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Soudan du Sud : 180 000 Déplacés Malgré le Déni de Guerre

Au Soudan du Sud, le gouvernement assure qu'il n'y a pas de guerre, pourtant plus de 180 000 personnes fuient les combats intenses à Jonglei. Bombardements, accusations graves et alerte ONU sur des violences massives imminentes... La situation va-t-elle dégénérer ?
Le gouvernement du Soudan du Sud continue d’affirmer que le pays n’est pas plongé dans une guerre ouverte, malgré l’intensification des violences qui secouent l’État de Jonglei depuis la fin décembre 2025. Plus de 180 000 personnes ont été forcées de quitter leurs foyes en quelques semaines seulement, fuyant des affrontements armés, des bombardements et une crise humanitaire qui s’aggrave jour après jour. Cette situation ravive les craintes d’une nouvelle spirale de violence dans le plus jeune pays du monde, déjà marqué par un passé traumatique.

Le Soudan du Sud au bord du gouffre : entre déni officiel et réalité sur le terrain

Imaginez un instant : des familles entières abandonnent leurs villages en pleine nuit, emportant le peu qu’elles possèdent, sous le bruit des explosions et des tirs. C’est la réalité que vivent des dizaines de milliers de Sud-Soudanais dans l’État de Jonglei en ce début d’année 2026. Le gouvernement, par la voix de son ministre de l’Information, maintient fermement que ces opérations ne constituent pas une guerre, mais une simple mesure de sécurité pour contrer des éléments rebelles et restaurer l’ordre.

Pourtant, les faits parlent d’eux-mêmes. Les combats ont débuté fin décembre 2025 et n’ont cessé de s’intensifier. L’armée gouvernementale, fidèle au président Salva Kiir, affronte des forces loyales à l’ancien vice-président Riek Machar. Ce dernier, arrêté fin mars 2025, fait face à des accusations graves de crimes contre l’humanité. Son exclusion du gouvernement de transition a manifestement exacerbé les tensions latentes.

Un historique de conflits qui resurgit

Le Soudan du Sud porte encore les cicatrices d’une guerre civile dévastatrice entre 2013 et 2018. Ce conflit, qui a causé environ 400 000 morts, opposait déjà les partisans de Salva Kiir, majoritairement issus de l’ethnie Dinka, à ceux de Riek Machar, principalement Nuer. L’accord de paix signé en 2018 avait permis une fragile stabilisation, mais il s’est progressivement érodé au fil des mois.

Aujourd’hui, les autorités insistent sur le fait que cet accord n’a pas totalement échoué. Elles présentent les opérations actuelles comme une réponse légitime à une avancée rebelle dans le nord de Jonglei. Le ministre de l’Information a répété que le pays n’est pas en guerre, mais qu’il s’agit simplement d’arrêter des forces d’opposition pour protéger les civils et rétablir la sécurité publique.

« L’opération de sécurité en cours dans le nord de l’État de Jonglei est une mesure légitime et nécessaire visant à stopper l’avancée des forces rebelles, à rétablir l’ordre public et à protéger les civils. »

Ministre de l’Information sud-soudanais

Cette position officielle contraste fortement avec les témoignages recueillis sur place. Des habitants rapportent des bombardements indiscriminés, y compris l’usage de barils explosifs largués sur des zones habitées. Ces méthodes, qualifiées d’aveugles par des observateurs, touchent directement les populations civiles.

Les conséquences humanitaires immédiates

Plus de 180 000 personnes ont été déplacées dans l’État de Jonglei, selon les estimations officielles relayées par les Nations unies. Ces chiffres, impressionnants, ne capturent pas toute la souffrance : familles séparées, enfants sans accès à l’école, malades privés de soins, et une insécurité alimentaire qui s’aggrave.

Les organisations humanitaires rencontrent d’énormes difficultés pour acheminer l’aide. Certaines équipes ont dû suspendre leurs activités face aux restrictions d’accès, aux menaces sécuritaires et aux pénuries de stocks. Des ONG ont signalé des situations catastrophiques, avec des médicaments et de la nourriture qui manquent cruellement dans les zones les plus touchées.

Le blocus des routes, des rivières et même des airs complique tout. Jonglei a été déclaré zone de non-vol pour certains, ce qui empêche les évacuations médicales urgentes et le ravitaillement en fournitures essentielles. Des milliers de personnes se retrouvent coincées dans des endroits reculés, sans abri ni protection.

