise fait craindre une escalade des tensions dans la région. Chaque geste, chaque déclaration est scruté et interprété comme un possible casus belli. La Chine semble déterminée à ne laisser aucune marge de manœuvre à Taïwan sur la scène internationale.
Reste à savoir jusqu’où Pékin est prêt à aller pour faire plier Taipei et empêcher toute dérive vers une indépendance formelle. Si une invasion militaire semble peu probable à court terme, la Chine dispose de nombreux leviers de pression, diplomatiques et économiques, pour tenter d’imposer sa volonté. Taïwan, de son côté, navigue sur une ligne de crête, entre affirmation de sa souveraineté de facto et prudence pour ne pas provoquer l’ire de son puissant voisin.
Cette nouvelle crise est un rappel de la complexité et de la volatilité de la situation dans le détroit de Taïwan. Un statu quo précaire que la moindre étincelle pourrait faire voler en éclats, avec des conséquences potentiellement désastreuses pour la stabilité de toute la région. La communauté internationale retient son souffle et appelle à la retenue, mais dans ce face-à-face tendu entre Pékin et Taipei, chaque mot, chaque geste compte et peut être lourd de conséquences.