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Suspension du « Choix Goncourt » en Algérie : Un Coup Dur Pour la Liberté d’Expression

Coup de théâtre dans le monde littéraire : l'Académie Goncourt suspend son prix en Algérie après l'interdiction d'un roman polémique. Un geste fort pour défendre la liberté d'expression, mais...

C’est un coup de tonnerre qui vient d’ébranler le paysage littéraire algérien. L’Académie Goncourt, célèbre institution française qui décerne chaque année le plus prestigieux prix littéraire francophone, a annoncé la suspension de son « Choix Goncourt » en Algérie. Une décision choc, prise en réaction à l’interdiction par les autorités algériennes du dernier roman de Kamel Daoud, « Houris ».

Un Prix Littéraire Victime de la Censure

Créé en 2017, le « Choix Goncourt de l’Algérie » permettait à un jury d’étudiants algériens de primer un ouvrage parmi la sélection de l’Académie Goncourt. Un bel hommage à la littérature francophone et un pont culturel entre la France et l’Algérie. Mais voilà qu’en ce mois de décembre 2024, ce lien est brutalement rompu. La raison ? L’interdiction par le régime algérien du sulfureux roman « Houris » de Kamel Daoud, écrivain algérien mondialement reconnu.

Il est impensable pour nous de cautionner une telle atteinte à la liberté d’expression.

– Un membre de l’Académie Goncourt

Face à ce qu’elle considère comme une censure inacceptable, l’Académie Goncourt a donc choisi de suspendre purement et simplement son prix algérien. Un geste fort, quasi inédit, qui résonne comme un cri d’alarme pour la liberté de création.

Kamel Daoud, Écrivain Controversé

Figure intellectuelle majeure en Algérie et à l’international, Kamel Daoud est connu pour sa plume acérée et son regard critique sur la société algérienne. Son dernier roman « Houris », qui aborde frontalement les thèmes de la religion et de la condition féminine, n’a pas échappé à la vindicte des autorités. Jugé « offensant » et « portant atteinte aux valeurs nationales », le livre a été purement et simplement interdit de vente et de diffusion sur le territoire algérien.

Ce n’est malheureusement pas la première fois que Kamel Daoud se retrouve dans le viseur du pouvoir. Déjà en 2014, son best-seller « Meursault, contre-enquête » lui avait valu les foudres de certains milieux conservateurs. Mais cette fois, la censure est allée encore plus loin, touchant de plein fouet l’un des plus grands événements littéraires du pays.

La Littérature, Victime Collatérale

Au-delà du cas particulier de Kamel Daoud, c’est toute la scène littéraire algérienne qui se retrouve impactée par cette décision. Le « Choix Goncourt » représentait en effet une formidable vitrine pour les jeunes auteurs algériens, leur permettant de se faire connaître du grand public. Sa suspension prive donc toute une génération d’écrivains d’un tremplin crucial pour leur carrière.

Mais plus encore, c’est un mauvais signal envoyé à tous les artistes et intellectuels du pays. Un message de fermeté de la part d’un régime qui semble déterminé à contrôler étroitement la sphère culturelle et à museler toute voix dissidente. Une dérive liberticide qui inquiète au plus haut point les défenseurs des droits humains.

L’Affaire Boualem Sansal en Toile de Fond

Cette suspension du « Choix Goncourt » intervient dans un contexte déjà tendu pour la liberté d’expression en Algérie, avec notamment l’affaire Boualem Sansal. Cet autre écrivain de renom est actuellement emprisonné par le régime pour ses écrits critiques. Un sort funeste que l’Académie Goncourt a tenu à rappeler, affirmant sa « condamnation de toute atteinte à la liberté d’expression ».

Boualem Sansal est aujourd’hui privé de sa liberté pour avoir eu le courage de s’exprimer. Son sort tragique nous rappelle l’urgence de défendre partout le droit inaliénable des écrivains à créer librement.

– Déclaration officielle de l’Académie Goncourt

Nul doute que le cas de Boualem Sansal a pesé dans la décision de l’Académie de suspendre son prix algérien. Une manière de ne pas se rendre complice, même indirectement, de la répression qui s’abat sur les voix libres du pays.

Quel Avenir Pour le « Choix Goncourt » Algérien ?

Reste à savoir si cette suspension du « Choix Goncourt » est temporaire ou définitive. Tout dépendra vraisemblablement de l’évolution de la situation en Algérie dans les prochains mois. Si la censure du roman de Kamel Daoud était levée et si des gages étaient donnés concernant la liberté d’expression, peut-être l’Académie Goncourt pourrait-elle revoir sa position.

Mais en attendant, c’est un précieux trait d’union culturel entre la France et l’Algérie qui se retrouve rompu. Un lien tissé par la langue et la littérature, malgré les tumultes de l’Histoire. Un lien qu’il était pourtant si important de préserver et de faire vivre, comme un rempart contre l’obscurantisme et le repli sur soi.

Espérons que cette crise saura être surmontée et que les écrivains algériens pourront à nouveau faire entendre leurs voix, librement et sans entraves. Car comme le disait si justement Albert Camus, lui-même Prix Goncourt : « La liberté, c’est le droit de ne pas mentir ». Un droit fondamental que la littérature a le devoir de défendre, en Algérie comme ailleurs.

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