La Corne de l’Afrique est en train de devenir un théâtre géopolitique majeur où les influences extérieures se croisent et parfois s’affrontent. Ce lundi 9 février 2026, un événement important vient de marquer cette région : la Somalie et l’Arabie saoudite ont officialisé un accord de coopération militaire. Signé à Riyad, ce protocole d’entente ouvre la voie à un renforcement des liens en matière de défense entre les deux pays, dans un contexte régional particulièrement tendu.
Un rapprochement militaire au cœur d’une zone stratégique
La signature de cet accord intervient à un moment où la position géographique de la Somalie, face à la mer Rouge et proche du canal de Suez, attire l’attention des puissances régionales. Cette zone constitue l’une des artères commerciales les plus vitales au monde, reliant l’océan Indien à la Méditerranée. Les tensions qui agitent la Corne de l’Afrique ne sont plus uniquement internes : elles intègrent désormais des rivalités venues du Golfe.
Le ministre somalien de la Défense, Ahmed Moallim Fiqi, et son homologue saoudien, le prince Khalid bin Salman, ont paraphé ce document lors d’un salon militaire à Riyad. Selon les autorités somaliennes, cet accord vise à approfondir la collaboration en matière de défense et militaire, en couvrant plusieurs domaines d’intérêt commun. Il s’agit d’un pas concret vers une coopération plus étroite, qui pourrait inclure formation, équipements et échanges techniques.
Ce partenariat n’arrive pas par hasard. Il s’inscrit dans un climat de rivalités accrues entre les monarchies du Golfe, où les positions divergent de plus en plus sur plusieurs dossiers régionaux. La Somalie, en quête de soutiens pour stabiliser son territoire et renforcer ses forces armées, semble trouver en l’Arabie saoudite un allié de poids.
Le contexte régional : rivalités dans la Corne de l’Afrique
La Corne de l’Afrique n’est plus seulement le théâtre de conflits internes. Elle est devenue un espace où les pétromonarchies du Golfe projettent leurs ambitions et leurs désaccords. La mer Rouge, qui sépare l’Afrique de la péninsule arabique, est au centre de ces enjeux. Contrôler les accès maritimes, sécuriser les routes commerciales ou influencer les acteurs locaux : tout cela motive les interventions extérieures.
Les Émirats arabes unis ont développé une présence significative dans la région, notamment au Somaliland. Cette entité autoproclamée, séparée de la Somalie depuis 1991, a vu son statut évoluer récemment avec une reconnaissance par Israël. Beaucoup y voient l’influence des Émirats, proches de Tel-Aviv, dans une stratégie visant à affaiblir l’autorité centrale somalienne.
Du côté du Somaliland, des investissements massifs ont été réalisés, en particulier dans le port de Berbera. Ce site stratégique bénéficie d’infrastructures modernes, avec un contrôle étroit exercé sur les lieux. Ces développements sont perçus par Mogadiscio comme une menace directe à l’unité du pays.
La Somalie tourne le dos aux Émirats
En janvier 2026, le gouvernement somalien a pris une décision forte : annuler tous les accords existants avec les Émirats arabes unis. Ce revirement marque une rupture nette avec un partenaire qui avait jusqu’alors investi dans plusieurs secteurs. Cette rupture s’explique en partie par les divergences sur le Somaliland et par les soupçons d’ingérence dans les affaires internes somaliennes.
Le timing de l’accord avec l’Arabie saoudite n’est donc pas anodin. Il survient environ un mois et demi après la reconnaissance du Somaliland par Israël, un événement qui a suscité de vives réactions à Mogadiscio. Les autorités somaliennes y voient une tentative de fragilisation de l’État central, avec des acteurs extérieurs en arrière-plan.
Ce nouvel accord saoudien apparaît comme une réponse stratégique. Il permet à la Somalie de diversifier ses partenariats et de trouver un contrepoids à l’influence émiratie. Pour Riyad, il s’agit aussi d’affirmer sa présence dans une zone où son rival du Golfe a pris de l’avance.
Les implications pour la stabilité régionale
La signature de cet accord militaire pourrait modifier les équilibres dans la Corne de l’Afrique. En renforçant les capacités somaliennes, l’Arabie saoudite contribue à la professionnalisation des forces armées du pays. Cela inclut potentiellement des programmes de formation, du soutien logistique et un appui dans la lutte contre les menaces sécuritaires.
