Imaginez un homme politique influent, autrefois au cœur du pouvoir, aujourd’hui enfermé depuis presque un an. Son nom fait encore trembler certains cercles au Sénégal. Et voilà que, alors qu’on croyait l’affaire déjà lourde, de nouvelles accusations viennent brutalement s’ajouter au dossier. Le climat politique s’alourdit un peu plus dans le pays de la Teranga.
Une détention qui n’en finit pas de faire parler
Depuis la fin février 2025, Mouhamadou Ngom, plus connu sous le surnom de Farba Ngom, vit derrière les barreaux. Député sous la bannière de la coalition de l’ancien président Macky Sall et maire d’une commune située dans le nord du pays, cet homme était considéré comme l’un des piliers du pouvoir sortant.
Son incarcération avait déjà suscité de nombreuses interrogations. Aujourd’hui, les autorités viennent de franchir une nouvelle étape en ouvrant des enquêtes supplémentaires contre lui. Le motif ? Des faits graves survenus dans l’enceinte même de la prison.
La découverte qui change tout
Le 28 décembre 2025, lors d’une fouille menée dans le pavillon spécial où il était placé pour raisons médicales, les agents pénitentiaires ont fait une découverte inattendue. Deux téléphones portables ont été retrouvés en possession du détenu. Des appareils qu’il n’était absolument pas autorisé à détenir.
Cette trouvaille n’est pas anodine. Dans le contexte carcéral, la détention illégale d’un moyen de communication est déjà une infraction sérieuse. Mais ici, les autorités vont beaucoup plus loin dans leurs accusations.
Un réseau de communications très international
Selon les déclarations officielles, ces téléphones ont servi à passer des appels et à échanger des messages vers plusieurs pays étrangers : le Maroc, le Mali, l’Autriche, le Bangladesh et les États-Unis. Une liste qui interpelle par sa diversité géographique.
Les enquêteurs affirment également que ces appareils ont été utilisés pour réaliser des opérations financières, tant au niveau national qu’international. Autant d’éléments qui laissent planer l’ombre d’un possible montage bien plus vaste que la simple détention illégale.
« Ces appareils ont été utilisés pour des communications structurées et transfrontalières »
Déclaration officielle des autorités
La ministre de la Justice n’a pas hésité à employer des termes très forts pour qualifier ces échanges.
Complot politique et risque de troubles à l’ordre public
L’accusation la plus lourde concerne la nature même des conversations. Les autorités parlent ouvertement de « manœuvres et complots à caractère politique » susceptibles de « troubler l’ordre public ».
Parmi les interlocuteurs figureraient des journalistes et des hommes politiques. Le contenu exact de ces échanges n’a pas été détaillé publiquement, mais l’utilisation de cette terminologie montre à quel point le pouvoir actuel prend cette affaire au sérieux.
Cette dimension politique rajoute une couche supplémentaire de tension dans un pays où la transition post-Macky Sall reste marquée par de nombreuses crispations.
Un état de santé contesté
Depuis plusieurs mois, l’état de santé de Mouhamadou Ngom fait l’objet d’une véritable bataille. Ses avocats, ses proches et plusieurs organisations de défense des droits humains n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme.
Des experts médicaux indépendants ont récemment rendu un avis très clair : selon eux, la poursuite de la détention en milieu carcéral est incompatible avec son état de santé actuel. Une contre-expertise demandée par les autorités judiciaires est allée dans le même sens.
Mais la ministre de la Justice a tenu à remettre en cause cette version des faits. Elle évoque des « éléments objectifs » démontrant une « activité soutenue et constante » de la part du détenu, ce qui, selon elle, contredit l’idée d’une santé gravement altérée.
Un bras de fer judiciaire sans fin
L’affaire connaît également des rebondissements au niveau strictement judiciaire. Le juge du Pool Judiciaire Financier avait accordé lundi la liberté provisoire à Mouhamadou Ngom, assortie d’un contrôle judiciaire.
