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Sexualité des Femmes Âgées : Un Tabou Qui Tombe

Et si le désir ne s’arrêtait jamais ? Marina Carrère d’Encausse donne la parole à des femmes et des hommes qui osent parler de leur sexualité après 60, 70, 80 ans. Les différences entre hommes et femmes sont saisissantes…

Imaginez une femme de 75 ans qui confie, face caméra, que le plaisir reste au cœur de sa vie malgré les rides, les douleurs et les années. Imaginez un homme de 68 ans réalisant, presque choqué, que sa compagne ne cherche pas forcément ce qu’il croyait indispensable. C’est exactement ce genre de vérités crues et libératrices que l’on découvre quand on ose parler de sexualité et vieillesse. Un sujet que la société range trop souvent dans la case « inconvenant » ou « inutile ».

Pourtant, des millions de personnes de plus de 60 ans continuent de vivre leur intimité, leurs désirs, leurs frustrations aussi. Et si on arrêtait de faire semblant que tout s’éteint avec la retraite ? Une récente émission diffusée sur le service public a décidé de briser ce mur du silence. Avec intelligence, pudeur et beaucoup de courage.

Quand le désir refuse de prendre sa retraite

Longtemps, la sexualité des seniors a été réduite à quelques blagues faciles ou à des images caricaturales. On imaginait soit des couples asexués tricotant devant la télévision, soit des cas exceptionnels présentés comme des ovnis. La réalité est bien plus nuancée, bien plus riche… et bien plus commune.

Le documentaire en question a choisi un titre qui ne laisse aucun doute : il s’agit de revendiquer le droit au plaisir sans entraves, même quand le corps change, même quand la société nous somme d’être discrets. Ce slogan fort résonne comme un cri de liberté pour toute une génération qu’on a trop souvent privée de parole sur ce sujet.

Des femmes qui parlent sans filtre

Ce qui frappe immédiatement quand on écoute ces femmes, c’est leur lucidité. Elles ne cherchent pas à embellir la réalité. Elles parlent des sécheresses vaginales, des douleurs articulaires qui compliquent certaines positions, de la ménopause qui a tout bouleversé… mais elles parlent aussi de caresses qui comptent plus que la pénétration, de regards qui rallument le feu, de tendresse qui devient érotique.

Une chose revient presque systématiquement dans leurs confidences : le toucher. La peau contre la peau, les mains qui parcourent le corps, les câlins prolongés. Pour beaucoup, le plaisir après 60 ou 70 ans se déplace. Il devient moins génital, plus global, plus sensoriel. Et elles le revendiquent.

« Ce n’est pas l’érection qui me manque. C’est le contact, la chaleur, quelqu’un qui me regarde vraiment. »

Cette phrase, prononcée par une femme de plus de 70 ans, résume à elle seule le décalage qui existe parfois entre ce que vivent les femmes et ce que croient encore beaucoup d’hommes.

Les hommes face à leurs propres croyances

De l’autre côté, certains hommes témoignent d’une forme de désarroi. Un retraité touché par un cancer de la prostate explique qu’il a cru, pendant longtemps, que sans érection, tout était fini. Il pensait que sa compagne ne pouvait plus le désirer. Il a fallu des discussions, des larmes aussi, pour comprendre que ce n’était pas du tout ce qu’elle attendait de lui.

Cette prise de conscience est douloureuse, mais elle est aussi libératrice. Elle oblige à repenser complètement la sexualité du couple âgé. À passer d’une vision phallocentrée à une vision beaucoup plus large de l’intimité.

  • Accepter que la pénétration ne soit plus systématique
  • Redécouvrir les préliminaires comme but en soi
  • Placer le plaisir partagé au centre plutôt que la performance
  • Parler sans tabou de ce qui fait du bien… et de ce qui ne va plus

Ces quatre points, simples en apparence, représentent pour beaucoup un véritable changement de paradigme.

Ménopause, prostate, corps qui change : les réalités physiologiques

On ne peut pas parler de sexualité après un certain âge sans aborder les transformations physiques. Chez les femmes, la baisse des œstrogènes entraîne souvent une atrophie vaginale, une perte d’élasticité, des rapports qui deviennent douloureux. Chez les hommes, les problèmes de prostate, les traitements contre le cancer, les troubles de l’érection sont fréquents.

