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Soutien Massif aux Séparatistes à Aden : Le Sud du Yémen Se Lève

À Aden, des milliers de personnes ont bravé l’interdiction pour crier leur rêve d’indépendance. Le STC, sous pression saoudienne, refuse de plier. Que va devenir le Sud Yémen dans ce bras de fer régional ?

Dans les rues poussiéreuses d’Aden, une ville qui porte encore les cicatrices de nombreuses guerres, des milliers de voix se sont élevées ce samedi pour faire trembler les murs. Ce n’était pas une simple manifestation : c’était un cri collectif, puissant, presque désespéré, pour rappeler au monde entier qu’un rêve d’indépendance continue de battre dans le cœur du Sud Yémen.

Bravant une interdiction officielle, les habitants sont descendus en masse pour soutenir le Conseil de transition du Sud, ce mouvement séparatiste qui refuse de plier face aux pressions extérieures. L’image est saisissante : drapeaux de l’ancien Yémen du Sud claquant au vent, portraits d’un dirigeant porté en triomphe, et une détermination visible sur chaque visage.

Aden, un samedi qui pourrait changer la donne

La capitale du Sud a vécu une journée hors du commun. Malgré l’interdiction prononcée par le gouverneur nouvellement nommé, les habitants de plusieurs provinces ont convergé vers Aden. Ils ne sont pas venus par hasard, mais avec un message clair et répété depuis des années.

« Nous voulons un État indépendant », résume simplement l’un des manifestants. Cette phrase, prononcée avec force, résume à elle seule l’état d’esprit d’une population qui se sent marginalisée depuis trop longtemps.

Le contexte immédiat : une reprise de territoires contestée

Tout a commencé fin décembre lorsque les forces du Conseil de transition du Sud se sont emparées de vastes zones dans l’est du pays, notamment dans les provinces de Hadramout et de Mahra. Cette avancée territoriale a été perçue comme une provocation majeure par les autres composantes du pouvoir yéménite.

Quelques jours plus tard, début janvier, une contre-offensive soutenue par des forces pro-saoudiennes a permis de reprendre la plupart de ces territoires. Ce va-et-vient militaire a accentué les tensions déjà très vives entre les différentes factions du sud.

Cette démonstration de force sur le terrain n’a fait qu’alimenter la colère des partisans du mouvement séparatiste, qui y voient une nouvelle tentative de les réduire au silence.

La dissolution annoncée… sous pression

Vendredi, un coup de théâtre semblait se profiler : depuis Ryad, des responsables du Conseil de transition du Sud annonçaient la dissolution du mouvement. L’information a circulé rapidement, laissant croire à un possible dénouement de la crise.

Mais très vite, les représentants du mouvement restés au Yémen ont dénoncé ces déclarations. Selon eux, ces annonces ont été arrachées sous la contrainte saoudienne. La réponse ne s’est pas fait attendre : appel à des manifestations massives malgré l’interdiction.

« Le peuple du Sud rejette les manœuvres politiques à l’étranger et la marginalisation de son combat et du Conseil de transition du Sud. »

Un manifestant à Aden

Cette citation illustre parfaitement le sentiment dominant : la conviction que les décisions prises loin du territoire sudiste ne reflètent pas la volonté populaire.

Symboles forts et messages clairs

Sur le terrain, les manifestants ne se sont pas contentés de scander des slogans. Ils ont sorti les symboles les plus puissants de leur histoire récente.

Les drapeaux de l’ancien Yémen du Sud, État indépendant entre 1967 et 1990, flottaient partout. De nombreux portraits du président du Conseil de transition du Sud, Aidarous al-Zoubaidi, étaient également brandis avec fierté.

Ces images ne sont pas anodines. Elles renvoient directement à une période où le Sud avait sa propre identité, sa propre monnaie, sa propre armée. Pour beaucoup, revenir à cet état est devenu un objectif politique et émotionnel majeur.

Le mystère autour du dirigeant séparatiste

La coalition militaire dirigée par Ryad a affirmé qu’Aidarous al-Zoubaidi avait quitté le Yémen pour se réfugier à Abou Dhabi avec l’aide des Émirats arabes unis. Une information démentie catégoriquement par le mouvement.

Selon les responsables du Conseil de transition du Sud, leur dirigeant se trouve toujours sur le sol yéménite. Cette divergence d’information alimente les spéculations et renforce la méfiance envers les déclarations officielles.

Dans un contexte aussi tendu, chaque détail compte et chaque version officielle est scrutée, parfois avec suspicion.

