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Syrie : Assad Dénonce une Tentative de Redessiner la Carte Régionale

La Syrie à nouveau en proie aux violences. Le régime Assad, affaibli par une offensive rebelle fulgurante, dénonce une tentative de « redessiner » la carte régionale. Entre jeux d'influence et intérêts divergents, l'avenir du pays semble plus que jamais incertain. Décryptage d'une situation explosive...

La Syrie est une nouvelle fois le théâtre de violences et d’instabilité. Alors qu’une offensive rebelle fulgurante a permis de prendre le contrôle de vastes régions du nord du pays, le président Bachar al-Assad a vivement réagi en dénonçant une tentative de « redessiner » la carte du Moyen-Orient. Un revers cinglant pour le régime, qui se retrouve privé du contrôle total d’Alep, la deuxième ville du pays.

Une coalition hétéroclite à l’offensive

À la surprise générale, c’est une alliance inédite entre le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Cham (HTS) et des factions rebelles syriennes, dont certaines soutenues par la Turquie, qui est parvenue à infliger ce revers au régime. Leur objectif : prendre le contrôle des provinces septentrionales d’Idleb et d’Alep, jusqu’alors tenues par les forces gouvernementales.

En quelques jours à peine, cette coalition a réussi à s’emparer de dizaines de localités ainsi que de la majeure partie de la ville d’Alep, à l’exception des quartiers nord à majorité kurde. Un coup dur pour Bachar al-Assad, qui avait réussi à reprendre le contrôle total de cette cité emblématique en 2016 grâce au soutien de ses alliés russes et iraniens.

Le spectre des ingérences étrangères

Face à cette situation, le président syrien n’a pas manqué de dénoncer ce qu’il considère comme une ingérence étrangère destinée à déstabiliser la région. Lors d’un entretien avec son homologue iranien, il a ainsi déclaré que cette « escalade terroriste » visait à « tenter de morceler la région, d’effriter ses États et de redessiner la carte conformément aux intérêts de l’Amérique et de l’Occident ».

Une rhétorique qui n’est pas sans rappeler les jeux d’influence et les intérêts divergents qui se cristallisent autour du conflit syrien depuis des années. Car si la Russie et l’Iran apportent un soutien indéfectible au régime de Damas, la Turquie, elle, appuie plusieurs groupes rebelles dans le nord du pays. Quant aux États-Unis, ils sont présents aux côtés des Forces démocratiques syriennes (FDS) dominées par les Kurdes.

Le rôle ambigu de la Turquie

Si Ankara dément toute implication directe dans l’offensive en cours, force est de constater que plusieurs groupes rebelles proturcs y participent activement. Dimanche, ils ont même annoncé avoir pris aux forces kurdes la ville de Tal Rifaat, un verrou stratégique proche de la frontière turque où vivent environ 200 000 Kurdes syriens désormais encerclés.

Une situation qui fait craindre de nouveaux affrontements entre les différentes factions présentes dans la région, alors même qu’un cessez-le-feu précaire était en vigueur depuis 2020 sous l’égide de Moscou et d’Ankara. Mais avec l’offensive rebelle, c’est tout l’équilibre des forces qui semble remis en question.

Appels à la désescalades

Face au risque d’une reprise des hostilités à grande échelle, la communauté internationale multiplie les appels au calme. Dans un communiqué conjoint, les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont ainsi souligné « l’urgence d’une solution politique » en Syrie.

Toutes les parties doivent faire preuve de retenue et protéger les civils, conformément au droit international humanitaire.

Extrait du communiqué conjoint des États-Unis, de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni

Mais avec une Russie accaparée par le conflit en Ukraine et une Turquie qui semble jouer un jeu trouble, les chances de parvenir rapidement à une désescalade semblent minces. D’autant que le régime syrien a d’ores et déjà promis de contre-attaquer pour reprendre le contrôle des territoires perdus.

L’avenir incertain de la Syrie

Plus de dix ans après le début du soulèvement populaire contre Bachar al-Assad, le conflit syrien semble donc plus que jamais dans l’impasse. Morcelé en différentes zones d’influence où s’affrontent des intérêts contradictoires, le pays est au cœur d’un jeu géopolitique complexe dont il est devenu l’otage.

Et si l’offensive rebelle en cours marque incontestablement un tournant, elle ne fait que confirmer la fragilité d’un pays ravagé par des années de guerre. Un pays où les civils continuent de payer le prix fort des violences, pris en étau entre un régime autoritaire qui s’accroche au pouvoir et des groupes armés aux motivations souvent troubles.

Dans ce contexte, il est à craindre que la Syrie ne reste encore longtemps le théâtre d’affrontements et de déstabilisation, au détriment de sa population qui aspire à une paix durable. Une paix qui semble aujourd’hui plus lointaine que jamais, alors que les armes continuent de parler et que les appels au dialogue restent lettre morte.

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