  • Plus de 180 000 déplacés en quelques semaines
  • Accès humanitaire sévèrement entravé
  • Pénuries catastrophiques de nourriture et de médicaments
  • Risques accrus pour les femmes, enfants et personnes vulnérables

Ces éléments soulignent à quel point la crise dépasse le cadre militaire pour devenir une urgence humanitaire majeure. Les populations, déjà fragilisées par des années d’instabilité, subissent de plein fouet les conséquences de cette escalade.

Des discours qui inquiètent la communauté internationale

Les déclarations de certains responsables militaires sud-soudanais ont suscité une vive émotion. Le chef de l’armée a ordonné à ses troupes d’écraser la rébellion en sept jours. Un haut gradé a été filmé en train d’ordonner de n’épargner personne, y compris dans des contextes civils. Bien que minimisées par les autorités comme un possible lapsus, ces paroles alimentent les craintes.

Des experts indépendants mandatés par l’ONU ont publié un avertissement solennel dimanche dernier. Ils évoquent un risque de violences massives contre les civils et d’un conflit ethnique généralisé. La région de Jonglei, majoritairement peuplée de Nuers, voit de nombreux jeunes rejoindre les rangs opposés, percevant l’armée comme alignée sur un camp ethnique.

« Les propos incendiaires de certains responsables militaires et la forte mobilisation de troupes accentuent considérablement le risque de violences massives contre les civils et sapent davantage l’accord de paix. »

Experts indépendants de l’ONU

Ces alertes ne sont pas isolées. La mission de l’ONU sur place a dénoncé des rhétoriques inflammatoires appelant à la violence contre les plus vulnérables, qualifiant cela d’inacceptable. La communauté internationale suit de près, craignant un embrasement plus large.

Les défis d’un pays encore fragile

Le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, reste l’un des pays les plus vulnérables au monde. Infrastructures limitées, dépendance à l’aide internationale, divisions ethniques persistantes : tout concourt à rendre la stabilisation difficile. L’accord de paix de 2018 avait offert un espoir, mais les retards dans sa mise en œuvre, les accusations mutuelles et les rivalités pour le pouvoir ont miné la confiance.

Les élections prévues en 2026 apparaissent comme un horizon lointain et risqué. Au lieu d’un processus démocratique, certains observateurs voient dans les tensions actuelles un prélude à une instrumentalisation de la force pour consolider des positions. Le risque est grand que les frustrations accumulées débouchent sur un cycle de représailles ethniques.

Dans ce contexte, la protection des civils devient prioritaire. Pourtant, les appels à un cessez-le-feu immédiat et à un accès humanitaire sans entraves restent lettre morte pour l’instant. Les populations locales paient le prix fort, coincées entre des belligérants qui se disputent le contrôle territorial.

Vers une escalade ou une désescalade possible ?

La question que tout le monde se pose : le Soudan du Sud peut-il éviter une nouvelle guerre à grande échelle ? Les autorités maintiennent que les opérations visent uniquement à neutraliser une menace rebelle localisée. Mais les gains territoriaux rapportés par l’opposition, les appels à une marche sur la capitale et les évacuations ordonnées par l’armée laissent craindre une propagation.

Des comtés entiers sont touchés : Nyirol, Uror, Akobo, Duk. Les frappes aériennes et les combats au sol ont détruit des habitations, des marchés, des centres de santé. Les civils fuient vers des zones perçues comme plus sûres, mais même là, l’insécurité persiste. Certains ont traversé les frontières vers des pays voisins, augmentant la pression sur des camps déjà surchargés.

Les organisations humanitaires appellent à une protection immédiate des civils et à un accès sans entrave. Sans cela, la crise risque de s’aggraver exponentiellement, avec des conséquences durables sur la santé, l’éducation et la cohésion sociale.

Un appel à la retenue et à la raison

Face à cette situation explosive, la retenue s’impose. Les leaders doivent prioriser le dialogue plutôt que la confrontation armée. L’histoire récente du pays montre que la violence ne résout rien, elle ne fait qu’ajouter des souffrances. Les populations aspirent à la paix, à la sécurité et à un avenir meilleur pour leurs enfants.

Le déni officiel ne peut masquer la réalité : les combats actuels menacent la stabilité fragile du Soudan du Sud. Il est urgent de désamorcer les tensions, de garantir la protection des civils et de relancer un processus politique inclusif. Sinon, le pays risque de replonger dans un cycle destructeur dont il aura du mal à se relever.

En attendant, des centaines de milliers de personnes vivent dans l’angoisse, espérant que la raison l’emporte enfin sur la force brute. Le monde observe, inquiet, ce qui pourrait devenir une nouvelle tragédie humanitaire en Afrique de l’Est.

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