Un soutien inattendu depuis Israël aux manifestants iraniens
Holon, en périphérie de Tel-Aviv, abrite une communauté juive d’origine iranienne particulièrement importante. C’est là que des dizaines d’individus, souvent issus de familles ayant fui l’Iran après la révolution de 1979, ont décidé de se rassembler pour afficher leur appui aux protestataires iraniens. Les drapeaux israéliens flottaient aux côtés des anciens drapeaux iraniens, ceux ornés du lion et du soleil, symbole d’une ère pré-révolutionnaire. Ces étendards, interdits en Iran depuis des décennies, représentent pour beaucoup un retour à une période perçue comme plus prospère et ouverte.
Les pancartes brandies portaient des messages en hébreu, en persan et en anglais, tous convergeant vers un appel clair : la solidarité avec le peuple iranien. L’une d’elles clamait : « Soyez la voix du peuple iranien ». Ce cri du cœur résonne dans un contexte où les manifestations en Iran ont commencé par des plaintes économiques avant de se transformer en demandes radicales de changement de régime.
Témoignages poignants d’une immigrée iranienne en Israël
Parmi les participants, Shuli Israël, née en Iran et arrivée en Israël enfant il y a soixante ans, a partagé son émotion profonde. Son cœur bat au rythme des souffrances iraniennes actuelles. Elle confie ne pas pouvoir retenir ses larmes face à la douleur de ce peuple qu’elle porte en elle. Selon elle, l’Iran d’autrefois était un pays florissant, aujourd’hui plongé dans les abysses des difficultés quotidiennes. Sa voix tremble en évoquant ces souvenirs contrastés avec la réalité actuelle.
Ce témoignage personnel illustre le lien indéfectible que maintiennent de nombreux Juifs d’origine iranienne avec leur pays natal. Malgré les décennies d’exil et les tensions géopolitiques, l’empathie reste vive. Ils perçoivent les luttes actuelles comme un écho de leurs propres expériences passées.
Les slogans qui traversent les frontières
Durant le rassemblement, le chant « javid shah » – signifiant « vive le chah » – a retenti à plusieurs reprises. Ce slogan, scandé ces dernières semaines tant en Iran qu’à l’étranger, appelle au rétablissement de la monarchie. Il symbolise pour les manifestants un rejet total du système clérical en place depuis 1979. Des portraits de Reza Pahlavi, fils du dernier chah et exilé aux États-Unis, ont été brandis haut et fort. Il a publiquement appelé à renverser la République islamique, se positionnant comme une figure d’unité pour l’opposition.
Ces éléments montrent comment les protestations en Iran transcendent les frontières. Les exilés, où qu’ils soient, amplifient les voix intérieures et nourrissent un mouvement qui refuse de s’éteindre malgré la violence.
Le contexte explosif des manifestations en Iran
Les troubles ont éclaté le 28 décembre, initialement motivés par les difficultés économiques : inflation galopante, dévaluation massive de la monnaie, pénuries. Rapidement, les revendications ont évolué vers une contestation profonde du système clérical dominant depuis la révolution islamique. Ce qui a commencé comme des plaintes sur le coût de la vie s’est mué en exigence de changement radical, avec des appels à la fin du régime actuel.
La réponse des autorités a été d’une fermeté extrême. Selon des organisations de défense des droits humains basées à l’étranger, la répression a causé des milliers de morts et entraîné des milliers d’arrestations. Ces chiffres, bien que variables selon les sources, témoignent d’une violence sans précédent dans les récentes vagues de contestation. Internet a été coupé à l’échelle nationale pour entraver la coordination et limiter la diffusion des images.
La douleur du peuple iranien traverse les frontières et touche ceux qui ont connu l’exil et la perte.
Ce rassemblement à Holon n’est pas isolé. Des manifestations de soutien ont eu lieu dans de nombreuses villes du monde, de Paris à Londres, où des drapeaux au lion et soleil ont été agités en masse. Mais le fait qu’il se déroule en Israël, pays en conflit ouvert avec l’Iran, ajoute une dimension particulière.
