Imaginez une ville où le bruit des obus remplace celui des conversations, où la faim force les habitants à manger de la nourriture destinée au bétail, et où l’espoir semble s’évanouir sous un ciel de cendres. C’est la réalité d’El-Facher, une ville du Darfour, dans l’ouest du Soudan, où une guerre brutale fait rage. Depuis mai 2024, cette capitale régionale est assiégée, prise en étau par des forces paramilitaires qui intensifient leurs attaques, plongeant la population dans une crise humanitaire sans précédent.
El-Facher : Une Ville au Cœur de la Tourmente
El-Facher, capitale de l’État du Darfour-Nord, est devenue un symbole tragique du conflit qui déchire le Soudan. Avec environ 300 000 habitants, elle est la dernière grande ville de la région encore sous contrôle de l’armée soudanaise. Mais cet équilibre précaire vacille. Les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire en guerre contre l’armée depuis avril 2023, mènent un siège implacable. Les bombardements récents, comme ceux survenus samedi soir, ont fait au moins sept morts et 71 blessés, selon une source médicale locale.
Ces chiffres, déjà alarmants, pourraient s’alourdir. Seuls les blessés admis à l’hôpital principal de la ville sont comptabilisés, mais beaucoup d’autres pourraient ne pas avoir accès aux soins. Parmi les victimes, 22 personnes sont dans un état critique, touchées principalement par des éclats d’obus. Les quartiers densément peuplés près de l’aéroport, que les FSR cherchent à conquérir, ont été particulièrement visés.
Une Population Prise au Piège
El-Facher est aujourd’hui une ville fantôme, coupée du monde. Les télécommunications sont interrompues, obligeant les rares informations à transiter par Internet par satellite. L’aide humanitaire, déjà rare, ne parvient plus aux habitants. Selon Nathaniel A. Raymond, directeur du Humanitarian Research Lab de l’université de Yale, aucune livraison de l’ONU n’a atteint la ville depuis des mois. La population, désespérée, en est réduite à consommer des aliments pour bétail, dont les stocks s’épuisent rapidement.
« Ils mangent de la nourriture pour bétail qui est en train de s’épuiser. »
Nathaniel A. Raymond, Humanitarian Research Lab
Les témoignages de bénévoles et de travailleurs humanitaires convergent : les attaques se sont intensifiées. Les bombardements incessants, les pillages et l’insécurité croissante rendent la vie intenable. Hôpitaux et mosquées, lieux censés être des sanctuaires, sont également ciblés. Les habitants, pris au piège, creusent des tranchées pour se protéger des balles perdues et des obus. Certains tentent de fuir, mais où aller lorsque la guerre engloutit tout ?
Une Crise Humanitaire d’Une Ampleur Inouïe
Le conflit au Soudan, qui oppose le général Abdel Fattah al-Burhane, chef de l’armée, au général Mohamed Hamdane Daglo, leader des FSR, a transformé le pays en un champ de bataille. Depuis avril 2023, il a causé des dizaines de milliers de morts et déraciné des millions de personnes. L’ONU qualifie cette situation de pire crise humanitaire au monde. El-Facher, en particulier, est devenue un épicentre de souffrance, notamment pour les enfants, selon les Nations Unies.
La famine, déclarée dans le camp de déplacés d’Abou Chouk, près d’El-Facher, menace désormais toute la ville. Les images satellitaires révèlent l’ampleur du siège : les FSR ont construit plus de 31 kilomètres de remblais autour de la ville, coupant les voies d’accès. Vendredi, plus de 1 000 familles ont été forcées de fuir à l’intérieur même de la ville, cherchant un refuge illusoire face à l’insécurité grandissante.
Chiffres clés de la crise à El-Facher :
- 7 morts et 71 blessés dans les dernières frappes.
- 22 blessés dans un état critique.
- Plus de 1 000 familles déplacées en une seule journée.
- 31 km de remblais érigés par les FSR autour de la ville.
Les FSR et la Lutte pour le Contrôle du Darfour
Les Forces de soutien rapide, après avoir perdu la capitale régionale en mars, ont redoublé d’efforts pour s’emparer d’El-Facher. Mercredi, elles ont revendiqué la prise du quartier général de la police, situé au cœur de la ville. Si elles parvenaient à contrôler El-Facher, les FSR détiendraient les cinq capitales régionales du Darfour, renforçant leur emprise sur cette région stratégique et sur certaines zones du sud du pays.
Ce conflit n’est pas seulement une lutte pour le territoire, mais aussi une guerre de pouvoir aux conséquences dévastatrices. Les civils, pris entre deux feux, paient le prix le plus lourd. Les camps de déplacés, comme Abou Chouk, sont devenus des cibles, aggravant une situation déjà catastrophique. Les habitants d’El-Facher, encerclés, n’ont plus nulle part où aller.
Un Appel à l’Action Internationale
Face à cette tragédie, l’inaction internationale est criante. L’absence d’aide humanitaire, combinée à l’isolement de la ville, laisse les habitants d’El-Facher dans une situation désespérée. Les organisations internationales, comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), appellent à une mobilisation urgente pour venir en aide à la population. Mais les obstacles sont nombreux : routes bloquées, insécurité, et manque de financement pour les opérations humanitaires.
« El-Facher est devenue l’épicentre de la souffrance des enfants. »
ONU
Les habitants, eux, continuent de résister. Certains creusent des abris de fortune, d’autres organisent des réseaux de solidarité pour partager les maigres ressources disponibles. Mais combien de temps pourront-ils tenir ? La communauté internationale doit agir rapidement pour éviter que cette crise ne devienne une catastrophe encore plus grande.
Perspectives pour l’Avenir
Le sort d’El-Facher est incertain. Si la ville tombe aux mains des FSR, le Darfour risque de basculer entièrement sous leur contrôle, avec des conséquences imprévisibles pour la région et le pays tout entier. Mais au-delà des enjeux stratégiques, c’est la survie d’une population entière qui est en jeu. Les habitants d’El-Facher ne demandent qu’une chose : la paix, la sécurité et un avenir où ils n’auront plus à craindre les bombes ou la faim.
Le conflit au Soudan, et particulièrement à El-Facher, est un rappel brutal des conséquences des luttes de pouvoir sur les populations civiles. Alors que les projecteurs du monde semblent tournés ailleurs, cette ville assiégée continue de lutter pour sa survie. La question demeure : combien de temps encore avant que le monde n’entende son cri ?
Pour mieux comprendre la crise :
- Conflit armé : Une guerre de pouvoir entre l’armée et les FSR.
- Famine : Déclarée dans les camps de déplacés près d’El-Facher.
- Déplacements : Plus de 1 000 familles forcées de fuir en une journée.
- Siège : 31 km de remblais bloquent l’accès à la ville.
El-Facher, ville martyre du Darfour, incarne la tragédie d’un pays déchiré par la guerre. Ses habitants, livrés à eux-mêmes, continuent de se battre pour survivre. Mais sans une intervention internationale rapide, leur avenir reste sombre. Cette crise, bien plus qu’un simple conflit régional, est un appel à l’humanité tout entière.