Imaginez un pays européen où, du jour au lendemain, les stations-service risquent de devenir désespérément vides. Les files d’attente s’allongent, les prix flambent, et la population commence à s’inquiéter pour ses déplacements quotidiens. C’est exactement la situation que la Serbie a connue pendant presque deux mois. Tout cela à cause d’une seule installation industrielle : sa raffinerie de Pančevo.
Un redémarrage inespéré sous surveillance américaine
Dimanche matin, une annonce discrète mais capitale a été faite depuis Belgrade. La production de produits pétroliers a officiellement repris à la raffinerie de Pančevo. Ce retour à l’activité, après une longue période d’inactivité forcée, n’a été possible que grâce à une décision venue de l’autre côté de l’Atlantique.
La ministre serbe de l’Énergie a partagé cette nouvelle avec un mélange de soulagement et de prudence sur les réseaux sociaux. Après des semaines de fermeture complète, les installations tournent à nouveau. Pour les Serbes, c’est un véritable bol d’air. Pour le gouvernement, une bouffée d’oxygène politique.
80 % de l’approvisionnement national en jeu
Pourquoi un tel stress autour d’une seule raffinerie ? Parce qu’elle fournit environ quatre-vingts pour cent des besoins en carburants du pays. Essence, diesel, kérosène, fioul de chauffage : presque tout passe par cette usine stratégique située à une trentaine de kilomètres à l’est de la capitale.
Lorsque les installations se sont tues début décembre, l’onde de choc a été immédiate. Importations d’urgence, stocks qui fondaient comme neige au soleil, inquiétude palpable chez les automobilistes comme chez les transporteurs. La Serbie venait de découvrir à quel point sa dépendance envers cette unique infrastructure était critique.
Des sanctions qui frappent un allié traditionnel de Moscou
La cause de cette paralysie soudaine porte un nom : les sanctions américaines. Celles-ci visent spécifiquement la compagnie qui exploite la raffinerie. Cette dernière se retrouve dans le collimateur de Washington depuis l’offensive russe en Ukraine, en raison de ses liens capitalistiques très étroits avec le secteur énergétique russe.
La Serbie, pays candidat à l’adhésion européenne mais qui refuse toujours d’aligner sa politique étrangère sur celle de Bruxelles concernant Moscou, paie ici le prix de sa position particulière sur la scène internationale.
« Après presque deux mois de pause, la production de dérivés pétroliers à la raffinerie de Pančevo a repris aujourd’hui »
La ministre serbe de l’Énergie
Cette phrase, publiée dans un message officiel, résume à elle seule le soulagement national et l’extrême dépendance du pays vis-à-vis de cette licence exceptionnelle.
Une licence temporaire accordée par l’OFAC
Le 31 décembre, dans les tout derniers jours de l’année, le Bureau américain de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) a pris une décision qui a changé la donne. Une licence temporaire a été délivrée, autorisant la poursuite des opérations jusqu’au 23 janvier.
En parallèle, une autre autorisation a été accordée : celle de négocier activement la cession des participations détenues par des entités russes. Cette fenêtre de tir court jusqu’au 24 mars. Deux dates-clés qui rythment désormais le calendrier énergétique et diplomatique serbe.
Qui possède vraiment la compagnie NIS ?
Pour bien comprendre les enjeux, il faut plonger dans l’actionnariat de la société. Environ 56 % du capital est contrôlé par deux entités liées au géant russe Gazprom. Le gouvernement serbe, quant à lui, détient un peu moins de 30 % des actions. Le reste, environ 14 %, se trouve entre les mains d’investisseurs minoritaires divers.
Cette structure explique pourquoi les sanctions américaines ont un impact aussi direct. Toucher les participations majoritaires russes revient à mettre en danger l’ensemble du fonctionnement de la compagnie, et par extension, l’approvisionnement énergétique du pays tout entier.
Vers un changement d’actionnaire majeur ?