La région fait face à de multiples défis : insécurité persistante, groupes armés, instabilité politique. Un partenaire comme l’Arabie saoudite, doté d’une armée moderne et d’une expérience régionale, peut offrir des ressources précieuses. Cela pourrait aider la Somalie à mieux sécuriser ses frontières et ses eaux territoriales.
Sur le plan plus large, cet accord s’inscrit dans une dynamique de rivalité entre Riyad et Abou Dhabi. Les deux pays, autrefois alliés dans plusieurs conflits, ont vu leurs relations se dégrader. Les divergences portent notamment sur le Yémen et le Soudan, où les soutiens divergent. Au Yémen, les tensions ont atteint un point critique avec des incidents récents impliquant des cargaisons d’armes.
La mer Rouge au cœur des enjeux géostratégiques
La mer Rouge représente un enjeu majeur pour la sécurité mondiale. Elle est traversée par une grande partie du trafic pétrolier et commercial mondial. Toute perturbation dans cette zone peut avoir des répercussions économiques globales. Les pétromonarchies du Golfe, conscientes de cela, cherchent à sécuriser leurs intérêts en s’implantant dans les pays riverains.
La Somalie, avec sa longue côte sur le golfe d’Aden et l’océan Indien, occupe une position clé. Contrôler ou influencer ce territoire permet de surveiller les routes maritimes et de contrer d’éventuelles menaces. L’accord avec l’Arabie saoudite renforce cette dimension sécuritaire, en visant une meilleure coordination pour la stabilité de la zone.
Les observateurs notent que cette coopération pourrait s’étendre à d’autres domaines, comme la lutte contre le terrorisme ou la sécurisation maritime. Dans un contexte où les menaces hybrides se multiplient, un tel partenariat prend tout son sens.
Perspectives pour la Somalie : renforcement ou nouveaux défis ?
Pour la Somalie, cet accord représente une opportunité de consolider ses institutions de défense. Après des décennies de conflits, le pays a besoin de partenaires fiables pour reconstruire une armée capable de garantir la souveraineté nationale. L’appui saoudien pourrait accélérer ce processus, en apportant expertise et moyens.
Cependant, ce rapprochement n’est pas sans risques. S’aligner avec l’Arabie saoudite dans un contexte de rivalités régionales pourrait accentuer les tensions avec d’autres acteurs. La Somalie doit naviguer avec prudence pour ne pas devenir un pion dans des jeux plus larges.
Le gouvernement somalien insiste sur le fait que cet accord vise la stabilité et la coopération mutuelle. Il couvre divers domaines, sans entrer dans les détails opérationnels pour l’instant. Les prochains mois montreront comment ce partenariat se concrétisera sur le terrain.
Évolutions possibles et scénarios à venir
Plusieurs scénarios se dessinent. D’abord, un renforcement concret des capacités somaliennes, avec des formations et un meilleur équipement. Cela pourrait aider à stabiliser le pays et à mieux faire face aux défis internes.
Ensuite, une escalade des rivalités dans la région. Si les tensions entre Riyad et Abou Dhabi se prolongent, la Corne de l’Afrique pourrait devenir un terrain d’affrontement indirect. Les investissements et les alliances se multiplient déjà, et chaque camp cherche à consolider ses positions.
Enfin, un équilibre précaire où la Somalie parvient à tirer profit de plusieurs partenariats sans s’aliéner les uns ou les autres. Cela nécessitera une diplomatie habile, dans un environnement complexe.
Ce nouvel accord marque un tournant. Il illustre comment les dynamiques du Golfe se répercutent loin de leurs frontières, influençant des pays comme la Somalie. La suite dépendra des actions concrètes qui suivront cette signature, et de la capacité des acteurs à transformer cette coopération en réel facteur de stabilité.
La Corne de l’Afrique reste une région en mouvement, où chaque accord peut redessiner les lignes de force. Cet épisode avec l’Arabie saoudite en est la preuve vivante, soulignant l’importance stratégique de cette partie du continent.









