Une escalade militaire dans le cœur du Soudan
Le Soudan traverse l’une des crises les plus graves de son histoire récente. Depuis le début des hostilités en avril 2023, le pays est déchiré par un conflit opposant les Forces armées soudanaises (SAF) aux Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire autrefois allié de l’armée. Cette guerre a déjà causé des dizaines de milliers de morts et forcé environ 11 millions de personnes à fuir leurs foyers, créant la pire crise humanitaire mondiale selon les Nations Unies.
Aujourd’hui, l’attention se porte sur la vaste région du Kordofan, un territoire agro-pastoral riche en ressources pétrolières et aurifères. Cette zone fait office de pont stratégique entre les positions de l’armée au nord et à l’est, et celles dominées par les paramilitaires dans le Darfour à l’ouest. Toute évolution ici peut redessiner la carte du conflit.
L’attaque de drones sur El-Obeid
Vendredi matin, la ville d’El-Obeid a été secouée par une série de frappes de drones qui ont duré plus de deux heures. Des témoins oculaires rapportent que les engins ont visé des cibles précises : une base militaire, le siège de la police, le parlement régional, les installations de l’opérateur télécom Sudani, ainsi que les environs du stade municipal. Ces attaques interviennent alors que la ville reste sous contrôle de l’armée, mais subit une pression croissante des FSR qui l’encerclent depuis presque un an.
Une source militaire a indiqué que les défenses antiaériennes ont réussi à intercepter une vingtaine d’appareils, limitant ainsi les dégâts potentiels. Les FSR n’ont pas encore réagi officiellement à ces informations. El-Obeid occupe une position clé sur une route reliant le Darfour à Khartoum, et abrite un aéroport crucial pour la logistique militaire. Toute menace sur cette ville représente un enjeu majeur pour le maintien des lignes d’approvisionnement de l’armée.
Les frappes ont débuté au petit matin et ont visé des infrastructures essentielles, semant la peur parmi les habitants déjà affaiblis par le siège prolongé.
Cette opération semble être une réponse directe à des progrès récents de l’armée. En février 2025, les forces régulières avaient déjà réussi à desserrer l’étau autour d’El-Obeid. Pourtant, des images satellites récentes analysées par un laboratoire universitaire américain montrent l’apparition de nouveaux talus et murs de terre le long des axes principaux de sortie de la ville. Ces aménagements évoquent des préparatifs pour une guerre de siège prolongée, augmentant les craintes d’une intensification des combats.
La percée de l’armée à Dilling et ses conséquences
Lundi, l’armée a annoncé avoir brisé le siège de Dilling, une ville du Kordofan-Sud assiégée par les FSR depuis plus de 19 mois. Cette avancée représente un succès notable, car elle ouvre des routes stratégiques et soulage une population longtemps isolée. Fin décembre, des forces alliées à l’armée avaient également repris plusieurs localités au sud d’El-Obeid, renforçant leur présence dans la zone.
Ces gains territoriaux ont visiblement provoqué une réaction rapide des paramilitaires. L’attaque sur El-Obeid apparaît comme une contre-offensive visant à compenser ces revers et à maintenir la pression sur les positions de l’armée. Le Kordofan devient ainsi le nouveau théâtre principal des opérations, après la prise d’El-Facher fin octobre, dernier bastion militaire dans le Darfour voisin.
Depuis cet événement, les FSR concentrent leurs efforts offensifs dans cette région, exploitant sa richesse en ressources et sa position géographique pour affaiblir l’adversaire. Les civils paient le prix fort : escalade de la violence, déplacements massifs et effondrement quasi total des services essentiels.
La situation humanitaire catastrophique à Dilling
La prise de parole d’un porte-parole des Nations Unies vendredi a mis en lumière l’ampleur du drame humain. La situation sécuritaire à Dilling s’est fortement détériorée cette semaine, avec des dizaines de civils tués selon des sources locales. Les coupures de télécommunications compliquent toute vérification indépendante.
Environ 117 000 personnes, soit près de la moitié de la population de la ville, ont fui les combats. Beaucoup d’autres restent piégées sur place, sans accès à l’aide humanitaire. Cette vague de déplacements s’ajoute à des mois de souffrances sous le siège, où famine et maladies se propagent sans frein.