Mais cette décision a été immédiatement contestée par le parquet, qui a fait appel dans la foulée. Résultat : le député-maire reste bel et bien incarcéré à ce jour.
Cette rapidité de réaction du parquet montre à quel point les autorités souhaitent conserver le contrôle total sur le dossier.
Rappel du contexte initial de la détention
Pour bien comprendre l’ampleur de l’affaire, il faut remonter aux premières accusations portées contre Mouhamadou Ngom. Celui-ci fait l’objet de deux procédures distinctes particulièrement lourdes.
Il est notamment poursuivi pour association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux et escroquerie portant sur des deniers publics. Les montants évoqués sont considérables : 31,8 milliards de francs CFA d’un côté, et 91,6 milliards de l’autre.
Montants mis en cause :
- 31,8 milliards FCFA ≈ 48,4 millions d’euros
- 91,6 milliards FCFA ≈ 139,6 millions d’euros
Ces chiffres parlent d’eux-mêmes et placent l’affaire parmi les dossiers de corruption les plus spectaculaires traités ces dernières années au Sénégal.
Une affaire qui dépasse le simple cadre judiciaire
Avec ces nouvelles accusations, on assiste à un glissement progressif : ce qui avait commencé comme une affaire financière et de corruption prend maintenant une tournure ouvertement politique.
La mention de complot, de communications internationales et de risque de troubles à l’ordre public fait entrer le dossier dans une autre dimension. Celle des luttes de pouvoir post-présidentielles.
Pour beaucoup d’observateurs, cette affaire illustre les difficultés de la nouvelle gouvernance à tourner définitivement la page de l’ère Macky Sall sans créer de nouvelles fractures.
Questions qui restent en suspens
Plusieurs interrogations majeures demeurent sans réponse claire à ce stade :
- Qui étaient exactement les interlocuteurs étrangers contactés depuis la prison ?
- Quelle était la nature précise des opérations financières mentionnées ?
- Les échanges avec journalistes et hommes politiques portaient-ils réellement sur un projet de déstabilisation ?
- Comment deux téléphones ont-ils pu être introduits et maintenus dans un pavillon spécial ?
- L’état de santé du détenu est-il réellement compatible avec un maintien en détention ?
Autant de zones d’ombre qui alimentent les débats et les spéculations dans l’opinion publique sénégalaise.
Vers une judiciarisation accrue de la vie politique ?
Cette affaire s’inscrit dans un mouvement plus large observé depuis plusieurs années au Sénégal : la multiplication des procédures judiciaires visant d’anciens responsables politiques de haut rang.
Si certains y voient le signe d’une réelle volonté de lutte contre l’impunité, d’autres parlent de « justice sélective » ou même de règlement de comptes politiques déguisé.
Quoi qu’il en soit, le maintien en détention prolongée d’une personnalité aussi importante que Mouhamadou Ngom ne laisse personne indifférent.
Conclusion : un dossier aux multiples ramifications
L’affaire Mouhamadou Ngom est devenue bien plus qu’un simple dossier judiciaire. Elle cristallise aujourd’hui de nombreuses tensions : lutte anticorruption, transition politique, respect des droits des détenus, indépendance de la justice…
Chaque nouvelle révélation semble ajouter une pièce supplémentaire à un puzzle particulièrement complexe. Et dans ce climat de défiance généralisée, la moindre information est immédiatement interprétée à travers le prisme politique.
Une chose est sûre : cette affaire est loin d’être terminée. Les semaines et les mois à venir nous diront si les nouvelles accusations se concrétisent en poursuites formelles ou si elles resteront au stade des soupçons lourds.
En attendant, Mouhamadou Ngom demeure en prison, et le Sénégal continue de scruter avec attention les développements de ce dossier hors normes.
Le pays retient son souffle, conscient que l’issue de cette affaire pourrait durablement marquer l’histoire politique récente du Sénégal.