Les tensions historiques entre Israël et l’Iran
Israël et l’Iran sont des ennemis déclarés depuis des décennies. En juin dernier, un conflit armé de douze jours a opposé les deux pays. Israël a lancé des frappes sur des installations nucléaires iraniennes et des zones résidentielles, visant à entraver les programmes atomique et balistique. L’Iran a riposté avec des drones et missiles. Les États-Unis se sont joints aux opérations contre des sites nucléaires iraniens avant un cessez-le-feu fragile.
Ce contexte belliqueux rend d’autant plus remarquable ce geste de solidarité. Des Israéliens, dont beaucoup issus de familles iraniennes, choisissent de soutenir les manifestants plutôt que de se réjouir des faiblesses du régime adverse. Cela souligne une distinction claire entre le gouvernement iranien et son peuple.
Les manifestations actuelles en Iran interrogent sur l’avenir de la région. Si la répression parvient à étouffer le mouvement, elle pourrait laisser des cicatrices durables. À l’inverse, une poursuite des contestations pourrait ouvrir une période d’instabilité majeure, avec des répercussions internationales.
Les racines profondes du mécontentement iranien
Pour comprendre l’ampleur des protestations, il faut remonter aux causes structurelles. L’économie iranienne souffre depuis des années de sanctions internationales, de mauvaise gestion et de priorités accordées aux dépenses militaires et aux alliés régionaux plutôt qu’au bien-être populaire. La dévaluation récente de la monnaie a aggravé une situation déjà précaire, touchant les classes moyennes et populaires.
Les jeunes, particulièrement touchés par le chômage et les restrictions sociales, forment le fer de lance du mouvement. Les femmes, depuis des années, défient les obligations vestimentaires et symbolisent une résistance quotidienne. Ces éléments se combinent pour créer un cocktail explosif où l’économique rejoint le politique et le sociétal.
- Difficultés économiques persistantes
- Répression des libertés individuelles
- Corruption perçue au sommet de l’État
- Impact des conflits régionaux sur le quotidien
- Aspiration à une gouvernance plus inclusive
Ces facteurs expliquent pourquoi les manifestations ont pu s’étendre à toutes les provinces, transcendant les clivages ethniques et sociaux.
La symbolique du drapeau au lion et soleil
Le retour massif du drapeau pré-révolutionnaire n’est pas anodin. Il incarne pour beaucoup une nostalgie d’un Iran laïc, moderne et prospère. Le lion tenant un sabre sous un soleil rayonnant évoque une identité nationale antérieure à l’islamisme politique. En le brandissant, les manifestants rejettent symboliquement le régime actuel et revendiquent une continuité historique différente.
À Holon, ce symbole a pris une résonance particulière, partagé entre Israéliens d’origine iranienne et leurs compatriotes restés sur place. Il unit au-delà des frontières imposées par la géopolitique.
Perspectives et incertitudes pour l’avenir
Le rassemblement de Holon, bien que limité, rappelle que la solidarité peut naître dans les endroits les plus improbables. Il pose la question de l’impact possible de tels gestes sur le moral des manifestants en Iran. Dans un pays coupé du monde extérieur par les blackouts internet, ces signes d’appui international comptent double.
L’évolution des événements reste imprévisible. La répression pourrait s’intensifier, ou au contraire des fissures apparaître au sein du pouvoir. Les appels internationaux à la retenue se multiplient, mais les dynamiques internes priment. Ce qui est certain, c’est que le peuple iranien écrit une nouvelle page de son histoire, avec courage et détermination.
En attendant, des voix comme celle de Shuli Israël continuent de porter le message : la douleur d’un peuple est universelle, et la quête de liberté mérite d’être soutenue, même depuis l’autre côté d’une frontière hostile. Ce rassemblement modeste pourrait n’être que le début d’une vague plus large de prises de position inattendues.









