C’est une lueur d’espoir qui brille dans l’obscurité du couloir de la mort indonésien. Après 17 années passées sous la menace d’une exécution, le Français Serge Atlaoui pourrait bientôt retrouver sa patrie. Âgé aujourd’hui de 61 ans, dont plus d’un quart vécus derrière les barreaux, cet ancien artisan soudeur originaire de Metz n’a pourtant « jamais perdu l’espoir », selon ses proches.
Son crime ? Avoir été, en 2005, au mauvais endroit au mauvais moment. Débarqué en Indonésie pour installer des machines industrielles dans ce qu’il pensait être une usine d’acrylique, Serge Atlaoui s’était en réalité retrouvé sur le site d’un laboratoire d’ecstasy. Arrêté lors d’une opération de police le 11 novembre 2005, il a toujours clamé son innocence et nié toute implication dans un quelconque trafic de drogue.
De la perpétuité à la peine capitale
Condamné dans un premier temps à la prison à perpétuité, le Français voit sa peine aggravée en 2007 par la Cour suprême indonésienne. Avec huit autres membres du « réseau » de trafiquants présumés, il est alors condamné à la peine de mort. S’ensuivent de longues années d’incarcération dans la prison de haute sécurité de Nusakambangan, surnommée l' »Alcatraz indonésien ».
Mais Serge Atlaoui ne se laisse pas abattre. Décrit comme un « prisonnier modèle » par ceux qui le soutiennent, il met ses compétences au service de la prison, réparant la charpente et rétablissant le réseau d’eau. « L’espoir, c’est la différence entre la vie et la mort », soulignait-il en 2015 à l’AFP, faisant preuve d’une résilience qui force le respect selon son avocat français.
Le soutien sans faille de ses proches
Père de quatre enfants, marié à Sabine, Serge Atlaoui peut compter sur le soutien indéfectible de ses proches. Pour Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général de l’association Ensemble contre la peine de mort (ECPM) qui le soutient depuis 2007, « il n’a jamais perdu l’espoir, il a un moral à toute épreuve car il pense d’abord à sa famille et aux autres ».
L’espoir d’un rapatriement
Et cet espoir pourrait bien devenir réalité. Le 19 décembre dernier, la France a en effet transmis une demande officielle de transfèrement aux autorités indonésiennes, comme l’a indiqué le ministre en charge des Affaires juridiques et des Droits humains. Jakarta semble ouvert à de tels rapatriements, étant également en discussion avec les Philippines et l’Australie pour des cas similaires.
Les négociations ont d’ailleurs rapidement abouti pour la Philippine Mary Jane Veloso, elle aussi condamnée à mort et rapatriée le 18 décembre. Cinq jours plus tôt, ce sont les derniers membres australiens du « gang de Bali » qui retrouvaient leur pays après 19 ans de prison. Un destin croisé pour Mary Jane Veloso et Serge Atlaoui, tous deux dans le couloir de la mort et graciés in extremis en avril 2015.
Un sursis inespéré en 2015
Ce mois d’avril 2015 reste gravé dans les mémoires. Serge Atlaoui et Mary Jane Veloso font alors partie des 10 condamnés qui doivent être exécutés. Parmi eux, les deux « cerveaux » australiens du gang de Bali. Huit seront finalement passés par les armes. Mais à la dernière minute, les noms du Français et de la Philippine sont retirés de la liste.
Pour Serge Atlaoui, ce sursis inattendu fait suite à l’intensification de la pression diplomatique par Paris. Les autorités indonésiennes acceptent de laisser un appel en suspens suivre son cours. Mais ce répit serait également dû à une intervention politique en coulisses. Selon une source proche du dossier souhaitant rester anonyme et citée par l’AFP, l’ex-général Prabowo Subianto, alors dans l’opposition, aurait demandé au président de l’époque de surseoir aux exécutions d’étrangers, mettant dans la balance son soutien politique.
Ironie du sort, cet homme est depuis devenu ministre puis, en 2024, le successeur du président Joko Widodo. Une position qui pourrait peser dans la balance en faveur de Serge Atlaoui, même si pour l’heure, le porte-parole de la présidence indonésienne indique à l’AFP ne pas pouvoir « confirmer » cette information.
Après 17 années d’incertitude et d’espoir, Serge Atlaoui pourrait donc bientôt voir son horizon s’éclaircir. Un horizon qui a aujourd’hui les couleurs de la France, ce pays qu’il n’a jamais cessé d’aimer et de chérir, malgré les épreuves. Un pays qu’il espère de tout cœur pouvoir bientôt retrouver, pour enfin tourner la page de ce long et douloureux chapitre de sa vie.