Une hausse des prix qui bouleverse le quotidien des Syriens
Depuis octobre dernier, les tarifs de l’électricité ont connu une augmentation massive, atteignant jusqu’à 6000 % dans certains cas. Ce qui était autrefois une dépense négligeable est devenu un fardeau insurmontable pour une large partie de la population. Les autorités justifient cette mesure par la nécessité de réformer le secteur et d’améliorer la qualité du service, mais sur le terrain, les réactions sont marquées par l’incompréhension et la colère.
Imaginez un ancien ingénieur agricole percevant une retraite modeste, autour de 58 euros par mois. Sa facture habituelle tournait autour de 15 000 à 20 000 livres syriennes, l’équivalent de moins de deux euros. Désormais, elle dépasse les 800 000 livres, soit environ 60 euros. Il repart sans régler, incapable d’assumer une telle somme. Ce témoignage reflète une situation généralisée où les prix de l’énergie dépassent souvent les salaires mensuels.
Le contexte d’une économie épuisée par le conflit
La Syrie sort d’une guerre qui a duré plus de treize ans, dévastant infrastructures, économie et tissu social. Une grande partie des habitants vit sous le seuil de pauvreté, avec un salaire minimum officiel fixé à environ 750 000 livres syriennes, soit 63 euros. Dans ce cadre, toute augmentation significative des coûts essentiels frappe de plein fouet les ménages déjà fragilisés.
Les coupures d’électricité restent fréquentes, pouvant atteindre jusqu’à 20 heures par jour dans certaines zones. À Damas, la capitale, la situation s’est légèrement améliorée avec une moyenne de six heures de courant quotidien. Mais dans les banlieues ou les régions plus éloignées, l’accès reste limité à deux heures ou moins. Les habitants se rationnent drastiquement : pas de climatisation, utilisation minimale de la télévision, et parfois même renoncement au chauffage en hiver.
Cette précarité énergétique s’ajoute à d’autres difficultés quotidiennes. Les promesses d’un redressement rapide après le changement politique de décembre 2024 peinent à se concrétiser dans la vie courante. Les Syriens attendent des améliorations tangibles, mais la réalité les confronte à des choix impossibles entre payer l’électricité ou nourrir leur famille.
Les justifications officielles face à la colère populaire
Les autorités expliquent cette réforme comme une étape indispensable pour éviter l’effondrement du secteur électrique. L’objectif affiché est d’équilibrer les finances, d’investir dans la maintenance et d’attirer des fonds pour réhabiliter les réseaux endommagés. Des contrats ont été signés pour importer du gaz depuis des pays voisins, et des espoirs sont placés dans des investissements étrangers.
Un économiste spécialisé souligne que le vrai problème réside dans l’érosion du pouvoir d’achat. Les salaires, souvent inférieurs à 85 euros mensuels pour de nombreux employés, ne suivent pas l’inflation ni les hausses de coûts. La mesure vise principalement à empêcher une faillite du système énergétique, mais elle arrive dans un contexte où les ressources des citoyens sont épuisées.
« Où est-ce qu’on est censé trouver cet argent ? Les gens sortent d’une crise, épuisés… Ils n’ont même pas les moyens de mettre de la nourriture sur la table. »
Cette phrase, prononcée par un retraité, résume le sentiment dominant. Les explications techniques sur la réforme paraissent déconnectées des réalités vécues au quotidien.
Des manifestations inédites expriment le ras-le-bol
Pour la première fois depuis longtemps, des citoyens se sont rassemblés devant le ministère concerné pour protester. Des pancartes proclamaient clairement : « Nous ne paierons pas ». Ces scènes, impensables sous l’ancien régime où toute contestation était réprimée, montrent une évolution dans l’expression publique du mécontentement.
Un retraité fonctionnaire, percevant 52 euros par mois, raconte son choc en découvrant une facture de plus de 350 000 livres, contre moins de 2 dollars auparavant. Dans son quartier de la banlieue damascène, l’électricité n’arrive que deux heures par jour. Il se prive déjà de tout confort, et cette hausse apparaît comme une injustice supplémentaire.
Une militante de 65 ans, habituée à rationner sévèrement sa consommation, brandit une pancarte affirmant que l’électricité est un droit fondamental. Elle explique n’utiliser presque plus la télévision et avoir renoncé au chauffage. Ces témoignages personnels mettent en lumière l’impact humain derrière les chiffres officiels.
Les défis de la reconstruction énergétique
La Banque Mondiale estime à plus de 216 milliards de dollars le coût total de la reconstruction du pays. Le secteur énergétique figure parmi les priorités, avec des infrastructures largement détruites ou obsolètes. Les nouvelles autorités ont multiplié les annonces d’accords pour importer de l’énergie et développer des projets.
Malgré ces efforts, les progrès restent lents. Les coupures persistantes obligent de nombreux foyers à recourir à des générateurs privés, augmentant encore les dépenses. La libéralisation progressive du secteur vise à attirer des capitaux, mais elle s’accompagne de hausses de prix qui pèsent sur les plus vulnérables.
Les experts soulignent que sans une reprise économique globale, ces mesures risquent d’aggraver les inégalités. La population, épuisée par des années de privations, aspire à une stabilité qui inclut des services de base accessibles.
Impacts sur les ménages et stratégies de survie
Face à ces factures astronomiques, les familles adoptent des stratégies extrêmes. Réduction drastique de la consommation, utilisation de bougies ou de lampes à pétrole, renoncement à certains appareils. Dans les zones les moins desservies, la vie s’organise autour des rares heures de courant.
Certains refusent purement et simplement de payer, espérant une révision des tarifs ou une annulation partielle. Cette attitude collective pourrait mener à des tensions supplémentaires si les autorités maintiennent leur ligne dure.
- Rationnement sévère : extinction des lumières inutiles, pas d’appareils énergivores.
- Recours à des alternatives : générateurs collectifs payants dans les quartiers.
- Protestations pacifiques : rassemblements pour faire entendre la voix des usagers.
Ces adaptations quotidiennes montrent la résilience des Syriens, mais aussi leur épuisement face à une crise qui semble sans fin.
Perspectives et incertitudes pour l’avenir proche
Les promesses d’augmentation de la production persistent. Des projets d’importation de gaz et de réhabilitation sont en cours, mais les résultats concrets tardent. La population reste dans l’attente, partagée entre espoir prudent et scepticisme grandissant.
Si la réforme énergétique est nécessaire pour un redressement durable, son application brutale risque de creuser les fractures sociales. Un équilibre entre assainissement financier et protection des plus démunis apparaît indispensable pour éviter une explosion plus large du mécontentement.
Dans ce contexte, chaque jour apporte son lot de témoignages poignants. Des retraités, des fonctionnaires, des militants, tous confrontés à la même équation insoluble : comment survivre quand une facture dépasse le salaire ? La Syrie traverse une phase critique où les choix économiques influencent directement la stabilité sociale.
Les mois à venir seront décisifs. Les autorités parviendront-elles à concrétiser leurs engagements sans sacrifier davantage le quotidien des citoyens ? Les réponses viendront des évolutions sur le terrain, dans les foyers où la lumière reste rare et chère.
Ce drame énergétique n’est pas qu’une question de kilowatts. Il touche au cœur de la survie, de la dignité et de l’espoir dans un pays qui aspire à tourner la page après tant d’années sombres. Les Syriens méritent un avenir où l’électricité n’est plus un luxe, mais un droit accessible à tous.









