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Somaliland Séduit les USA Avec Minerais et Bases Militaires

Après la reconnaissance historique par Israël, le Somaliland ouvre grand ses portes aux États-Unis : minerais stratégiques ultra-recherchés et bases militaires face au détroit de Bab-el-Mandeb. Une offre alléchante qui pourrait tout changer… mais à quel prix ?

Imaginez un territoire qui, depuis plus de trois décennies, fonctionne presque comme un pays à part entière, avec ses institutions, sa monnaie, ses élections, mais que presque personne ne reconnaît officiellement. Soudain, fin 2025, un État majeur brise le tabou et ouvre la voie. Depuis, les regards se tournent vers Washington. Le Somaliland joue-t-il sa carte la plus audacieuse ?

Le Somaliland accélère sa quête de légitimité internationale

Depuis sa déclaration unilatérale d’indépendance en 1991, le Somaliland vit une existence paradoxale : stable et relativement démocratique comparé à son voisin du sud, mais invisible sur la scène diplomatique mondiale. La récente reconnaissance par Israël a tout changé. Pour la première fois depuis 35 ans, un pays membre des Nations unies a osé qualifier ce territoire d’« État indépendant et souverain ».

Cette décision a provoqué une onde de choc à Mogadiscio, où le gouvernement fédéral somalien continue d’affirmer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. Mais à Hargeisa, la capitale, on savoure cette percée historique et on espère qu’elle servira de catalyseur auprès d’autres capitales, en particulier Washington.

Une offre stratégique alléchante pour les États-Unis

Le message envoyé outre-Atlantique est clair et direct. Le ministre de la Présidence, Khadar Hussein Abdi, l’a formulé sans détour : le Somaliland est prêt à accorder aux États-Unis des exclusivités minières ainsi que l’accès à des bases militaires. Deux atouts majeurs dans un contexte mondial où les ressources critiques et les positions géostratégiques sont plus disputées que jamais.

Les autorités somalilandaises mettent en avant la présence, dans leur sous-sol, de plusieurs minerais stratégiques essentiels à la transition énergétique et aux technologies de pointe : lithium, tantale, niobium, coltan. Si les études géologiques détaillées restent encore limitées, les premières prospections laissent entrevoir un potentiel significatif.

« Nous sommes prêts à accorder des exclusivités (minières) aux États-Unis. Nous sommes également ouverts à l’idée d’offrir des bases militaires aux États-Unis. »

Khadar Hussein Abdi, ministre de la Présidence du Somaliland

Cette proposition intervient dans un contexte où les États-Unis cherchent activement à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en matières premières critiques, loin des monopoles chinois. Le Somaliland pourrait devenir un partenaire alternatif intéressant sur le continent africain.

Position géographique : l’atout maître du Somaliland

Le territoire dispose d’un avantage que peu de pays peuvent égaler : sa façade littorale sur le golfe d’Aden, juste en face du Yémen, à l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb. Ce passage étroit relie la mer Rouge au golfe d’Aden et constitue l’une des artères commerciales les plus vitales de la planète. Chaque jour, des millions de barils de pétrole et des conteneurs transitent par cette route reliant l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient via le canal de Suez.

Contrôler ou influencer ce détroit représente un levier stratégique considérable, surtout depuis que les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, ont multiplié les attaques contre les navires commerciaux et militaires dans la zone, en réaction au conflit à Gaza. Une présence militaire américaine renforcée dans la région serait donc perçue comme un signal fort.

Les États-Unis disposent déjà d’une base importante à Djibouti, juste à côté. Ajouter une ou plusieurs installations au Somaliland permettrait de diversifier les options et de disposer d’une profondeur stratégique supplémentaire.

Un partenariat déjà avancé avec Israël

La reconnaissance israélienne n’est pas seulement symbolique. Elle s’accompagne de discussions concrètes sur un « partenariat stratégique » qui devrait être officialisé prochainement. Interrogé sur la possibilité d’accueillir une base militaire israélienne, le ministre somalilandais n’a rien exclu.

« Nous ne voulons rien exclure dans le cadre d’un partenariat stratégique entre les deux pays, qui sera bientôt signé en Israël. »

Khadar Hussein Abdi

Une telle installation aurait des implications sécuritaires majeures. Elle permettrait à Israël de surveiller directement les activités des Houthis de l’autre côté du détroit et d’assurer une présence plus affirmée dans une zone où ses intérêts commerciaux et stratégiques sont directement menacés.

Pour le Somaliland, ce rapprochement constitue aussi une forme d’assurance-vie face aux menaces croissantes. Après la reconnaissance israélienne, les Houthis et les shebabs somaliens (affiliés à Al-Qaïda) ont proféré des menaces contre Hargeisa. Une présence militaire occidentale ou israélienne pourrait paradoxalement renforcer la stabilité locale.

Washington sous l’ère Trump : pragmatisme avant tout

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la diplomatie américaine semble privilégier les approches transactionnelles. Les ressources minières et les positions militaires deviennent des monnaies d’échange directes.