Mais ces changements ne signent pas la fin de la vie sexuelle. Ils en modifient les contours. Des solutions existent : lubrifiants longue durée, traitements hormonaux locaux, rééducation pelvienne, sexothérapie… Encore faut-il oser en parler à son médecin, à son partenaire, à soi-même.

Le plus grand obstacle reste souvent la honte. La honte d’avoir encore des désirs, la honte de ne plus « fonctionner » comme avant, la honte de demander de l’aide. Briser cette honte est précisément l’objectif de ce type de documentaire.

Pourquoi ce sujet reste-t-il si tabou en 2026 ?

On pourrait croire que les choses ont beaucoup évolué depuis les années 70. La parole s’est libérée sur le consentement, sur les violences sexuelles, sur l’orientation sexuelle… Pourtant, dès qu’on parle de seniors, le silence retombe.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :

  1. La société associe encore vieillesse et asexuation
  2. Les enfants et petits-enfants préfèrent souvent ne pas imaginer leurs aînés dans une vie intime
  3. Les médias et la publicité montrent très peu de couples âgés épanouis sexuellement
  4. Les professionnels de santé sont parfois mal à l’aise avec la question

Ces quatre facteurs cumulés créent un cercle vicieux : moins on en parle, plus le sujet devient gênant, et moins on en parle.

Les bienfaits insoupçonnés d’une sexualité active

Continuer à faire l’amour – ou du moins à entretenir une intimité physique – après 60 ans n’est pas seulement une question de plaisir. C’est aussi une question de santé globale.

Les études sérieuses le montrent :

  • Libération d’ocytocine et d’endorphines → réduction du stress
  • Stimulation cardiovasculaire modérée → meilleur fonctionnement du cœur
  • Maintien de la souplesse articulaire et musculaire
  • Renforcement du lien affectif et diminution de la solitude
  • Meilleure estime de soi et image corporelle positive

Bref, une vie intime épanouie est l’un des meilleurs anti-âge naturels qui existent. À condition, bien sûr, qu’elle soit choisie et non subie.

Et après le documentaire ? Quelle suite concrète ?

Voir des personnes de 70 ou 80 ans parler aussi librement fait du bien. Mais cela ne suffit pas. Il faut maintenant que ces paroles trouvent un écho dans les cabinets médicaux, dans les couples, dans les familles.

Quelques pistes pour avancer :

  • Former davantage les médecins généralistes et gériatres à la santé sexuelle des seniors
  • Créer des espaces de parole dédiés (groupes de parole, ateliers en EHPAD…)
  • Encourager les couples à consulter ensemble un sexologue
  • Produire plus de contenus grand public sur le sujet (livres, podcasts, émissions)

Chaque pas compte. Chaque discussion honnête compte. Chaque « moi aussi » murmuré à une amie compte.

Un droit fondamental : vieillir en restant désirant

Au fond, ce que ce documentaire rappelle avec force, c’est que le désir ne prend pas sa retraite. Il se transforme, il s’adapte, il se réinvente. Et c’est beau.

Il est temps de cesser de regarder les seniors comme des êtres asexués. Ils sont vivants. Ils aiment, ils désirent, ils souffrent parfois, ils jubilent aussi. Leur parole mérite d’être entendue, respectée, valorisée.

Alors la prochaine fois que vous croiserez un couple de 75 ans main dans la main, ne souriez pas d’un air attendri en pensant « comme c’est mignon ». Demandez-vous plutôt : et s’ils rentraient chez eux pour se caresser, rire, se retrouver ?

Parce que oui, ça arrive. Beaucoup plus souvent qu’on ne le croit.

Et c’est une sacrée bonne nouvelle.

Petite réflexion finale : Et si la vraie révolution, aujourd’hui, n’était plus tant de revendiquer une sexualité libre à 20 ou 30 ans… mais de continuer à la revendiquer à 70, 80, 90 ans ?

Le combat pour une sexualité épanouie ne s’arrête jamais. Il change simplement de forme. Et c’est magnifique.

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