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South Dakota Relance Son Pari Bitcoin pour les Fonds Publics

Le Dakota du Sud relance un projet audacieux : autoriser jusqu'à 10 % de ses fonds publics en Bitcoin. Après un échec en 2025, le député Manhart revient avec des garde-fous renforcés. Cette fois-ci, l'idée pourrait-elle enfin passer ?

Imaginez un État américain décidant de placer une partie conséquente de son trésor public dans un actif né il y a seulement seize ans, volatil, décentralisé et souvent décrié. C’est précisément ce que le Dakota du Sud s’apprête à reconsidérer en ce début d’année 2026. Une nouvelle proposition législative ravive un débat qui avait fait pschitt l’an dernier : et si Bitcoin devenait un pilier de la stratégie financière d’un État ?

Le Dakota du Sud veut faire de Bitcoin un allié stratégique

Le 27 janvier 2026, le représentant Logan Manhart a officiellement déposé le House Bill 1155, texte qui vise à modifier le code des investissements de l’État pour autoriser l’allocation d’une fraction des fonds publics dans Bitcoin. Ce n’est pas la première tentative : une proposition quasi identique avait été présentée en 2025, sans jamais sortir du comité. Cette fois, l’élu espère que les ajustements apportés convaincront ses collègues.

Pourquoi maintenant ? Le contexte macroéconomique joue un rôle majeur. L’inflation persistante, la dévaluation progressive du dollar et l’incertitude sur les dettes souveraines poussent de plus en plus d’observateurs à voir en Bitcoin une forme de « strong money », pour reprendre l’expression employée par le député lui-même. Un argent dur, limité en quantité, insensible aux décisions unilatérales d’une banque centrale.

Un plafond à 10 % : prudence ou porte ouverte ?

Le projet de loi fixe un plafond clair : maximum 10 % des fonds gérés par le State Investment Council pourraient être investis en Bitcoin. Sachant que le portefeuille global de l’État oscille entre 16 et 17 milliards de dollars selon les estimations récentes, on parle potentiellement d’une exposition comprise entre 1,6 et 1,7 milliard de dollars si le maximum était atteint.

Ce seuil de 10 % n’est pas anodin. Il s’inspire des limites déjà appliquées à d’autres classes d’actifs alternatifs (immobilier, private equity, hedge funds). Les partisans estiment que ce ratio reste suffisamment modeste pour limiter les risques tout en permettant de capter une partie de la performance historique de Bitcoin.

« Bitcoin n’est pas une mode passagère, c’est une réponse structurelle à l’érosion monétaire. Un État fort doit pouvoir se protéger avec de l’argent fort. »

Extrait des arguments avancés par le représentant Logan Manhart

Les opposants rétorquent que la volatilité reste extrême : même avec un plafond à 10 %, une chute de 50 % du cours – ce qui est déjà arrivé plusieurs fois en quelques mois – ferait perdre plusieurs centaines de millions aux contribuables sud-dakotais.

Deux voies d’exposition : directe ou via produits régulés

Le texte prévoit explicitement deux méthodes pour accéder à Bitcoin :

  • Acquisition directe de BTC avec obligation d’utiliser des qualified custodians : banques ou sociétés de fiducie agréées au niveau fédéral ou étatique.
  • Investissement dans des produits cotés et régulés : ETF ou ETP approuvés par la SEC, la CFTC ou la Division of Banking du Dakota du Sud.

Cette double approche vise à rassurer les sceptiques. L’option ETF permettrait d’éviter la gestion directe des clés privées tout en profitant de la liquidité et de la surveillance réglementaire. L’option directe, plus audacieuse, répond aux puristes qui considèrent que seul le self-custody ou la détention via un dépositaire de confiance respecte vraiment l’esprit de Bitcoin.

Retour sur l’échec de 2025 : quelles leçons ?

L’an dernier, le même représentant avait déjà tenté l’aventure avec un projet similaire accompagné d’une résolution demandant une étude formelle de Bitcoin comme couverture contre l’inflation. Le texte n’avait jamais dépassé le stade du comité. Plusieurs freins avaient été identifiés :

  1. Volatilité jugée incompatible avec la mission de préservation du capital public
  2. Absence de méthode claire et consensuelle pour valoriser un actif aussi fluctuant
  3. Incertitudes réglementaires persistantes au niveau fédéral
  4. Réserve exprimée par le State Investment Officer de l’époque

Cette année, le projet tente de répondre point par point à ces objections : plafond strict, exigences de custody renforcées, acceptation des produits régulés. Reste à savoir si ces garde-fous suffiront à faire basculer les indécis.

