Dans la nuit de jeudi à vendredi, la Normandie a été frappée par une tempête d’une rare violence. Baptisée Goretti, elle a généré des rafales dépassant parfois les 200 km/h, transformant le littoral en un véritable champ de bataille météorologique. Face à cette déferlante, la centrale nucléaire de Flamanville, située en première ligne, n’a pas échappé aux conséquences.
Alors que les habitants de la Manche fermaient volets et écoutaient le vent hurler, les équipes d’exploitation surveillaient minute par minute les installations stratégiques. L’enjeu était de taille : protéger deux réacteurs en fonctionnement et un troisième tout juste entré en service commercial quelques semaines plus tôt.
Une procédure de protection bien rodée face à l’alerte météo
Les prévisions annonçaient l’arrivée d’un phénomène exceptionnel. Dès jeudi matin, les opérateurs ont donc entamé une réduction progressive de la puissance de certains réacteurs. Cette décision, loin d’être improvisée, suit des protocoles stricts élaborés précisément pour ce genre de situations extrêmes.
L’objectif est double : limiter les contraintes mécaniques sur les installations et conserver une marge de manœuvre importante en cas de coupure brutale du réseau électrique extérieur. Une stratégie qui s’est révélée payante dans la nuit.
Les différentes unités face à la tempête
La centrale de Flamanville compte trois unités de production. Le réacteur n°2 était déjà à l’arrêt depuis plusieurs jours pour une opération de maintenance planifiée de longue date. Il n’a donc pas été directement concerné par les mesures liées à la tempête.
Le réacteur n°1, de type classique, a vu sa puissance ramenée à 50 % dès le jeudi matin. Vers minuit, il s’est déconnecté du réseau électrique national et ne produit plus que l’énergie nécessaire à son propre fonctionnement interne. Une situation dite « house-load » très encadrée.
Quant à l’EPR Flamanville 3, unité la plus récente et la plus puissante du parc français, il avait également réduit sa charge dès jeudi. Puis, dans la nuit, il a été déconnecté du réseau et se trouve désormais alimenté depuis l’extérieur, en attendant le retour à la normale.
Perte de la ligne haute tension : un événement clé
Peu après minuit et quart, la ligne haute tension qui relie le site au réseau électrique extérieur a été perdue. Cet événement a provoqué le déclenchement automatique de la turbine de l’EPR à 00h45. La machine s’est mise en sécurité comme prévu par la conception.
Cette coupure n’est pas un incident exceptionnel en soi lors de tempêtes de cette ampleur. Les installations nucléaires sont dimensionnées pour supporter de telles sollicitations et passer en mode sécurisé sans difficulté majeure.
« La situation technique est bien due au passage de la tempête Goretti »
Porte-parole d’EDF
Cette phrase résume parfaitement le diagnostic posé dans les heures qui ont suivi. Aucun dommage structurel n’a été constaté, mais les conditions météorologiques ont bien été la cause directe des arrêts observés.
L’Autorité de sûreté nucléaire active son centre de crise
De son côté, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a décidé d’activer de manière préventive son centre de crise situé dans les Hauts-de-Seine. Cette mesure permet un suivi en temps réel de la situation et une coordination renforcée avec les équipes sur site.
L’autorité indépendante précise que l’événement n’a eu aucun impact sur la population ni sur l’environnement. Une communication transparente et rassurante qui vise à maintenir la confiance du public dans des circonstances potentiellement anxiogènes.
Calendrier prévisionnel de redémarrage
Dans la soirée de vendredi, l’énergéticien a communiqué un calendrier assez précis pour le retour à la normale des installations :
- Le réacteur n°1 devrait redémarrer dès vendredi à minuit
- L’EPR Flamanville 3 est programmé pour une reconnexion au réseau le lundi 12 janvier à minuit
Ces dates restent indicatives et dépendent bien entendu des résultats des vérifications techniques en cours. Les équipes réalisent actuellement un diagnostic complet pour identifier avec précision les causes de chaque événement et s’assurer qu’aucune anomalie sous-jacente n’est présente.
Pourquoi les centrales nucléaires sont-elles particulièrement sensibles aux tempêtes ?
Les sites nucléaires côtiers présentent des spécificités qui les rendent attentifs aux phénomènes météorologiques extrêmes. Située directement face à la Manche, Flamanville subit de plein fouet les vents dominants de secteur ouest.
Les lignes électriques très haute tension, véritables « autoroutes » de l’électricité, sont particulièrement vulnérables aux vents violents, aux chutes d’arbres et aux projections diverses. Une simple branche peut parfois suffire à provoquer une coupure temporaire.
