Imaginez un pays où le soleil brûle la terre sans relâche, où les rivières s’assèchent et où chaque goutte d’eau devient un trésor. Au Maroc, cette réalité n’est plus une fiction, mais un défi quotidien qui bouscule l’un des piliers de son économie : l’agriculture. Invité d’honneur au Salon de l’agriculture à Paris, le royaume chérifien dévoile ses forces et ses fragilités face à un climat capricieux.
Un Secteur Vital Sous Pression
L’agriculture, ce n’est pas qu’une activité parmi d’autres au Maroc. Elle pèse environ **12 % du PIB** et offre un emploi à près de **30 % de la population**. Mais depuis six ans, une sécheresse tenace met ce secteur à rude épreuve, transformant les champs verdoyants en étendues arides.
Les chiffres qui racontent la crise
En 2024, les exportations agricoles ont atteint 5,2 millions de tonnes pour une valeur de 42 milliards de dirhams, soit près de 4 milliards d’euros. Cela représente **19 % des exportations totales** du pays. L’Europe, et particulièrement la France, reste le principal client, absorbant des tomates juteuses, des agrumes gorgés de soleil et autres trésors maritimes. Mais derrière ces chiffres impressionnants, une ombre plane.
“Le déficit pluviométrique atteint 53 % par rapport à la moyenne des trente dernières années.”
– D’après une source officielle du ministère de l’Agriculture
Ce manque cruel de pluie a des conséquences directes : en 2024, environ **137 000 emplois ruraux** ont disparu, après une perte de 157 000 l’année précédente. Le chômage a grimpé à 13,3 %, un record depuis deux décennies. Et les prévisions ne rassurent pas : d’ici 2050, les précipitations pourraient chuter de 11 % tandis que les températures grimperaient de 1,3 degré.
Quand la sécheresse réécrit l’histoire
Ce cycle de sécheresse, le pire depuis les années 1980, n’est pas une simple anomalie. Il redessine le paysage agricole marocain. Les cultures pluviales, comme les céréales, ont vu leur production s’effondrer de **38 %** entre 2022 et 2024, tandis que leurs surfaces cultivées ont rétréci de **31 %**. Résultat ? Le pays a dû importer 9 millions de tonnes de céréales sur cette période, pour un coût annuel avoisinant les 3 milliards de dollars.
- Perte massive de terres cultivables.
- Dépendance croissante aux importations.
- Emplois ruraux en chute libre.
Des solutions pour défier le climat
Mais le Maroc ne baisse pas les bras. Depuis 2008, un plan ambitieux soutient l’agriculture avec des subventions et des innovations. Parmi les armes déployées : l’**irrigation goutte-à-goutte**, une technique qui économise l’eau tout en maximisant les rendements. Aujourd’hui, elle couvre **53 % des surfaces irriguées**, avec un objectif d’un million d’hectares d’ici 2030.
Autre atout dans cette bataille : le **dessalement de l’eau de mer**. Actuellement, 20 000 hectares profitent de cette ressource, et le pays vise une production de 1,7 milliard de mètres cubes par an d’ici 2030. Une partie de cette eau alimentera directement les champs, offrant une bouffée d’oxygène aux agriculteurs.
Un pari controversé
Pourtant, ce choix de l’irrigation intensive ne fait pas l’unanimité. Certains critiquent l’abandon progressif de l’agriculture pluviale, jugée plus naturelle. Les céréales, autrefois reines des plaines marocaines, souffrent de ce virage stratégique. Face à ce dilemme, une initiative d’**irrigation complémentaire** a vu le jour, visant à soutenir un million d’hectares de cultures céréalières d’ici 2030.
“Cette technique économise l’eau en ciblant les phases critiques de la croissance des graines.”
– Un chercheur spécialisé en irrigation
Des tests prouvent que même avec moins de pluie, la production peut rebondir. La science et l’accompagnement des agriculteurs deviennent des alliés précieux dans cette course contre la montre.
Une agriculture à la croisée des chemins
Quatrième secteur d’exportation derrière le phosphate, l’automobile et l’aéronautique, l’agriculture marocaine reste une force vive. Mais elle doit s’adapter à un climat qui ne pardonne plus. Entre tradition et modernité, le pays cherche un équilibre fragile, où chaque innovation compte.
Indicateur | Valeur | Impact |
Déficit pluviométrique | 53 % | Production en baisse |
Emplois perdus (2024) | 137 000 | Chômage record |
Objectif dessalement | 1,7 Md m³ | Soutien agricole |
Le Maroc nous montre qu’un combat contre la nature est possible, mais à quel prix ? Les années à venir diront si ces efforts porteront leurs fruits ou si le climat aura le dernier mot.
Un avenir incertain, mais une volonté de fer : l’agriculture marocaine ne rend pas les armes.