Un mouvement plus large aux États-Unis

Le Dakota du Sud n’est pas un cas isolé. Plusieurs États américains observent avec attention l’évolution du statut de Bitcoin dans les portefeuilles institutionnels. Certains ont déjà franchi le pas, d’autres hésitent encore.

Parmi les initiatives notables de ces dernières années :

  • États qui ont autorisé les caisses de retraite à investir dans des ETF Bitcoin
  • Propositions de créer des « Bitcoin reserves » au niveau étatique
  • Débats sur l’utilisation de Bitcoin pour les fonds de stabilisation budgétaire

Ce qui était considéré comme une lubie libertarienne en 2021-2022 est progressivement perçu comme une option stratégique parmi d’autres dans un environnement de rendements obligataires faibles et d’incertitude géopolitique.

Bitcoin comme couverture inflationniste : mythe ou réalité ?

Les défenseurs du projet insistent sur le rôle de Bitcoin comme hedge contre l’inflation. Les données historiques semblent leur donner raison sur le long terme : depuis sa création, Bitcoin a affiché un rendement annualisé supérieur à 100 % sur certaines périodes, largement devant l’or, les actions ou l’immobilier.

Mais les critiques soulignent que la corrélation entre Bitcoin et les actifs risqués (actions technologiques notamment) a tendance à augmenter lors des crises de liquidité. En cas de récession brutale accompagnée d’un resserrement monétaire, Bitcoin pourrait chuter en même temps que les marchés traditionnels, annihilant son rôle supposé de valeur refuge.

La réponse des partisans ? Diversification. Même une petite allocation (5 à 10 %) peut améliorer le ratio rendement/risque d’un portefeuille global si l’actif présente une faible corrélation sur le très long terme.

Quels seraient les véritables impacts pour les contribuables ?

Si le texte était adopté et que le State Investment Council décidait d’utiliser pleinement les 10 % autorisés, voici quelques scénarios chiffrés (basés sur un fonds de 16,5 milliards) :

AllocationMontant investiVariation Bitcoin +50 %Variation Bitcoin -50 %
5 %825 M$+412,5 M$-412,5 M$
10 %1 650 M$+825 M$-825 M$

Dans le scénario haussier, l’État pourrait dégager des gains substantiels, réduisant potentiellement la pression fiscale ou augmentant les budgets d’infrastructures et d’éducation. Dans le scénario baissier, la perte serait certes significative, mais resterait contenue à environ 5 % du fonds total en cas d’allocation maximale.

Les prochains obstacles législatifs

Le chemin reste long. Le projet doit d’abord passer par le comité compétent, puis obtenir une majorité à la Chambre des représentants, au Sénat, et enfin être signé par le gouverneur. À chaque étape, les arguments techniques, économiques et idéologiques vont s’affronter.

Parmi les points qui risquent de cristalliser les oppositions :

  • La question de la responsabilité politique en cas de forte baisse
  • Le coût opérationnel lié à la sécurisation et à l’audit des avoirs
  • La perception publique : est-il acceptable qu’un État « joue » avec l’argent des contribuables sur un actif aussi spéculatif ?

Et après ? Vers une course entre États ?

Si le Dakota du Sud parvenait à faire passer ce texte, il deviendrait un pionnier et pourrait déclencher un effet domino. D’autres États à la culture fiscale conservatrice (Wyoming, Texas, Florida…) pourraient accélérer leurs propres projets. À l’inverse, un nouvel échec renforcerait les thèses des opposants qui estiment que Bitcoin reste trop immature pour les finances publiques.

Dans tous les cas, le dépôt du House Bill 1155 marque une étape supplémentaire dans la normalisation progressive de Bitcoin au sein des institutions. Ce qui semblait utopique il y a cinq ans est désormais débattu dans les couloirs des parlements locaux. Et cela, en soi, constitue déjà un changement de paradigme majeur.

Le sort de cette proposition sera scruté bien au-delà des frontières du Dakota du Sud. Il pourrait bien préfigurer la manière dont les États-nations et leurs subdivisions géreront – ou refuseront de gérer – l’arrivée d’un nouvel actif monétaire au XXIe siècle.

À suivre, donc, avec la plus grande attention.


Le paysage financier mondial évolue rapidement. Les initiatives comme celle du Dakota du Sud, même si elles n’aboutissent pas immédiatement, contribuent à déplacer le curseur du possible. Dans quelques années, il est probable que la question ne sera plus de savoir si les États investiront dans Bitcoin, mais dans quelle proportion et avec quelles règles.

Et vous, pensez-vous qu’un État américain devrait placer une partie de ses réserves dans Bitcoin ? Les commentaires sont ouverts.

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