Alors que la France fait face à une flambée de violence sans précédent, les prisons du pays croulent littéralement sous le poids des détenus. Un constat alarmant qui soulève de nombreuses questions sur l’efficacité de notre système pénal. Pour Béatrice Brugère, secrétaire générale du syndicat Unité-magistrats, il est grand temps de revoir notre politique carcérale de fond en comble.
Une crise pénitentiaire aux racines profondes
Au cœur du problème, selon la magistrate : une tendance lourde à vouloir aménager les peines, quitte à relâcher dans la nature des délinquants endurcis. Un laxisme qui ne date pas d’hier, mais dont les effets délétères se font cruellement sentir aujourd’hui.
Nos prisons ne débordent pas parce que nous incarcérons trop, mais parce que nous incarcérons trop tard.
Béatrice Brugère, secrétaire générale du syndicat Unité-magistrats
Car en repoussant sans cesse le moment de la sanction, la justice laisserait le champ libre à une délinquance de plus en plus précoce et violente. Des mineurs de 13-14 ans, déjà rompus au trafic de drogue et au port d’armes, qui écument les rues de nos villes en toute impunité.
La prison, un mal nécessaire ?
Faut-il pour autant jeter massivement les délinquants derrière les barreaux ? Pour Béatrice Brugère, l’incarcération, même de courte durée, reste un outil indispensable pour endiguer la spirale de la violence. À condition toutefois de repenser en profondeur le sens de la peine.
- Des peines plus courtes mais systématiques, pour restaurer le principe d’autorité
- Des quartiers dédiés aux jeunes détenus, pour éviter la contagion criminelle
- Un accompagnement renforcé à la sortie, pour prévenir la récidive
Autant de pistes que la magistrate appelle de ses vœux pour sortir notre système carcéral de l’ornière. Car pour elle, il y a urgence : si rien n’est fait, la France court tout droit vers une mexicanisation de sa société, gangrénée par les narco-trafiquants et les règlements de compte sanglants.
L’impératif d’une réforme en profondeur
Mais au-delà des murs des prisons, c’est bien une refonte globale de la chaîne pénale que Béatrice Brugère appelle de ses vœux. Des forces de l’ordre débordées aux juges d’application des peines dépassés, tous les maillons semblent au bord de la rupture.
La sécurité devient un enjeu majeur pour la démocratie face à cette déstabilisation violente qui nous met dans l’incapacité de faire face et de répondre de manière adaptée.
Un constat sombre, mais qui n’entame en rien la détermination de cette magistrate engagée. Car pour elle, il n’est pas trop tard pour inverser la tendance, à condition d’une prise de conscience collective. Un sursaut républicain qu’elle espère voir émerger au plus vite, pour le bien de tous les citoyens.
Des paroles aux actes
Reste à savoir si le gouvernement saura entendre cet appel pressant lancé par ceux qui, sur le terrain, se battent au quotidien pour une justice plus ferme et plus efficace. Car au-delà des effets d’annonce, c’est bien à un changement de logiciel que nous appelle Béatrice Brugère.
Osera-t-on enfin regarder en face les failles béantes de notre système pénal ? La balle est désormais dans le camp du pouvoir politique. Et le temps presse, car comme le martèle la magistrate : « Le laxisme d’aujourd’hui fait le lit de la barbarie de demain ».