Par ailleurs, la conception même des réacteurs impose certaines contraintes lors des variations rapides de puissance ou lors de déconnexions du réseau. Les turbines, les générateurs et les systèmes de régulation doivent alors passer en mode sécurisé de manière parfaitement contrôlée.
Le retour d’expérience : une force de l’industrie nucléaire française
Chaque événement de ce type, même mineur, fait l’objet d’une analyse approfondie. Les enseignements tirés permettent d’améliorer en permanence les procédures, les équipements et la formation des équipes.
La France dispose d’une longue expérience dans la gestion des centrales nucléaires en conditions météorologiques difficiles. Les tempêtes Lothar et Martin en décembre 1999, la tempête Xynthia en 2010, ou encore les différents épisodes méditerranéens violents ont tous apporté leur lot d’enseignements précieux.
Ces retours d’expérience se traduisent concrètement par des renforcements de lignes électriques, des protections supplémentaires contre les projections, des procédures plus précoces de réduction de puissance, et une meilleure anticipation des scénarios extrêmes.
L’EPR Flamanville 3 face à sa première vraie tempête
Pour le nouveau réacteur de troisième génération, cette tempête Goretti constitue en quelque sorte le baptême du feu grandeur nature. Raccordé au réseau en décembre 2024, il n’avait encore jamais connu de conditions aussi extrêmes depuis sa mise en service commerciale.
Les observateurs attentifs notent que les procédures spécifiques à cette technologie ont fonctionné comme prévu. La réduction de puissance progressive puis la déconnexion se sont déroulées sans heurt particulier, démontrant la robustesse du design EPR face aux agressions externes de type tempête.
Impact sur le système électrique français
L’arrêt simultané de deux réacteurs puissants sur un même site représente une perte momentanée significative de capacité de production. Cependant, le parc nucléaire français compte encore de nombreuses unités disponibles, ce qui permet d’absorber sans difficulté cette indisponibilité temporaire.
Les gestionnaires de réseau électrique disposent par ailleurs de plusieurs leviers : mobilisation des centrales de pointe, importations depuis les pays voisins, recours au stockage hydraulique, ajustement de la demande… Autant de solutions qui garantissent la stabilité du système même en cas d’indisponibilité imprévue.
Communication de crise et transparence
L’un des points positifs de cette séquence est sans doute la qualité et la rapidité de l’information délivrée au public. Communiqués réguliers, explications techniques accessibles, calendrier prévisionnel clair : tous les ingrédients d’une communication de crise réussie étaient réunis.
Dans un contexte où l’énergie nucléaire suscite encore de nombreux débats, cette transparence contribue à renforcer la confiance et à dédramatiser des situations qui, sans explication, pourraient facilement générer de l’inquiétude.
Vers un avenir plus résilient face aux événements climatiques extrêmes
Les épisodes météorologiques de plus en plus intenses interrogent la résilience globale de nos infrastructures critiques. Les centrales nucléaires, par leur nature même, ont toujours été conçues avec des marges de sécurité importantes face aux aléas naturels.
Cependant, le changement climatique pourrait augmenter la fréquence et l’intensité de ces phénomènes. Les industriels et les autorités de sûreté travaillent donc déjà sur l’adaptation des installations aux nouveaux risques : submersion marine accrue, montée des eaux, vents encore plus violents, phénomènes combinés…
La tempête Goretti, bien qu’impressionnante, n’a pas dépassé les hypothèses de dimensionnement des installations de Flamanville. Elle rappelle simplement que la vigilance reste de mise et que la préparation aux scénarios extrêmes constitue une priorité permanente.
Conclusion : une gestion maîtrisée d’un événement attendu
La tempête Goretti a donc offert à la centrale de Flamanville l’occasion de démontrer, une fois encore, la robustesse de ses installations et la qualité de ses procédures d’exploitation en situation dégradée.
Arrêts programmés, déconnexions automatiques maîtrisées, absence d’impact sur l’environnement et la population, calendrier de redémarrage communiqué rapidement : tous les voyants sont au vert.
Dans quelques jours, lorsque les réacteurs auront repris leur production pleine puissance, cet épisode ne sera plus qu’un retour d’expérience de plus dans la longue histoire de l’exploitation nucléaire française face aux caprices de la météo.
Et c’est précisément cette capacité à transformer chaque événement en opportunité d’amélioration qui constitue l’une des forces majeures du modèle énergétique français.