Les regards sont désormais tournés vers Budapest. Des négociations avancées sont en cours entre le géant russe et une grande compagnie pétrolière hongroise. Selon les déclarations récentes du chef de la diplomatie hongroise, un projet de contrat pourrait être finalisé très rapidement, peut-être en quelques jours seulement.
Si cette opération aboutit, elle pourrait permettre d’obtenir une nouvelle prolongation de la fameuse licence américaine. Un scénario qui, pour l’heure, reste l’option la plus probable et la plus attendue à Belgrade.
Un troisième acteur surprise dans la danse
Plus surprenant encore : une compagnie pétrolière nationale émiratie serait également impliquée dans les discussions. Abu Dhabi chercherait à rejoindre le projet et à prendre une part dans l’opération envisagée avec le groupe hongrois.
Ce triangle diplomatique et économique (Russie – Hongrie – Émirats) illustre parfaitement la complexité des équilibres énergétiques actuels en Europe du Sud-Est. La Serbie tente de naviguer entre ses alliances historiques, ses aspirations européennes et les réalités du marché mondial du pétrole.
Les implications pour l’approvisionnement quotidien
Revenons à l’essentiel : pour le citoyen serbe moyen, ce qui compte, c’est de pouvoir faire le plein sans craindre la rupture de stock. La reprise de la production est donc une excellente nouvelle à court terme.
Mais chacun a conscience que ce n’est qu’un répit. Si les négociations échouent ou si Washington durcit sa position, le spectre d’un nouvel arrêt plane toujours. Cette incertitude pèse sur les esprits et sur l’économie.
Un équilibre géopolitique sous tension permanente
La Serbie reste l’un des très rares pays européens à n’avoir jamais imposé de sanctions économiques à la Russie depuis le début du conflit ukrainien. Ce choix politique, assumé par les autorités, lui vaut à la fois des soutiens populaires internes et des pressions internationales croissantes.
La question de la raffinerie de Pančevo est devenue l’illustration la plus concrète de cette position inconfortable : garder des relations privilégiées avec Moscou tout en essayant de ne pas se couper totalement des circuits financiers et commerciaux occidentaux.
Quelles perspectives pour les prochains mois ?
Les semaines qui viennent seront décisives. Trois scénarios principaux se dessinent :
- Signature rapide d’un accord avec le groupe hongrois → prolongation probable de la licence
- Entrée en scène renforcée des Émirats arabes unis → diversification des actionnaires
- Échec des négociations → retour du risque d’arrêt complet de la raffinerie
Chacun de ces scénarios aura des conséquences importantes, non seulement sur le plan énergétique, mais également sur la crédibilité diplomatique du pays.
La dépendance énergétique : un révélateur des fragilités nationales
Cette crise rappelle une réalité que beaucoup de pays européens ont découverte depuis 2022 : la dépendance à un seul acteur ou à une seule infrastructure constitue une vulnérabilité majeure à l’heure des tensions géopolitiques mondiales.
Pour la Serbie, qui ne dispose pas de ressources pétrolières propres significatives, la question de la diversification des sources d’approvisionnement et des acteurs industriels devient urgente. La raffinerie de Pančevo est stratégique, mais elle est aussi devenue le symbole d’une dépendance qu’il faudra bien traiter un jour ou l’autre.
Un soulagement, mais pas une solution définitive
En attendant, les Serbes respirent à nouveau. Les camions-citernes reprennent la route, les stations-service se remplissent, et la vie quotidienne retrouve un semblant de normalité. Pourtant, chacun sait que ce redémarrage n’est qu’une parenthèse.
La balle est dans le camp des négociateurs à Budapest, à Abu Dhabi et à Moscou. Et c’est Washington qui, in fine, détient la clé du prochain chapitre de cette saga énergétique balkanique.
Dans un contexte international aussi instable, la Serbie vient de prouver une fois de plus qu’en matière d’énergie, la géopolitique n’est jamais très loin de la pompe à essence.
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