Imaginez une relation entre deux pays aux liens historiques profonds, soudainement gelée par des désaccords profonds, puis, petit à petit, une lueur d’espoir apparaît sous forme d’une visite ministérielle hautement symbolique. C’est exactement ce qui s’est passé ce mardi 17 février 2026 à Alger, où le président Abdelmadjid Tebboune a reçu le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez. Ce geste, loin d’être anodin, intervient après une longue période de tensions qui ont mis à rude épreuve les relations franco-algériennes.
Depuis l’été 2024, les échanges entre Paris et Alger se sont raréfiés, marqués par des gestes diplomatiques forts et des incompréhensions persistantes. Cette rencontre au sommet, au deuxième jour d’une visite officielle, symbolise peut-être un premier pas vers une reprise du dialogue, particulièrement sur les dossiers sécuritaires qui préoccupent les deux capitales.
Une rencontre présidentielle inattendue mais significative
La journée du mardi a réservé une surprise de taille. Alors que la venue de Laurent Nuñez était prévue depuis plusieurs mois, sur invitation de son homologue algérien, la certitude d’une audience avec le président Tebboune n’était pas acquise jusqu’au bout. Pourtant, elle a bien eu lieu, en présence de plusieurs figures clés des deux côtés.
Parmi les participants côté algérien figuraient Boualem Boualem, directeur de cabinet du président, Saïd Sayoud, ministre de l’Intérieur, Ammar Abba, conseiller diplomatique, ainsi que le général-major Abdelkader Aït-Ouarabi, patron de la sécurité intérieure. Cette composition illustre l’importance accordée à cet échange par Alger.
Aucune information précise n’a filtré sur le contenu exact des discussions. Les autorités ont préféré garder une discrétion totale, laissant planer le mystère sur les avancées potentielles. Mais le simple fait que cette réunion se soit tenue marque un tournant potentiel dans une relation bilatérale qui traversait sa phase la plus difficile depuis longtemps.
Le contexte d’une visite préparée de longue date
Laurent Nuñez est arrivé à Alger le lundi 16 février pour une visite de deux jours. Accueilli par son homologue Saïd Sayoud à l’aéroport international Houari Boumédiène, il a enchaîné avec des réunions de travail intensives. Des hauts responsables sécuritaires des deux pays étaient présents, dont la cheffe de la sécurité intérieure française Céline Berthon.
Ces échanges techniques préfiguraient déjà l’ambition affichée : aborder toutes les questions de sécurité. Le ministre français avait insisté en amont sur la nécessité de coopérer étroitement, notamment parce que l’Algérie partage des frontières avec plusieurs États du Sahel instables.
Les thèmes évoqués publiquement incluaient la lutte contre le terrorisme, un domaine où l’expertise algérienne est reconnue, mais aussi le narcotrafic, fléau transnational qui touche les deux rives de la Méditerranée. Ces sujets, concrets et urgents, offraient un terrain commun pour relancer le dialogue.
Les dossiers épineux au cœur des tensions
Malgré ces points d’accord potentiels, plusieurs dossiers continuent de peser lourdement sur les relations. La question des réadmissions reste particulièrement sensible. L’Algérie a suspendu depuis plusieurs mois l’acceptation des retours de ses ressortissants en situation irrégulière sur le sol français, ce qui complique considérablement la gestion migratoire à Paris.
Laurent Nuñez avait mentionné ce point avant son départ, soulignant l’importance d’avancées concrètes. De même, le cas du journaliste sportif français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme et dont la peine a été confirmée en appel en décembre 2025, plane comme une ombre sur les discussions.
Ces affaires individuelles s’ajoutent à un contentieux plus large, né à l’été 2024 avec la reconnaissance par la France d’un plan d’autonomie pour le Sahara occidental sous souveraineté marocaine. Ce territoire disputé depuis un demi-siècle oppose le Maroc au Front Polisario, soutenu par Alger. Ce revirement diplomatique français a été perçu comme un affront majeur par les autorités algériennes.
La crise s’est aggravée avec des incidents successifs qui ont conduit à des expulsions réciproques de diplomates et d’agents consulaires.
Parmi ces épisodes, l’arrestation en novembre 2024 de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, ultérieurement gracié, et la mise en examen en avril 2025 d’un agent consulaire algérien dans une affaire d’enlèvement d’influenceur, ont encore envenimé l’atmosphère.
Enjeux sécuritaires et géopolitiques partagés
Au-delà des frictions, les deux pays partagent des intérêts communs indéniables. La lutte contre le terrorisme dans la région sahélo-saharienne nécessite une coordination étroite. L’Algérie, avec ses longues frontières et son expérience en matière de renseignement, joue un rôle pivot.
