Une réforme historique contre les privilèges des élus
Imaginez un pays où les représentants du peuple, après seulement cinq années de mandat, pouvaient prétendre à une pension à vie, alors que les citoyens ordinaires doivent souvent travailler dix ans ou plus pour y accéder. C’est cette inégalité flagrante que le Sri Lanka vient de corriger de manière décisive. Le vote récent au Parlement marque un tournant majeur dans la lutte contre les privilèges indus accordés aux politiciens.
Avec 154 voix pour et seulement deux contre, la Chambre des 225 membres a approuvé l’abrogation de la loi sur les retraites parlementaires datant de 1977. Cette loi, en vigueur depuis près d’un demi-siècle, permettait aux députés d’obtenir une pension après un minimum de cinq ans de service. Le gouvernement de gauche, dirigé par le président Anura Kumara Dissanayake, a tenu sa promesse électorale de réduire drastiquement ces avantages.
Cette mesure n’arrive pas isolément. Elle fait suite à d’autres décisions similaires prises ces derniers mois, démontrant une volonté claire de transformer la gouvernance du pays. Les citoyens, longtemps frustrés par les scandales et les gaspillages, voient enfin des actions concrètes.
Le contexte d’une crise profonde
Le Sri Lanka a traversé des années tumultueuses marquées par une crise économique sévère, des manifestations massives et un profond mécontentement populaire. Les privilèges accordés aux élites politiques ont souvent été pointés du doigt comme un facteur aggravant de ces difficultés. Lorsque les familles peinent à se nourrir, voir des anciens dirigeants bénéficier de luxes financés par l’argent public a alimenté une colère légitime.
Le gouvernement actuel, issu d’une coalition de gauche arrivée au pouvoir avec un mandat fort, a fait de la réduction des coûts inutiles une priorité. En supprimant ces retraites, il envoie un message clair : le service public doit être un engagement au service du peuple, non une voie vers des avantages personnels durables.
Le vote quasi-unanime reflète aussi le soutien majoritaire au sein de la Chambre, où le parti au pouvoir détient une majorité des deux tiers. Cela permet d’avancer rapidement sur des réformes structurelles sans blocages excessifs.
Les détails de la loi abrogée
La loi de 1977 accordait une pension aux députés après seulement cinq ans de mandat, contre dix ans pour les autres fonctionnaires publics. Cette disparité a longtemps été critiquée comme injuste. De plus, les veuves des députés pouvaient également bénéficier de ces droits, prolongeant l’avantage au-delà de la carrière active.
Avec l’abrogation, ces pensions sont supprimées avec effet immédiat. Les anciens députés et leurs ayants droit ne pourront plus en bénéficier. Cette décision touche potentiellement des centaines de personnes, mais elle répond à une demande populaire pressante de justice sociale.
« Quand les gens voient la qualité des débats et ce que disent les membres dans cette Chambre, ils ne pensent pas que les députés méritent une pension. »
Ministre de la Justice
Cette citation illustre bien le sentiment dominant : les performances perçues des élus ne justifient plus des avantages exceptionnels.
Une série de mesures contre les privilèges des anciens présidents
Quelques mois plus tôt, le gouvernement avait déjà retiré aux anciens chefs d’État leurs logements officiels, leurs véhicules de luxe, le carburant financé par l’État, le personnel administratif et une grande partie de leur sécurité personnelle. Ces privilèges, autrefois considérables, ont été drastiquement réduits.
Ces réformes ont visé des figures emblématiques du passé politique. Par exemple, des dépenses massives pour rénover des résidences d’État avaient été révélées, atteignant des sommes astronomiques en roupies. Un ancien dirigeant avait même refusé de quitter une propriété gouvernementale, provoquant un nouveau projet de loi pour limiter ces abus.
Ces actions s’inscrivent dans une logique globale de rationalisation des dépenses publiques. Le pays, encore en phase de redressement économique, ne peut plus se permettre de financer des modes de vie luxueux pour ses anciens leaders.
Les oppositions et les débats autour de la réforme
Tous n’ont pas accueilli cette mesure avec enthousiasme. Le chef de l’opposition a voté contre, arguant que les retraites garantissent une forme de sécurité sociale aux élus une fois leur mandat terminé. Selon lui, sans ces protections, seuls les plus fortunés pourraient se permettre une carrière politique, risquant de transformer la démocratie en un club réservé aux riches.
Cet argument soulève une question légitime : comment attirer des personnes compétentes en politique sans offrir de filet de sécurité ? Cependant, les partisans de la réforme rétorquent que le service public doit être motivé par l’engagement citoyen, non par des garanties financières à long terme.
Le débat met en lumière deux visions opposées de la politique : l’une la voit comme un sacrifice temporaire récompensé par des avantages, l’autre comme un devoir désintéressé au service de la nation.
Les impacts attendus sur la société sri-lankaise
Cette réforme pourrait avoir des effets profonds. D’abord, elle envoie un signal fort de moralisation de la vie publique. Les citoyens, qui ont subi des hausses d’impôts et des coupes budgétaires, apprécient ces gestes symboliques de partage des efforts.
Ensuite, elle pourrait encourager une nouvelle génération de politiciens plus axés sur l’intérêt général que sur les bénéfices personnels. En supprimant ces incitations financières, le gouvernement espère attirer des profils motivés par l’idéal plutôt que par le gain.
- Réduction des dépenses publiques inutiles
- Renforcement de la confiance envers les institutions
- Promotion d’une égalité de traitement entre élus et citoyens
- Exemple pour d’autres pays en voie de réforme
Ces points positifs sont souvent mis en avant par les soutiens du gouvernement. Bien sûr, les opposants craignent que cela ne décourage les candidatures sincères ou n’entraîne une professionnalisation moindre de la politique.
Vers une gouvernance plus sobre et transparente ?
Le Sri Lanka semble engagé dans une voie de transformation profonde. Ces réformes sur les retraites et les privilèges s’ajoutent à d’autres initiatives visant à assainir la sphère publique. Le pays cherche à tourner la page d’une ère marquée par la corruption et les abus de pouvoir.
Les mois à venir seront cruciaux pour voir si ces mesures s’accompagnent d’autres changements structurels, comme une meilleure gestion économique ou une lutte accrue contre la corruption. Pour l’instant, le message est clair : les temps des privilèges exorbitants sont révolus.
En conclusion, cette abrogation représente plus qu’une simple économie budgétaire. Elle incarne une aspiration collective à une politique plus juste et plus proche des préoccupations quotidiennes des Sri-Lankais. Reste à transformer ces gestes symboliques en réformes durables pour un avenir meilleur.
Le chemin est encore long, mais ces premiers pas audacieux suscitent l’espoir chez beaucoup. Le Sri Lanka pourrait bien devenir un exemple dans la région pour une gouvernance renouvelée et responsable.









