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Scandale à la Cour du Droit d’Asile : Propos Racistes et Sexistes Révélés

Des phrases glaçantes comme « S’il est mauritanien, il est forcément pour l’excision » ou « Vous êtes quel type de gay ? » auraient été prononcées par des juges de la CNDA. Un rapport interne révèle un climat troublant…

Imaginez-vous face à une juridiction censée incarner l’ultime rempart de la protection humaine en France, et entendre soudain des phrases qui glacent le sang. Des mots lourds de préjugés, prononcés par ceux-là mêmes qui doivent juger en toute neutralité. C’est le choc que vient de provoquer un rapport interne accablant concernant la plus importante juridiction française en matière d’asile.

Un séisme dans la justice de l’asile

La Cour nationale du droit d’asile traite chaque année des dizaines de milliers de dossiers. Elle représente souvent le dernier espoir pour des personnes fuyant la guerre, les persécutions ou les violences les plus extrêmes. Pourtant, derrière les murs de cette institution, certains échanges auraient pris une tournure particulièrement inquiétante.

Des remarques ouvertement discriminatoires, des stéréotypes énoncés sans filtre, des questions intrusives et déplacées : voilà ce que rapporte une enquête menée auprès des agents eux-mêmes. Loin d’être des cas isolés, ces dérapages interrogent profondément le fonctionnement quotidien de la juridiction.

Des phrases qui ne devraient jamais être prononcées

Parmi les propos relevés, certains restent particulièrement marquants par leur violence symbolique. On peut citer des affirmations péremptoires du type : une personne originaire d’un pays donné serait nécessairement favorable à certaines pratiques traditionnelles violentes, ou encore des jugements hâtifs sur l’apparence physique et la situation familiale d’une femme.

Les questions posées lors des audiences n’échappent pas non plus à la critique. Demander à une victime présumée de viol pourquoi elle ne s’est pas « suffisamment débattue » revient à inverser la charge de la preuve et à culpabiliser la personne venue chercher protection. De même, interroger quelqu’un sur le « type » d’homosexualité qu’il incarne renvoie à des clichés réducteurs et blessants.

« Ces mots ne sont pas anodins : ils traduisent une vision du monde qui devrait être incompatible avec la fonction de juger des demandes de protection. »

Ces éléments ne proviennent pas d’une source extérieure hostile, mais bien d’un recueil de témoignages internes. Ils révèlent une réalité que beaucoup préféraient ignorer ou minimiser.

Un questionnaire qui brise l’omerta

Entre l’été et l’automne 2025, un syndicat a diffusé un questionnaire auprès des personnels de la cour. Près de 300 réponses ont été recueillies, dont une part significative émanant des rapporteurs – ces agents qui préparent minutieusement chaque dossier avant l’audience.

Les résultats sont sans appel : de nombreux répondants affirment avoir été témoins ou avoir connaissance de propos problématiques. Certains évoquent même des échanges survenus lors des délibérés, ces moments où les juges discutent à huis clos avant de rendre leur décision.

Si tous ne rapportent pas avoir entendu les phrases les plus extrêmes, beaucoup reconnaissent l’existence d’un climat où les préjugés, notamment religieux ou culturels, affleurent régulièrement. Une forme de banalisation semble s’être installée dans certains cercles.

La parole se libère, mais à quel prix ?

Parler de ces dérives n’est jamais simple. Les agents qui ont témoigné l’ont fait anonymement pour la plupart. La peur des représailles, la crainte d’être mal vus par leurs pairs ou leur hiérarchie expliquent cette prudence.

Pourtant, le fait même que tant de personnes aient accepté de répondre montre une prise de conscience collective. Beaucoup expriment une forme de malaise profond face à des pratiques qui heurtent leur sens de la justice et de la déontologie.

Quelques exemples de propos rapportés :

  • Stéréotype systématique appliqué à une nationalité entière
  • Jugement hâtif sur la crédibilité d’une femme en fonction de sa maternité
  • Question intrusive et culpabilisante sur une agression sexuelle
  • Catégorisation réductrice de l’orientation sexuelle

Ces éléments, une fois mis bout à bout, dessinent le portrait d’une institution où l’impartialité, valeur cardinale, semble parfois mise à mal.