On l’a vu récemment dans les négociations sur l’est de la RDC : Washington a obtenu un accord entre Kinshasa et Kigali intégrant explicitement des garanties d’approvisionnement en minerais stratégiques pour l’industrie américaine. Même si les combats persistent, le précédent est posé.

Plusieurs sénateurs républicains, dont Ted Cruz, plaident depuis longtemps pour une reconnaissance du Somaliland. Le président américain lui-même, interrogé peu après l’annonce israélienne, avait répondu de manière évasive : « Non… nous allons étudier ça », avant de plaisanter sur le fait que peu d’Américains savent où se trouve ce territoire.

Cette prudence publique n’empêche pas les tractations en coulisses. L’offre somalilandaise arrive à un moment où les États-Unis cherchent précisément à diversifier leurs sources d’approvisionnement et leurs points d’appui militaires.

Mogadiscio vs Hargeisa : deux réalités opposées

Face à ces ouvertures, le gouvernement fédéral somalien continue de dénoncer toute négociation directe avec Hargeisa. Pour Mogadiscio, le Somaliland reste une province rebelle. La communauté internationale, dans sa grande majorité, partage cette position et refuse de reconnaître une sécession.

Pourtant, le contraste entre les deux entités est frappant. Le Somaliland organise des élections régulières, dispose d’une administration relativement efficace, maintient une paix intérieure depuis des décennies et émet sa propre monnaie. La Somalie fédérale, elle, reste minée par les divisions claniques, l’insécurité et une dépendance forte à l’aide extérieure.

« La Turquie doit parler avec nous, pas avec Mogadiscio, qui n’est pas un État fonctionnel. Ce sont des factions fragmentées qui siègent là-bas. Elles ne sont d’accord sur rien : ni sur une voie électorale, ni sur une Constitution. »

Khadar Hussein Abdi

Cette rhétorique vise à convaincre les partenaires étrangers que soutenir Hargeisa n’est pas encourager la balkanisation, mais au contraire renforcer un acteur stable dans une région volatile.

Les minerais critiques : le nouvel or noir du XXIᵉ siècle

Le lithium alimente les batteries des véhicules électriques. Le coltan entre dans la fabrication des condensateurs des smartphones et des ordinateurs. Le tantale et le niobium servent aux superalliages utilisés dans l’aéronautique et les turbines. Ces minerais sont devenus stratégiques au même titre que le pétrole il y a un siècle.

La Chine domine actuellement une grande partie de la chaîne de valeur mondiale de ces matériaux. Les États-Unis, l’Union européenne et d’autres puissances cherchent désespérément des alternatives fiables. Le Somaliland, s’il parvient à prouver l’ampleur de ses réserves et à sécuriser les investissements, pourrait devenir un acteur inattendu sur ce marché.

Le président somalilandais, Abdirahman Mohamed Abdullahi, dit « Irro », avait déjà évoqué publiquement la possibilité d’offrir un accès privilégié à ces ressources à Israël. L’extension de cette logique aux États-Unis semble logique dans la stratégie de Hargeisa : lier reconnaissance diplomatique et avantages économiques concrets.

Risques et défis d’une telle ouverture

Accueillir des bases étrangères expose le Somaliland à de nouvelles menaces. Les shebabs, déjà actifs en Somalie, pourraient intensifier leurs attaques. Les Houthis ont déjà menacé de viser le territoire en représailles à la reconnaissance israélienne. La stabilité relative dont bénéficie le Somaliland depuis des années pourrait être mise à rude épreuve.

Sur le plan économique, l’exploitation minière à grande échelle nécessite des investissements colossaux, des infrastructures (routes, ports, électricité) et une expertise que le pays ne possède pas encore. Sans partenaires solides, le risque de prédation ou de corruption reste élevé.

Enfin, une reconnaissance par les États-Unis provoquerait une crise majeure avec l’Union africaine, la Ligue arabe et la majorité des pays musulmans, qui craignent un effet domino de sécessions sur le continent.

Vers une bascule géopolitique dans la Corne de l’Afrique ?

Le Somaliland mise sur une diplomatie du donnant-donnant : reconnaissance contre ressources et accès stratégique. Cette approche transactionnelle correspond parfaitement à l’époque actuelle, marquée par la rivalité sino-américaine, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la militarisation croissante des routes maritimes.

Si Washington accepte l’offre, cela pourrait ouvrir une brèche dans le consensus international sur l’intangibilité des frontières héritées de la décolonisation. D’autres territoires autoproclamés ou régions autonomes pourraient s’en inspirer.

Mais si les États-Unis hésitent ou refusent, le Somaliland aura au moins démontré sa capacité à exister sur la scène régionale et à attirer l’attention des grandes puissances. Dans les deux cas, le territoire change de dimension.

La balle est désormais dans le camp de Washington. Acceptera-t-il de jouer cette carte risquée mais potentiellement payante ? La réponse, dans les prochains mois, pourrait redessiner les équilibres dans l’une des zones les plus stratégiques du globe.

En attendant, Hargeisa continue de parier sur son atout maître : une stabilité relative, une position géographique exceptionnelle et des ressources que le monde entier convoite. Un pari audacieux dont l’issue reste incertaine, mais qui pourrait bien marquer un tournant historique pour ce territoire longtemps oublié.

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