- 117 000 déplacés de Dilling en peu de temps
- Dizaines de civils tués dans les récents affrontements
- Accès humanitaire bloqué pour les populations restantes
- Services de base effondrés dans toute la région
Le porte-parole a insisté sur l’urgence de la situation, décrivant une escalade continue de la violence et des conditions de vie intenables pour les civils du Kordofan-Sud.
Kadugli, une autre ville sous menace persistante
Dans le même État du Kordofan-Sud, la capitale Kadugli reste assiégée par les FSR depuis plus d’un an et demi. Environ 500 000 habitants y font face à une famine déclarée, aggravée par l’isolement total et les combats environnants. Cette ville symbolise l’enlisement du conflit dans certaines zones, où les sièges prolongés deviennent des outils de guerre contre les populations civiles.
La reprise de Dilling pourrait ouvrir la voie à un soulagement pour Kadugli, mais les FSR maintiennent une pression intense, rendant tout progrès fragile. La région entière oscille entre avancées ponctuelles et risques d’embrasement généralisé.
Le contexte stratégique du Kordofan
Divisé administrativement en trois États (Nord, Sud et Ouest), le Kordofan relie les zones contrôlées par l’armée à celles dominées par les FSR. Sa possession est cruciale pour les deux camps : pour l’armée, il s’agit de sécuriser des corridors vers l’ouest ; pour les paramilitaires, de bloquer ces axes et d’isoler les forces adverses.
Après la reprise de Khartoum par l’armée au printemps 2025, suite à deux ans de combats acharnés, plus d’un million de personnes sont revenues dans la capitale dévastée. Le gouvernement allié à l’armée a même annoncé le retour de l’administration depuis Port-Soudan, à 700 km à l’est sur la mer Rouge. Ces signes de stabilisation à l’est contrastent avec l’intensification des combats au centre et à l’ouest du pays.
Le Kordofan représente désormais l’épicentre des opérations, où drones, fortifications et offensives terrestres redéfinissent les lignes de front. Chaque avancée ou contre-attaque influence directement le sort des millions de civils pris au piège.
Les impacts sur les civils et l’appel international
La guerre a transformé des régions entières en zones de non-droit. Déplacements forcés, destructions d’infrastructures, famine et absence de soins médicaux caractérisent le quotidien de nombreux Soudanais. Dans le Kordofan, l’escalade récente aggrave une situation déjà dramatique.
Les Nations Unies multiplient les alertes, soulignant que sans accès humanitaire immédiat, des catastrophes supplémentaires sont inévitables. Les civils, coincés entre deux feux, subissent les conséquences les plus lourdes de cette confrontation prolongée.
Les populations font face à une escalade de la violence, à des déplacements continus et à un effondrement quasi total des services de base.
Cette phrase résume tragiquement la réalité sur le terrain. Chaque jour passé sans solution politique durable prolonge les souffrances et risque d’entraîner de nouvelles tragédies.
Perspectives et incertitudes à venir
L’attaque sur El-Obeid et les combats autour de Dilling illustrent la fluidité du conflit. L’armée gagne du terrain par endroits, mais les FSR démontrent leur capacité à riposter rapidement avec des moyens modernes comme les drones. Cette dynamique pourrait mener à une prolongation indéfinie des hostilités ou, au contraire, à un point de bascule si l’un des camps parvient à imposer sa suprématie régionale.
Les observateurs s’accordent sur un point : le Kordofan est devenu le front décisif. Son issue influencera fortement l’évolution globale de la guerre. En attendant, les populations locales continuent de payer le prix le plus élevé, espérant un jour voir la paix revenir dans leurs terres ravagées.
Le conflit soudanais, loin d’être figé, continue d’évoluer avec une rapidité déstabilisante. Chaque nouvelle offensive rappelle que la stabilité du pays reste fragile, et que la priorité absolue doit être la protection des civils et la recherche d’une issue négociée. Mais pour l’instant, les armes parlent plus fort que les appels à la raison, et le Kordofan en est le théâtre le plus brûlant.