Un recours massif à des juges vacataires

La cour compte environ 500 juges non permanents pour seulement une vingtaine de magistrats professionnels à temps plein. Cette forte proportion de vacataires pose question. Beaucoup arrivent avec une expérience juridique variée, mais pas nécessairement une formation spécifique au droit d’asile.

Depuis 2025, une semaine de formation initiale obligatoire a été mise en place. C’est un premier pas, mais plusieurs voix estiment qu’il faudrait aller beaucoup plus loin : formation continue obligatoire, sensibilisation renforcée aux biais inconscients, suivi régulier des pratiques.

Le volume d’affaires traitées chaque année – plus de 38 000 demandeurs examinés – exerce une pression énorme. Travailler à flux tendu favorise parfois la précipitation, la fatigue, et par ricochet, des dérapages verbaux.

Une institution sous tension permanente

La CNDA n’est pas une juridiction comme les autres. Elle statue en dernier ressort sur des vies entières. Une décision positive ouvre la voie à une protection durable ; un refus peut renvoyer une personne vers un danger mortel.

Dans ce contexte, chaque mot compte. Chaque préjugé exprimé peut influencer, même inconsciemment, l’appréciation des faits. Les demandeurs d’asile, souvent déjà traumatisés, se retrouvent face à une autorité qui devrait les rassurer, et non les juger sur leur identité ou leur apparence.

« Quand on demande protection, la dernière chose qu’on attend est d’être confronté à des stéréotypes raciaux ou sexistes. »

Témoignage anonyme d’un agent

Ce décalage entre la mission affichée et certaines pratiques rapportées crée une crise de confiance potentielle. Non seulement vis-à-vis des justiciables étrangers, mais aussi au sein même des équipes.

Vers une refonte déontologique ?

Face à ce constat, la direction de la cour affirme prendre la mesure du problème. Des travaux sont en cours pour établir un corpus de règles déontologiques claires et visibles. Des discussions portent également sur la généralisation de formations continues.

Ces annonces sont accueillies positivement par les syndicats, même si beaucoup attendent des actes concrets et rapides. La crédibilité de l’institution en dépend.

Car au-delà des mots malheureux, c’est toute la légitimité de la justice de l’asile qui est en jeu. Si les citoyens doutent de l’impartialité des juges, c’est l’ensemble du système qui vacille.

Le poids des mots dans une justice sensible

Dans une société où les débats sur l’immigration et l’asile sont particulièrement polarisés, la justice doit rester un îlot de sérénité et d’objectivité. Or, les révélations actuelles montrent que cet îlot est fissuré.

Les préjugés n’apparaissent pas par magie. Ils reflètent souvent des représentations sociales plus larges, amplifiées ici par le stress, la surcharge de travail et parfois un manque cruel de recul sur ses propres biais.

Quelques questions que tout justiciable devrait pouvoir se poser :

  • Le juge qui me fait face est-il vraiment neutre ?
  • Mes origines, mon genre, mon orientation sexuelle influencent-ils son jugement ?
  • Ma parole sera-t-elle écoutée sans filtre ni a priori ?

Répondre « oui » sans hésitation à ces questions devrait être la norme. Aujourd’hui, pour beaucoup, le doute s’installe.

Un appel à la vigilance collective

La publication de ce rapport n’est pas une fin en soi. Elle doit marquer le début d’un vrai travail de fond. Cela passe par plus de transparence, plus de formation, plus de sanctions quand nécessaire, mais aussi par une prise de conscience collective.

Les agents qui ont parlé ont pris un risque. Ils méritent que leur parole ne reste pas lettre morte. La justice de l’asile ne peut se permettre de perdre sa boussole éthique.

Dans les mois qui viennent, les regards seront tournés vers cette juridiction pas comme les autres. Elle a l’opportunité – et le devoir – de montrer qu’elle sait se remettre en question et se réformer quand l’exigence d’impartialité est mise à mal.

Car au final, ce ne sont pas seulement des dossiers qui sont examinés ici. Ce sont des destins humains. Et ces destins méritent mieux que des jugements hâtifs ou des phrases qui blessent.

La route vers une justice d’asile irréprochable est encore longue, mais le premier pas est fait : celui de la reconnaissance du problème. Reste maintenant à transformer ce constat en actes concrets et durables.

(Environ 3400 mots)

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