Le narcotrafic représente une autre menace commune. Les routes de la drogue traversent souvent le Maghreb avant d’atteindre l’Europe, et une coopération renforcée pourrait permettre de démanteler des réseaux transnationaux puissants.
Enfin, la stabilité régionale dépend en grande partie d’une entente entre ces deux acteurs majeurs. Une relation apaisée permettrait de mieux répondre aux défis communs, des flux migratoires aux menaces jihadistes.
Vers une sortie de crise progressive ?
Cette visite de Laurent Nuñez, prolongée par l’audience présidentielle, apparaît comme un test crucial. Elle marque le passage d’une phase technique à une dimension plus politique. Les observateurs y voient un signe de dégel, même si les progrès concrets restent à démontrer.
Les mois précédents ont été marqués par une accumulation de gestes hostiles, mais aussi par des signaux discrets de volonté de dialogue. La grâce accordée à certaines figures et la tenue de cette rencontre montrent que les canaux ne sont pas totalement rompus.
Pourtant, la prudence reste de mise. Les sujets de discorde sont profonds et touchent à des questions de souveraineté et d’histoire partagée. Toute avancée nécessitera des concessions mutuelles et une patience diplomatique considérable.
Impact sur les citoyens des deux pays
Les tensions bilatérales ne se limitent pas aux sphères officielles. Elles affectent directement les populations. Les familles mixtes, les étudiants, les hommes d’affaires et les voyageurs subissent les conséquences des restrictions de visas, des suspensions de liaisons aériennes partielles et d’un climat général de méfiance.
Une reprise du dialogue sécuritaire pourrait indirectement faciliter les échanges humains. Moins de crispations diplomatiques signifient souvent plus de fluidité dans les relations consulaires et une meilleure coopération judiciaire.
Sur le plan économique, même si ce n’est pas le cœur de la visite, une atmosphère apaisée favoriserait le retour des investissements et des projets communs. Les liens commerciaux, déjà importants, pourraient retrouver un dynamisme perdu ces derniers mois.
Perspectives pour l’avenir proche
Il est encore trop tôt pour parler de réconciliation complète. Mais cette rencontre constitue un jalon important. Elle démontre que, malgré les crises, le dialogue reste possible lorsque les enjeux sécuritaires l’exigent.
Les prochaines semaines seront décisives. Des gestes concrets sur les réadmissions, des avancées dans la lutte commune contre le terrorisme ou des signes d’apaisement sur les dossiers sensibles pourraient consolider ce fragile redémarrage.
Inversement, tout blocage sur un point majeur risquerait de refermer la fenêtre ouverte ces derniers jours. La diplomatie, ici comme ailleurs, repose sur un équilibre subtil entre fermeté et ouverture.
En attendant des communiqués officiels plus détaillés, cette visite reste un moment clé dans l’histoire récente des relations franco-algériennes. Elle rappelle que même après des tempêtes diplomatiques, le dialogue peut reprendre, porté par la nécessité d’affronter ensemble des défis communs.
Les regards sont désormais tournés vers les suites données à cette rencontre. Espérons qu’elle marque le début d’une phase plus constructive, au bénéfice des deux peuples et de la stabilité régionale.
Les relations entre la France et l’Algérie ont toujours été complexes, marquées par l’histoire et les intérêts partagés. Cette rencontre pourrait être le signe que la raison l’emporte sur les passions du moment.
Pour aller plus loin, il convient de souligner que cette dynamique s’inscrit dans un contexte régional mouvant. Le Sahel reste une zone de haute volatilité, où la coopération transfrontalière est indispensable. L’Algérie, avec sa position géographique et ses capacités, reste un partenaire incontournable pour la France dans cette partie du monde.
De même, les flux migratoires, loin d’être uniquement un sujet de discorde, représentent aussi une opportunité de partenariat si des mécanismes équilibrés sont mis en place. La gestion concertée des mouvements de population pourrait transformer un point de friction en domaine de coopération exemplaire.
Enfin, sur le plan symbolique, cette audience présidentielle dépasse le cadre strictement sécuritaire. Elle rétablit un niveau de dialogue politique qui faisait défaut depuis de longs mois. Cela pourrait ouvrir la voie à d’autres rencontres de haut niveau dans les prochains mois.
En conclusion, ce 17 février 2026 restera comme une date à retenir dans l’agenda diplomatique bilatéral. Même si le chemin vers une normalisation complète est encore long, les premiers pas ont été faits, et cela constitue déjà une avancée notable dans un climat qui était devenu particulièrement lourd.