Une coalition sous tension : Saoudiens contre Émiratis

Pour comprendre la complexité de la situation, il faut remonter à 2015. Cette année-là, une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite, à laquelle ont rapidement participé les Émirats arabes unis, est intervenue au Yémen.

L’objectif affiché était de soutenir le gouvernement légitime face aux rebelles houthis qui contrôlaient alors la capitale Sanaa et une grande partie du nord du pays.

Mais au fil des années, les divergences stratégiques entre Ryad et Abou Dhabi se sont accentuées. Les deux pays soutiennent désormais des factions différentes au sein même du Conseil présidentiel reconnu par la communauté internationale.

Le rôle ambigu de Ryad dans le Sud

L’Arabie saoudite a récemment appelé à un dialogue entre les différentes composantes du sud. Une cinquantaine de membres du Conseil de transition du Sud se trouvent d’ailleurs à Ryad depuis plusieurs jours à l’invitation du royaume.

Pourtant, la plupart de ces représentants sont devenus injoignables ou refusent de s’exprimer publiquement depuis leur arrivée. Ce silence alimente les soupçons de pressions exercées pour obtenir des concessions importantes.

La manifestation massive d’Aden apparaît donc comme une réponse directe à cette tentative de règlement négocié loin des populations concernées.

Une population déterminée malgré les risques

Il faut souligner le courage des manifestants. Défier une interdiction officielle dans un contexte sécuritaire aussi fragile n’est pas anodin. Les habitants savent que la répression reste une possibilité réelle.

Malgré cela, ils sont venus de toutes les provinces du Sud pour faire entendre leur voix. Ce mouvement de foule impressionnant témoigne d’une aspiration profonde et largement partagée.

« Les populations du Sud, venues de toutes les provinces, se sont rassemblées aujourd’hui dans la capitale Aden pour réitérer ce qu’elles n’ont cessé de réclamer depuis des années », explique un participant.

Quelle issue pour le Sud Yémen ?

La question est désormais sur toutes les lèvres : jusqu’où ira cette confrontation ? Le mouvement séparatiste parviendra-t-il à maintenir sa cohésion malgré les pressions extérieures ?

Et surtout, la communauté internationale, qui reconnaît officiellement le Conseil présidentiel, acceptera-t-elle de voir le pays se fracturer davantage ? Les prochains jours seront déterminants.

Ce qui est certain, c’est que la mobilisation d’Aden a démontré une chose : le désir d’indépendance du Sud Yémen est loin d’être éteint. Au contraire, il semble plus vivant que jamais.

Un rêve d’indépendance ancré dans l’histoire

Pour bien comprendre l’intensité de ce mouvement, il faut remonter à l’histoire. Entre 1967 et 1990, le Yémen du Sud existait en tant qu’État indépendant, avec sa propre capitale (Aden), son propre gouvernement et une orientation politique marquée à gauche.

Cette période reste pour beaucoup un âge d’or, malgré les difficultés économiques et les conflits internes. La réunification de 1990 est perçue par certains comme une annexion plutôt qu’une union égalitaire.

Cette blessure historique n’a jamais vraiment cicatrisé. Elle ressurgit aujourd’hui avec force, nourrie par les frustrations accumulées au fil des décennies.

Les implications régionales et internationales

Le bras de fer actuel dépasse largement les frontières yéménites. Il met en lumière les rivalités entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, deux alliés au sein de la coalition mais aux intérêts de plus en plus divergents.

L’Arabie saoudite semble privilégier le maintien d’un Yémen unifié (même fragile), tandis que les Émirats ont investi massivement dans le Sud, y voyant une zone d’influence stratégique importante, notamment sur le plan maritime.

Cette compétition régionale se joue en partie sur le dos des populations locales, prises entre différents feux.

Vers un dialogue inclusif ou une nouvelle escalade ?

La voie du dialogue reste théoriquement ouverte. Mais pour qu’elle soit acceptée par la population du Sud, elle devra être perçue comme sincère et non comme une tentative de faire plier le mouvement séparatiste.

Si les pressions continuent sans réelle prise en compte des aspirations sudistes, le risque d’une nouvelle escalade militaire est bien réel. Personne ne souhaite revivre les combats fratricides de 2019 à Aden.

Pour l’instant, la balle est dans le camp des autorités pro-saoudiennes et de leurs alliés. La manifestation massive d’Aden constitue un avertissement clair : ignorer la rue sudiste serait une grave erreur.

Le Sud Yémen attend désormais des actes concrets, pas seulement des promesses. L’avenir du pays tout entier pourrait bien dépendre de la façon dont cette crise sera gérée dans les semaines à venir.

Une chose est sûre : Aden a parlé. Et sa voix porte très loin.

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