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Somaliland : Israël, Espoir Contre la Crise de l’Eau

Dans les champs poussiéreux du Somaliland, un agriculteur désespéré place ses derniers espoirs en Israël pour sauver ses terres de la sécheresse. Après une reconnaissance historique, une coopération sur l'eau pourrait tout changer… mais arrivera-t-elle à temps ?

Imaginez un instant un agriculteur qui contemple ses champs autrefois verdoyants, aujourd’hui réduits à une étendue de poussière ocre où même les acacias peinent à survivre. Chaque matin, il scrute le ciel, priant pour que les nuages daignent enfin crever. Cette scène n’est pas tirée d’un film dystopique, mais bien du quotidien de milliers de familles au Somaliland, où la sécheresse s’installe depuis des années comme une invitée indésirable et tenace.

Dans ce territoire autoproclamé indépendant depuis 1991, l’eau est devenue plus précieuse que l’or. Les pluies, autrefois relativement régulières dans certaines zones, se font désormais attendre, parfois pendant des mois entiers. Les conséquences sont dramatiques : bétail affaibli, enfants déscolarisés, champs abandonnés. Pourtant, au milieu de ce tableau sombre, une lueur inattendue apparaît à l’horizon : Israël.

Un espoir venu du désert : la reconnaissance israélienne

Fin décembre dernier, le gouvernement israélien a franchi un pas historique en devenant le premier pays à reconnaître officiellement le Somaliland comme État souverain. Ce geste diplomatique a immédiatement suscité des réactions contrastées. D’un côté, Hargeisa célèbre une victoire symbolique majeure ; de l’autre, Mogadiscio dénonce une atteinte grave à sa souveraineté territoriale.

Mais au-delà des querelles géopolitiques, ce qui intéresse réellement les populations locales, ce sont les promesses concrètes qui accompagnent cette reconnaissance. Très rapidement, les autorités somalilandaises ont mis en avant la coopération à venir dans plusieurs domaines stratégiques, avec un accent particulier sur la gestion de l’eau, l’agriculture et la santé.

La soif du Somaliland en chiffres

Pour comprendre l’ampleur de la crise, quelques chiffres parlent d’eux-mêmes. Seulement 10 % des terres du Somaliland sont considérées comme arables, et à peine 3 % sont actuellement cultivées. La grande majorité des agriculteurs dépendent exclusivement des précipitations pour irriguer leurs parcelles, une pratique devenue extrêmement risquée avec les aléas climatiques.

Depuis cinq ans, les deux saisons des pluies annuelles arrivent systématiquement en retard et se montrent bien moins généreuses. Résultat : des sécheresses à répétition qui mettent en péril la sécurité alimentaire de toute une région. Selon les estimations des agences onusiennes, environ 4,4 millions de personnes dans l’ensemble du territoire somalien – incluant le Somaliland – font face à des niveaux graves d’insécurité alimentaire.

L’aide humanitaire internationale, déjà insuffisante, risque de s’effondrer complètement dans les prochaines semaines si de nouveaux financements ne sont pas débloqués. Dans ce contexte d’urgence absolue, l’arrivée d’un partenaire expérimenté comme Israël représente pour beaucoup un véritable motif d’espoir.

Israël, champion mondial de la gestion de l’eau

Comment un pays aussi aride qu’Israël peut-il se positionner comme sauveur potentiel pour le Somaliland ? La réponse réside dans des décennies d’innovations forcées par la nécessité. Confronté à un environnement désertique, l’État hébreu a développé des technologies et des pratiques qui font aujourd’hui référence dans le monde entier.

Près de 90 % des eaux usées israéliennes sont aujourd’hui recyclées et réutilisées, principalement pour l’irrigation agricole. Parallèlement, d’immenses usines de dessalement produisent plus de 80 % de l’eau potable consommée par la population. Ces performances impressionnantes reposent sur des investissements massifs en recherche et développement.

Mais Israël ne se contente pas de produire de l’eau : il excelle aussi dans son utilisation économe. L’irrigation au goutte-à-goutte, inventée dans les années 1950-1960 sur les kibboutzim, permet de délivrer l’eau directement aux racines des plantes, réduisant drastiquement les pertes par évaporation.

Des formations et des experts sur le terrain

Les premières concrétisations de cette coopération ne se sont pas fait attendre. Samedi dernier, vingt-cinq experts somalilandais spécialisés dans l’eau ont pris la direction d’Israël pour y suivre une formation intensive. Ce programme marque le lancement officiel d’un transfert de savoir-faire qui pourrait transformer durablement les pratiques locales.

Lors d’une visite officielle début janvier, le ministre israélien des Affaires étrangères avait également annoncé l’envoi prochain de spécialistes sur place pour accompagner la mise en œuvre de ces nouvelles compétences. L’objectif affiché est clair : aider le Somaliland à surmonter ses contraintes hydriques grâce à des solutions éprouvées.

« Tout ce que je fais est lié à l’eau. S’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de vie. »

Un agriculteur somalilandais

Cette phrase résume à elle seule l’état d’esprit qui prévaut aujourd’hui dans les campagnes du Somaliland. L’eau n’est plus seulement une ressource : elle est devenue une question de survie.

