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Soudan : Massacres et Viols Génocidaires à El-Fasher

Au Soudan, des survivantes racontent des viols collectifs commis au milieu de cadavres, des enlèvements de fillettes et des déclarations explicites d’intention d’exterminer les Zaghawa et Fur. Que cache vraiment la prise d’El-Fasher par les FSR ?

Imaginez une ville assiégée pendant dix-huit longs mois, où la faim, la soif et la peur deviennent des armes aussi mortelles que les balles. Puis, soudain, la chute. Les cris percent la nuit d’octobre 2025 à El-Fasher, et ce qui suit n’est pas seulement une bataille perdue : c’est une orgie de violence ciblée, méthodique, où l’identité ethnique dicte qui vivra et qui mourra dans l’humiliation la plus extrême. Un rapport accablant de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits au Soudan met aujourd’hui des mots précis, presque insoutenables, sur ces horreurs.

Ce qui s’est déroulé dans cette ville du Nord-Darfour dépasse largement le cadre d’un simple affrontement armé. Les enquêteurs parlent d’une intention claire : détruire, en tout ou en partie, des groupes ethniques entiers. Les populations noires non-arabes, principalement Zaghawa et Fur, ont été visées avec une sauvagerie planifiée qui rappelle les heures les plus sombres de l’histoire contemporaine.

Une chute précédée d’un siège mortel

Avant même l’assaut final des 26 et 27 octobre 2025, El-Fasher vivait un calvaire quotidien. Dix-huit mois de blocus implacable ont transformé la cité en prison à ciel ouvert. Nourriture, médicaments, eau potable : tout était rationné, puis supprimé. Les habitants mouraient lentement, sous le regard indifférent ou complice de ceux qui contrôlaient les routes d’accès.

Ce siège n’avait rien d’accidentel. Il s’inscrivait dans une stratégie délibérée visant à briser physiquement et psychologiquement les communautés non-arabes. Les experts y voient déjà les prémices d’un projet plus vaste, bien plus sinistre, qui s’est pleinement révélé lors de la prise de la ville.

L’assaut final : quand la violence devient génocidaire

La chute d’El-Fasher n’a pas marqué la fin des souffrances ; elle en a constitué l’apogée macabre. En quelques heures, des centaines de civils ont été exécutés, souvent après avoir été identifiés comme appartenant aux groupes ethniques honnis. Les miliciens n’ont pas agi dans le chaos d’une bataille : ils ont procédé à un tri méthodique.

Les témoignages convergent tous vers le même constat : les victimes étaient choisies en fonction de leur apparence, de leur nom, de leur langue ou de leur accent. Ceux qui pouvaient prouver une ascendance arabe étaient parfois épargnés. Les autres, non.

« Nous sommes allergiques aux Zaghawa. »

Témoignage recueilli auprès d’une survivante

Cette phrase, prononcée par un combattant, résume à elle seule l’idéologie qui a guidé les massacres. Ce n’est plus seulement la guerre ; c’est l’expression d’une haine ethnique profonde, accompagnée d’un discours exterminateur répété à de multiples reprises.

Viols collectifs au milieu des cadavres

Parmi les scènes les plus insoutenables documentées figurent les viols perpétrés dans des lieux jonchés de corps sans vie. À l’hôpital El-Saudi, à l’université d’El-Fasher ou encore sur les hauteurs de Jabal Wana, des femmes ont été agressées sexuellement devant les cadavres de leurs proches, parfois sous les yeux d’enfants agonisants.

Les enquêteurs ont recueilli des récits concordants : au moins dix-neuf femmes ont subi des viols collectifs et publics dans des pièces remplies de morts. Les bourreaux utilisaient un terme insultant récurrent pour désigner leurs victimes : Falangiya. Ce mot, chargé de mépris, devenait le prétexte de leur humiliation.

Une survivante a décrit avoir vu une femme être violée devant le corps de son fils de deux ans, fraîchement tué. Ces actes ne relevaient pas d’une pulsion incontrôlée : ils étaient mis en scène, ritualisés, destinés à briser l’humanité même des survivants.

