InternationalSanté

Scandale Samsung Hongrie : Intoxications Cachées à Göd

En Hongrie, des centaines d'employés d'une usine Samsung de batteries ont été exposés à des produits chimiques extrêmement dangereux. Les intoxications étaient bien plus graves que déclaré, et les autorités ont préféré fermer les yeux pour ne pas effrayer les investisseurs. Mais que s'est-il réellement passé à Göd ?

Imaginez travailler chaque jour dans une usine ultramoderne, fierté d’un pays qui rêve de devenir le hub européen des véhicules électriques. Vous manipulez des composants high-tech, vous contribuez à la révolution verte… mais en réalité, votre santé se dégrade silencieusement à cause de substances chimiques invisibles et dangereuses. C’est l’histoire tragique qui se déroule depuis plusieurs années dans une petite ville hongroise située à seulement 25 kilomètres de Budapest.

Quand la course aux investissements tourne au drame sanitaire

Depuis 2017, la Hongrie a ouvert grand ses portes aux géants asiatiques de la technologie verte. Le pays a multiplié les incitations fiscales, les subventions massives et les promesses d’emplois stables pour attirer les usines de batteries destinées aux voitures électriques. Parmi les premiers à répondre à cet appel : un acteur majeur mondial de l’électronique et des accumulateurs.

Cette implantation devait symboliser la modernisation économique du pays. Pourtant, derrière les annonces triomphales et les coupures de ruban, une réalité bien plus sombre s’est progressivement installée. Des employés ont commencé à signaler des malaises inhabituels : vertiges, nausées persistantes, irritations cutanées, difficultés respiratoires… Des symptômes qui, au fil du temps, se sont aggravés pour certains d’entre eux.

Des niveaux d’exposition alarmants dissimulés aux autorités

Des mesures internes réalisées au sein même de l’usine montraient des concentrations de composés toxiques et cancérigènes largement supérieures aux seuils autorisés. Ces données, pourtant disponibles, n’ont pas été transmises correctement aux services chargés du contrôle de la santé et de la sécurité au travail. Au lieu de cela, des résultats édulcorés ont été communiqués, minimisant considérablement la gravité de la situation.

Les substances en question ne sont pas anodines. Il s’agit de produits chimiques utilisés dans la fabrication des cellules de batteries lithium-ion : solvants organiques volatils, composés fluorés, métaux lourds… Beaucoup d’entre eux sont classés comme toxiques pour la reproduction, irritants pour les voies respiratoires ou carrément cancérigènes probables.

L’entreprise n’a pratiquement rien fait pour mettre fin à ces intoxications et a délibérément tenté de les dissimuler.

Cette phrase choc résume l’attitude reprochée à la direction locale. Au lieu d’investir massivement dans des systèmes de ventilation plus performants, des équipements de protection individuelle réellement adaptés ou des procédures strictes de surveillance médicale, les réponses ont été partielles et tardives.

Un rapport confidentiel qui change la perspective

En 2023, un document interne rédigé par les services de renseignement hongrois a été remis aux plus hautes autorités de l’État. Ce rapport décrivait sans détour la situation explosive à l’intérieur de l’usine : exposition prolongée, dissimulation volontaire, absence de mesures correctives efficaces.

Les conclusions étaient sans appel. L’installation représentait un risque sanitaire majeur pour les salariés, mais aussi un risque politique pour le pays tout entier. Pourtant, au lieu d’ordonner la fermeture immédiate ou une mise à l’arrêt partielle, la décision prise a été étonnamment clémente : un simple délai supplémentaire a été accordé à l’industriel pour corriger les dysfonctionnements.

Pourquoi une telle indulgence ? La réponse semble se trouver dans une logique économique implacable. Fermer ou sanctionner lourdement une usine aussi stratégique risquait d’envoyer un signal catastrophique aux autres investisseurs étrangers que le gouvernement hongrois courtise activement depuis des années.

Le pari risqué de la Hongrie sur l’industrie des batteries

Depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel dirigeant nationaliste, le pays a fait le choix stratégique de devenir un acteur majeur de la chaîne de valeur des véhicules électriques. Des dizaines de milliards d’euros d’investissements ont été promis, des terrains gigantesques ont été réaménagés, des exonérations fiscales spectaculaires ont été accordées.

Ce pari s’est accompagné d’une communication très offensive : la Hongrie serait le futur cœur battant de la mobilité verte en Europe. Mais la réalité économique a été plus nuancée. La croissance mondiale des voitures électriques a ralenti plus fortement que prévu, les carnets de commandes se sont dégarnis, et plusieurs usines tournent aujourd’hui en sous-capacité.

  • Ralentissement inattendu du marché des VE
  • Surcapacité de production en Europe
  • Concurrence chinoise très agressive sur les prix
  • Coûts énergétiques élevés dans l’UE
  • Inflation et hausse des matières premières

Tous ces facteurs ont contribué à une forme de stagnation économique perceptible ces dernières années. Dans ce contexte tendu, fermer une usine emblématique ou la sanctionner publiquement aurait pu déclencher un effet domino désastreux.

