Le climat est tendu dans les couloirs de Sciences Po Paris. Ce mardi, l’Institut d’Études Politiques a pris une décision fracassante : interdire la conférence que devait donner vendredi prochain l’eurodéputée de La France Insoumise, Rima Hassan. Une annonce qui a fait l’effet d’une bombe et relancé le débat sur la liberté d’expression dans les universités.
Une décision « pour risque d’atteinte à l’ordre public »
Selon nos informations, c’est le directeur de Sciences Po lui-même, Luis Vassy, qui a tranché. Motif avancé : « risques de troubles à l’ordre public ». Une justification qui laisse sceptique l’élue insoumise :
La direction vient de censurer la conférence que je devais assurer vendredi. Ils invoquent des risques fantaisistes pour museler les voix qui dénoncent le génocide en cours à Gaza.
Rima Hassan, eurodéputée LFI
La parlementaire ne compte pas en rester là. Déterminée à faire entendre son point de vue, elle a annoncé son intention de saisir la justice en déposant un référé-liberté pour contester cette interdiction.
Une élue coutumière des polémiques
Il faut dire que Rima Hassan est loin d’être une inconnue dans le monde universitaire. La juriste franco-palestinienne de 32 ans, élue au Parlement européen en juin dernier, accumule les controverses depuis son entrée en politique :
- En avril, sa conférence avec Jean-Luc Mélenchon à l’université de Lille avait déjà été annulée
- Le mois suivant, rebelote à Paris-Dauphine, avant que la justice n’interdise cette annulation
- L’élue LFI est visée par une enquête pour « apologie du terrorisme » après des propos polémiques sur le Hamas
Autant d’épisodes qui ont fait de Rima Hassan une figure clivante, adulée par une partie de la gauche radicale mais honnie par de nombreux opposants qui l’accusent d’attiser les tensions.
Sciences Po, temple des controverses
Cette nouvelle polémique place une fois de plus Sciences Po sous les projecteurs. La prestigieuse école, historiquement classée à gauche, est régulièrement le théâtre de passes d’armes idéologiques :
- En 2019, l’invitation de plusieurs personnalités jugées d’extrême droite avait enflammé le campus
- L’année suivante, une conférence sur l’islamophobie avait dû être annulée sous la pression
- Plus récemment, des soupçons de « fichage politique » d’étudiants avaient semé le trouble
Des controverses à répétition qui interrogent sur le fonctionnement interne de l’établissement et sa capacité à garantir la pluralité des opinions. Sollicitée, la direction de Sciences Po n’a pas donné suite à nos demandes d’interviews.
Un débat qui dépasse le seul cas Hassan
Au-delà du seul cas de Rima Hassan, c’est toute la question des limites de la liberté d’expression dans le milieu universitaire qui est posée. Un sujet particulièrement sensible dans un contexte de crispation identitaire et de polarisation du débat.
Il est inquiétant de voir les directions d’universités s’ériger en censeurs au prétexte de maintenir l’ordre. Les étudiants sont des citoyens à part entière, ils ont le droit d’entendre tous les points de vue, même controversés.
Une source proche du dossier
Une chose est sûre : en interdisant la venue de Rima Hassan, Sciences Po a peut-être voulu éteindre une polémique. Mais c’est finalement l’effet inverse qui risque de se produire, avec une nouvelle confrontation en vue devant les tribunaux. L’affaire est loin d’être terminée.