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Sarkozy Libéré : Son Journal d’un Prisonnier Révèle l’Injustice

Nicolas Sarkozy sort de prison et publie son "Journal d'un prisonnier". Il raconte s’être agenouillé pour prier face à "l’injustice"... mais les familles des victimes du DC-10 s’indignent : il se pose en victime. Que cache vraiment ce livre ?

Imaginez un ancien président de la République française, habitué aux dorures de l’Élysée, se retrouver soudain derrière les barreaux d’une cellule de 9 m². Vingt jours et vingt nuits à tourner en rond, presque seul, avec pour seule compagnie le bruit des clés et ses propres pensées. C’est exactement ce qu’a vécu Nicolas Sarkozy à l’automne 2025.

Un livre qui fait déjà polémique avant même sa sortie

Ce mercredi, Nicolas Sarkozy présente officiellement son ouvrage intitulé Journal d’un prisonnier dans une grande librairie parisienne. L’ancien chef de l’État, condamné en septembre à cinq ans de prison dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007, y raconte ses trois semaines de détention à la prison de la Santé.

Libéré sous contrôle judiciaire le 10 novembre après vingt jours exactement, il n’a pas perdu de temps : à peine sorti, il annonçait sur son compte X être « si heureux de reprendre le chemin des routes de France » pour rencontrer ses lecteurs. Une joie communicative qui tranche avec la gravité du sujet.

21 octobre : premier jour derrière les barreaux

Le récit commence le jour de son incarcération. Nicolas Sarkozy décrit avec précision le moment où il s’agenouille dans sa cellule pour prier. « Je priais pour avoir la force de porter la croix de cette injustice », écrit-il. Des mots forts, presque christiques, qui posent d’emblée sa ligne de défense : il se présente comme un innocent condamné à tort.

Protégé en permanence par deux officiers de sécurité – privilège rarissime en prison –, il passe néanmoins 23 heures sur 24 enfermé. Les seules interruptions : les visites autorisées et les rares sorties pour prendre l’air. Un régime carcéral strict, même pour un détenu hors norme.

L’épisode qui met le feu aux poudres : les victimes du DC-10

L’un des passages les plus commentés concerne l’audition, lors du procès, des proches des victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA en 1989. 170 personnes avaient péri dans cet acte terroriste commandité par les services libyens. Ces familles étaient parties civiles dans le dossier du financement libyen.

Sarkozy qualifie ces auditions de « moments les plus émouvants » du procès, tout en avouant avoir été « affecté par la violence de certains propos » à son encontre. Une phrase qui a particulièrement choqué.

« Une fois encore, Nicolas Sarkozy inverse les rôles, faisant croire qu’il serait la véritable victime, celle de la douleur des familles du DC-10. C’est un choix assumé : déformer les faits et escamoter la vérité. »

Communiqué du collectif « Les Filles du DC-10 »

Le collectif, qui regroupe filles, mères et sœurs des victimes, s’est dit « affligé » par ce passage. Pour elles, l’ancien président utilise leur douleur pour se victimiser, alors que le lien entre l’attentat et les millions prétendument versés par Kadhafi reste au cœur de l’accusation.

Une détention historique

Jamais, dans l’histoire de la Ve République, un ancien président n’avait connu la prison. Jacques Chirac avait été condamné, mais avec sursis pour l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. François Fillon a été condamné, mais après avoir quitté l’Élysée depuis longtemps. Sarkozy franchit une frontière symbolique inédite.

Le tribunal correctionnel l’a reconnu coupable d’association de malfaiteurs pour avoir, selon les juges, sciemment laissé ses collaborateurs démarcher le régime de Mouammar Kadhafi afin d’obtenir un financement occulte pour sa campagne victorieuse de 2007.

Les conditions de sa libération

Le 10 novembre, la justice accepte de le remettre en liberté sous contrôle judiciaire. Mais les contraintes restent lourdes :

  • Interdiction de quitter le territoire français
  • Interdiction de contact avec les coprévenus
  • Interdiction de contact avec certaines personnalités, dont l’actuel ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui lui avait rendu visite en prison le 29 octobre

Cette visite de Darmanin avait d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre : geste d’amitié ou pression politique ? Le livre ne semble pas encore trancher.

Un retour médiatique calculé

À 70 ans, Nicolas Sarkozy reste un animal politique. La sortie de ce journal n’est pas anodine. Elle intervient alors que l’opinion publique reste très divisée sur son cas : pour les uns, il est la victime d’un acharnement judiciaire ; pour les autres, enfin rattrapé par ses méthodes.

En choisissant le format du « journal intime, il humanise son récit. Il montre un homme fragile, croyant, capable de s’agenouiller. Un contraste saisissant avec l’image du président hyperactif et parfois arrogant que beaucoup gardent en mémoire.

Le livre s’annonce donc comme un mélange de témoignage personnel, de plaidoyer pro domo et de règlement de comptes feutré. Une chose est sûre : il ne laissera personne indifférent.

Et maintenant ?

L’appel est en cours. La cour d’appel doit réexaminer le dossier. En attendant, Nicolas Sarkozy sillonne la France pour dédicacer son ouvrage. Chaque séance est un événement : files d’attente, supporters venus en nombre, mais aussi parfois des militants hostiles.

Ce Journal d’un prisonnier pourrait bien devenir l’un des livres politiques les plus vendus de l’année. Il pose aussi une question plus large : dans une démocratie, jusqu’où peut-on aller dans la sanction d’un ancien chef de l’État ?

Une chose est certaine : vingt jours de prison n’auront pas suffi à faire taire Nicolas Sarkozy. Bien au contraire.

« Je priais pour avoir la force de porter la croix de cette injustice »
– Nicolas Sarkozy, 21 octobre 2025, cellule 412, prison de la Santé

Le débat est lancé. Et il risque de durer longtemps.

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