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Sanctions US contre un Juge CPI : l’Europe Doit Se Réveiller

Un juge français de la CPI sanctionné par Washington perd soudain sa carte Visa et l’accès à de nombreux services américains. Il se rend à Bruxelles pour alerter sur cette dépendance mortelle et appelle l’Europe à agir vite. Mais l’UE bougera-t-elle enfin ?

Imaginez un instant : vous êtes un magistrat international respecté, travaillant au cœur de la justice mondiale, et du jour au lendemain, une simple décision prise à des milliers de kilomètres vous coupe de votre carte bancaire, de vos paiements en ligne, de vos réservations d’hôtels. C’est exactement ce qui arrive aujourd’hui à un juge français exerçant à la Cour pénale internationale. Cette histoire dépasse largement le cas individuel : elle révèle une vulnérabilité profonde de l’Europe face à la puissance extraterritoriale américaine.

Ce magistrat, breton de naissance et connu pour son tempérament tenace, a décidé de ne pas se taire. Mardi dernier, il s’est rendu à Bruxelles pour rencontrer des responsables de la Commission européenne. Son message est clair et urgent : l’Europe doit se réveiller et reprendre le contrôle de sa souveraineté bancaire et numérique avant qu’il ne soit trop tard.

Un magistrat sanctionné et soudain privé de moyens de paiement modernes

Tout commence en août dernier. Les États-Unis décident d’imposer des sanctions à plusieurs magistrats de la CPI, dont ce juge français, en raison de leur rôle dans une enquête sensible impliquant un haut responsable israélien. Washington ne se contente pas de mesures symboliques : les sanctions touchent directement les outils du quotidien.

La banque française du juge reçoit l’ordre de bloquer sa carte Visa. Résultat immédiat : impossibilité d’utiliser ce moyen de paiement universellement accepté. Mais le couperet tombe bien plus largement. Des plateformes comme Airbnb, Amazon ou d’autres services numériques essentiels deviennent inaccessibles. Le voilà contraint de contourner ces blocages par des solutions de fortune, notamment via des systèmes de paiement locaux aux Pays-Bas, pays où siège la CPI.

« Je suis Breton et je peux tenir très longtemps », lance-t-il avec un sourire lors de sa conférence de presse à l’ambassade de France auprès de l’UE. Pourtant, derrière cette boutade se cache une inquiétude réelle. Car si lui peut encore « bricoler », d’autres, surtout les plus jeunes, n’auraient pas cette marge de manœuvre.

La dépendance aux services américains : un piège quotidien

Le plus préoccupant, selon lui, concerne les secteurs sans alternative européenne crédible. Les services bancaires occupent une place centrale dans ce constat. Privé de Visa, il doit jongler avec d’autres systèmes, mais ceux-ci restent limités géographiquement ou en fonctionnalités. À moyen terme, cette situation devient intenable, surtout pour quelqu’un qui voyage fréquemment dans le cadre de ses fonctions.

Il explique avoir dû revenir aux paiements physiques en magasin, abandonnant le commerce en ligne. Pour un homme de plus de cinquante ans peu porté sur le numérique à l’origine, cela reste gérable. Mais pour une génération entière dont la vie entière repose sur des applications et des services américains, une telle coupure ressemblerait à une « mort civile » numérique.

« Le plus problématique, c’est quand ça touche des services dans lesquels il n’y a pas d’alternative européenne. »

Cette phrase résume parfaitement le cœur du problème : l’absence d’autonomie réelle dans des domaines stratégiques. Les sanctions extraterritoriales américaines ne se contentent plus de viser des États ou des entreprises ; elles atteignent désormais des individus, y compris des magistrats internationaux chargés de faire respecter le droit.

L’appel à accélérer le projet d’euro numérique

Face à cette dépendance, le juge plaide pour une accélération majeure du projet d’euro numérique. Cette monnaie électronique émise directement par la Banque centrale européenne pourrait offrir une alternative souveraine aux réseaux Visa et Mastercard, contrôlés par des entités américaines.