Les habitants et les salariés face à un mur de silence

À Göd, la petite ville qui accueille le site, l’inquiétude monte. Les riverains s’interrogent sur les rejets atmosphériques, sur la qualité de l’eau, sur les odeurs persistantes qui flottent parfois au-dessus des quartiers résidentiels. Les syndicats, quand ils existent, peinent à obtenir des informations claires.

Les salariés, eux, sont partagés. D’un côté, un emploi stable et relativement bien rémunéré dans une région où les opportunités restent rares. De l’autre, la peur grandissante pour leur santé et celle de leur famille. Certains ont déjà quitté l’entreprise, d’autres hésitent encore, espérant que les améliorations promises arriveront enfin.

Quelles substances exactement posent problème ?

Bien que les détails précis n’aient pas tous été rendus publics, plusieurs familles de produits reviennent fréquemment dans les alertes sanitaires liées aux usines de batteries lithium-ion :

  1. Électrolytes organiques (carbonates, esters) → solvants très volatils
  2. Composés fluorés (LiPF6 et dérivés) → dégagement possible d’acide fluorhydrique
  3. Nickel, cobalt, manganèse → poussières métalliques toxiques
  4. NMP (N-méthyl-2-pyrrolidone) → reprotoxique avéré
  5. Divers additifs et liants chimiques

Ces substances, lorsqu’elles ne sont pas correctement confinées, peuvent provoquer des atteintes respiratoires chroniques, des troubles neurologiques, des irritations cutanées sévères, et à long terme, augmenter significativement le risque de cancers professionnels.

Le dilemme entre transition écologique et protection des travailleurs

Le cas hongrois pose une question fondamentale : peut-on accélérer la transition vers la mobilité électrique sans compromettre la santé des personnes qui fabriquent les composants essentiels ? La réponse, malheureusement, semble encore trop souvent négative dans certains pays très attractifs pour les investisseurs.

La course aux gigafactories a parfois donné lieu à une forme de dumping social et environnemental déguisé. Les pays d’Europe de l’Est, en particulier, ont été poussés à assouplir leurs exigences pour décrocher ces projets jugés stratégiques.

Le gouvernement a estimé que l’usine représentait un risque politique en matière de santé publique, mais a choisi de ne pas en demander la fermeture.

Cette citation résume parfaitement le calcul cynique effectué en haut lieu : préserver l’image attractive du pays primait sur la protection immédiate des salariés.

Quelles leçons pour l’avenir ?

Ce scandale pourrait marquer un tournant. Plusieurs voix s’élèvent désormais pour exiger :

  • Des contrôles indépendants beaucoup plus fréquents
  • La publication systématique des résultats de mesures internes
  • Des sanctions proportionnelles à la gravité des manquements
  • Une réelle implication des représentants du personnel
  • Des études épidémiologiques sur le long terme

Sans ces garde-fous, le risque est grand de voir se multiplier les situations similaires dans d’autres pays candidats à l’accueil de ces usines stratégiques.

Un révélateur des contradictions européennes

L’Europe veut devenir leader mondial de la batterie et réduire sa dépendance à l’Asie. Mais cette ambition se heurte à des réalités sociales et sanitaires parfois ignorées dans la course aux investissements. Le cas de cette usine hongroise illustre cruellement les tensions entre impératifs économiques de court terme et impératifs de santé publique de long terme.

Alors que la Commission européenne promeut des normes sociales et environnementales élevées, certains États membres semblent prêts à fermer les yeux sur des dérives graves pour ne pas perdre un projet industriel majeur. Cette schizophrénie européenne mérite un vrai débat public.

Et maintenant ?

Depuis la révélation de ces informations, le silence reste assourdissant du côté de l’entreprise concernée et des autorités hongroises. Aucune communication officielle n’a été publiée pour l’instant, aucun chiffre précis sur le nombre de salariés affectés n’a été communiqué.

Pourtant, la pression monte. Les associations de défense de l’environnement, les syndicats européens et plusieurs eurodéputés appellent à une enquête indépendante. La santé des travailleurs ne peut plus être sacrifiée sur l’autel de la compétitivité industrielle.

Ce dossier sensible continuera probablement de faire parler de lui dans les mois à venir. Il pose des questions essentielles sur notre manière collective de conduire la transition écologique : à quel prix ? Et surtout, au prix de quelle santé humaine ?

Une chose est sûre : l’histoire de cette usine située à Göd est loin d’être terminée. Elle pourrait même devenir un symbole, celui d’une transition verte qui a oublié, l’espace de quelques années, de protéger ceux qui la construisent au quotidien.

« Derrière chaque batterie que nous insérons dans nos véhicules électriques se cache le travail d’hommes et de femmes qui méritent bien plus que des promesses et des délais supplémentaires. Ils méritent une protection réelle et immédiate. »

À suivre de très près.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.