Esclavage sexuel et enlèvements systématiques

Les violences sexuelles ne se limitaient pas aux agressions immédiates. De nombreuses femmes et adolescentes ont été enlevées, transportées vers des lieux inconnus et soumises à une captivité prolongée. Une survivante zaghawa a raconté comment elle a été attachée à un arbre, dénudée, puis violée à plusieurs reprises pendant six jours consécutifs. Elle a fini par s’échapper, mais des centaines d’autres n’ont jamais reparu.

Ces enlèvements systématiques, surtout lorsqu’ils visent des mineures, font craindre un réseau d’exploitation sexuelle organisé. Les enquêteurs parlent même de possibles disparitions forcées à grande échelle. Les déclarations des agresseurs ne laissent aucun doute sur l’intention : faire naître des enfants de leurs victimes pour « remplacer » les populations ciblées.

« Vous devez donner naissance à nos enfants. »

Paroles rapportées par plusieurs survivantes

Cette phrase glaçante revient dans de nombreux témoignages. Elle transforme le viol en outil de modification démographique, une pratique tristement connue dans plusieurs conflits génocidaires du XXe siècle.

Un ciblage ethnique assumé et verbalisé

Les auteurs des violences ne se cachaient pas. Ils proclamaient ouvertement leur objectif : vider El-Fasher des « Falangiyat », exterminer les Zaghawa, détruire les Fur. Les insultes racistes fusaient pendant les agressions : « Ce sont des esclaves », « Tuez-les, détruisez-les, violez-les ».

Plusieurs femmes ont échappé au pire en se faisant passer pour arabes : elles parlaient le dialecte, avaient la peau plus claire ou connaissaient les codes culturels. Ces cas isolés montrent à quel point l’identité ethnique était le seul critère de vie ou de mort.

Un schéma qui s’étend bien au-delà d’El-Fasher

Si les atrocités commises à El-Fasher atteignent une ampleur inédite, elles ne surgissent pas de nulle part. Depuis le début du conflit actuel, les mêmes groupes armés ont multiplié les attaques similaires contre d’autres communautés non-arabes dans différentes régions du pays.

Le rapport souligne une escalade progressive : coordination accrue, ciblage ethnique de plus en plus marqué, discours déshumanisant de plus en plus virulent. El-Fasher n’est pas une aberration ; c’est l’aboutissement logique d’une politique menée depuis des mois, voire des années.

Les conséquences humanitaires et juridiques

Outre les morts immédiates, les survivants portent des séquelles physiques et psychologiques profondes. Malnutrition extrême, maladies non soignées, traumatismes sexuels massifs : la ville est aujourd’hui un champ de ruines humaines autant que matérielles.

Sur le plan juridique, les enquêteurs estiment que plusieurs actes documentés relèvent du génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. La répétition, la coordination et l’intention clairement exprimée remplissent les critères juridiques les plus stricts.

Malheureusement, l’impunité reste la règle. Les responsables directs continuent d’opérer en toute liberté, tandis que la communauté internationale tarde à réagir avec la fermeté nécessaire.

Que faire face à une telle horreur ?

Face à des faits aussi graves, le silence équivaut à une forme de complicité. Les organisations humanitaires appellent à une enquête indépendante approfondie, à des sanctions ciblées contre les responsables identifiés et à une protection réelle des populations restantes.

Mais au-delà des déclarations officielles, ce sont les voix des survivants qui doivent être entendues. Chaque témoignage est une pierre supplémentaire dans l’édifice de la vérité. Chaque silence, une victoire pour les bourreaux.

Le Soudan n’est pas seulement le théâtre d’une guerre civile. C’est le lieu où se joue, sous nos yeux, l’une des tragédies les plus sombres de notre époque. Ignorer les cris qui montent d’El-Fasher, c’est accepter qu’ils se répètent ailleurs, demain.

Et pourtant, malgré tout, des femmes ont survécu. Elles ont parlé. Elles ont fui. Leur courage est la première lueur dans cette nuit sans fin. À nous maintenant d’en faire un flambeau qui ne s’éteindra pas.

Quelques chiffres clefs issus du rapport :

  • 18 mois de siège préalable
  • Des centaines de civils exécutés en 48 heures
  • Au moins 19 viols collectifs documentés dans des lieux macabres
  • Enlèvements systématiques de femmes et mineures
  • Déclarations explicites d’intention génocidaire

Le chemin vers la justice sera long. Mais il commence par la reconnaissance de la vérité, aussi insupportable soit-elle.

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