Entre tradition et modernité : portraits d’agriculteurs

À quelques dizaines de kilomètres de la capitale Hargeisa, Faysal Omar Salah contemple ses sillons désespérément vides. Âgé d’une trentaine d’années, cet agriculteur frêle élève seul ses deux enfants grâce au lait que fournit son maigre troupeau. Ses champs, ensemencés depuis des générations, n’ont rien donné cette année. La retenue d’eau voisine, qui porte pourtant le nom de Lallays, est complètement asséchée.

Comme des dizaines d’autres éleveurs, il laisse désormais ses chameaux brouter les rares plantes sauvages qui subsistent entre les acacias. Mais même ces végétaux résistants commencent à manquer. « Nous sommes désespérés », confie-t-il simplement. Si la situation perdure, il envisage de quitter ses terres ancestrales pour tenter sa chance en ville, une perspective qui lui déchire le cœur.

À quelques kilomètres de là, Muhumad Mohamad Ismail mène un combat différent. Âgé de 45 ans, ce cultivateur plus expérimenté parvient encore à maintenir quelques orangers et papayers en vie. Il a déjà perdu 150 arbres fruitiers à cause des sécheresses successives, mais refuse d’abandonner les 70 rescapés.

Sa technique est rudimentaire mais ingénieuse : autour de chaque tronc, il creuse une cuvette, verse l’eau avec précaution, puis recouvre immédiatement la terre pour limiter l’évaporation. À côté de sa maison, un imposant réservoir en béton trône comme un trésor. Construit pour 2 500 dollars – une somme colossale dans le contexte local –, il est rempli une dizaine de fois par an grâce à des camions-citernes. Quand quelques gouttes tombent enfin, il s’empresse de planter du sorgho pour nourrir ses animaux.

Les limites de l’agriculture pluviale traditionnelle

90 % des agriculteurs somalilandais pratiquent encore une agriculture entièrement dépendante des pluies. Sans système d’irrigation, sans réservoirs modernes, sans techniques d’économie d’eau, ils restent à la merci du climat. Quand les saisons des pluies se décalent ou s’affaiblissent, les récoltes s’effondrent et la malnutrition s’installe.

Les experts locaux constatent une dégradation nutritionnelle très préoccupante. Les repas, composés principalement de ce que les familles produisent elles-mêmes, deviennent de plus en plus insuffisants en quantité et en qualité. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont les premières victimes de cette insécurité alimentaire chronique.

Un tournant possible grâce à l’expertise étrangère

Face à cette situation critique, les responsables somalilandais affichent un optimisme prudent. Le directeur de la planification au ministère de l’Agriculture espère voir la surface cultivée bondir significativement grâce aux techniques israéliennes. « Inch’Allah, Israël va nous aider à changer nos pratiques agricoles », explique un cadre du ministère, convaincu que la connaissance est la clé du changement.

Parmi les solutions attendues avec impatience : l’extension de l’irrigation au goutte-à-goutte, la construction de réservoirs plus performants, le recyclage des eaux usées, et pourquoi pas, à terme, l’implantation de petites unités de dessalement adaptées aux zones côtières. Autant de technologies qui ont déjà fait leurs preuves dans des contextes similaires.

Géopolitique et coopération : un mélange complexe

Si la coopération civile est mise en avant, certains observateurs s’interrogent sur les dimensions stratégiques de ce rapprochement. Des rumeurs persistantes évoquent la possible installation d’une base militaire israélienne en échange de la reconnaissance diplomatique – hypothèse catégoriquement démentie par Hargeisa. Les autorités somalilandaises préfèrent insister sur les aspects purement civils et développementaux du partenariat.

Quoi qu’il en soit, dans les villages touchés par la sécheresse, les considérations géopolitiques passent au second plan. Ce qui compte, c’est la possibilité de voir revenir la verdure sur les parcelles, de remplir à nouveau les abreuvoirs, de nourrir correctement les familles. Pour des milliers de personnes, Israël représente aujourd’hui bien plus qu’un allié diplomatique : il incarne l’espoir d’un avenir moins aride.

La route sera longue et semée d’embûches. Transférer des technologies complexes dans un contexte de ressources limitées, former des milliers d’agriculteurs, financer les infrastructures nécessaires… autant de défis majeurs. Pourtant, l’enthousiasme est palpable. Pour la première fois depuis longtemps, une perspective concrète de sortie de crise semble se dessiner.

Dans les champs de Faysal Omar Salah, on prie toujours pour la pluie. Mais désormais, on attend aussi les experts israéliens. Deux espoirs qui, ensemble, pourraient peut-être redonner vie à cette terre assoiffée.

Le Somaliland se trouve à un tournant décisif. Entre résilience ancestrale et innovations importées, entre tradition et modernité, c’est toute une société qui cherche désespérément à s’adapter au changement climatique. L’aide israélienne, si elle se concrétise pleinement, pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour l’agriculture somalilandaise.

Reste à savoir si les promesses se transformeront rapidement en actes concrets. Les agriculteurs, eux, n’ont plus beaucoup de temps devant eux. Chaque jour sans pluie supplémentaire creuse un peu plus le sillon de la précarité. L’espoir est là, fragile mais tenace, comme une première goutte d’eau sur une terre craquelée.

À suivre de très près dans les prochains mois.

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