La BCE prévoit une phase pilote dès 2027, avec une possible émission effective en 2029. Mais pour que ce calendrier tienne, il faut un cadre législatif européen solide dès cette année. Sans cela, le projet risque de traîner, laissant l’Europe toujours à la merci des décisions unilatérales prises outre-Atlantique.

Le magistrat insiste : l’euro numérique ne serait pas seulement un outil de paiement. Il représenterait un acte de souveraineté, un moyen concret de protéger les citoyens et les institutions européennes contre les pressions extérieures.

Un règlement de blocage pour contrer les sanctions extraterritoriales

Mais le juge ne s’arrête pas là. Il demande expressément à la Commission européenne d’adopter un règlement de blocage. Ce texte juridique obligerait les entreprises opérant sur le sol européen à ignorer certaines sanctions américaines jugées illégitimes ou contraires au droit européen.

Un tel règlement enverrait « un message politique très fort » de rejet de ces atteintes à l’État de droit et à l’indépendance de la justice. Il protégerait non seulement les individus sanctionnés, mais aussi les entreprises européennes qui craignent aujourd’hui de coopérer avec des entités visées par Washington.

« Ce serait un message politique très fort de la part de l’Union Européenne de rejet de ces attaques contre l’État de droit et contre la justice. »

La proposition n’est pas nouvelle, mais elle prend aujourd’hui une résonance particulière. Le précédent règlement de blocage de 1996, conçu initialement contre les sanctions américaines visant Cuba, Iran et Libye, n’a jamais été pleinement activé. Le moment est peut-être venu de le moderniser et de l’appliquer réellement.

De magistrat discret à lanceur d’alerte involontaire

Ce qui frappe dans le parcours de ce juge, c’est son profil. Lui-même le répète : il n’avait jamais cherché la lumière médiatique auparavant. Sa « sidération » face aux sanctions a été totale. Pourtant, il a choisi de parler, non pour son cas personnel, mais pour alerter sur un danger systémique.

Il craint surtout l’effet dissuasif de telles mesures. Quand des décideurs – juges, procureurs, responsables politiques – savent qu’une décision défavorable à certains intérêts américains peut entraîner des représailles personnelles, l’autocensure menace. La justice internationale risque alors de perdre son impartialité et son courage.

En se rendant à Bruxelles, il a rencontré des figures clés : la commissaire aux services financiers Maria Luís Albuquerque et le commissaire à l’économie Valdis Dombrovskis. Ces échanges, même s’ils restent discrets, montrent que son message est pris au sérieux à haut niveau.

Un soutien politique croissant à Bruxelles et au Parlement européen

Dans les couloirs bruxellois, son combat trouve un écho favorable. Une eurodéputée sociale-démocrate, présidente de la commission des affaires économiques, porte depuis longtemps le même combat pour la souveraineté bancaire européenne. Elle dénonce une « dépendance suicidaire » vis-à-vis des États-Unis dans de nombreux domaines stratégiques.

Pour elle, plusieurs événements récents ont constitué de véritables « prises de conscience ». La crise autour du Groenland sous l’administration Trump en a fait partie. Ces moments de tension géopolitique rappellent brutalement que l’interdépendance peut rapidement devenir une vulnérabilité mortelle.

« Là, on n’est plus en interdépendance vis-à-vis des États-Unis, on est dans une dépendance suicidaire sur un trop grand nombre de domaines. »

Cette voix au Parlement européen pourrait aider à faire bouger les lignes. La question n’est plus seulement technique ou financière ; elle devient éminemment politique et stratégique.

Vers une souveraineté numérique et financière européenne : les étapes concrètes

Pour sortir de cette dépendance, plusieurs chantiers doivent avancer simultanément. Voici les priorités qui émergent du débat actuel :

  • Adoption rapide d’un cadre législatif pour l’euro numérique afin de respecter le calendrier 2027-2029.
  • Modernisation et activation effective du règlement de blocage pour neutraliser les sanctions extraterritoriales illégitimes.
  • Développement accéléré d’alternatives européennes dans les paiements en ligne, le cloud, les réseaux sociaux professionnels et les infrastructures critiques numériques.
  • Renforcement de la protection des acteurs de la justice internationale contre les pressions étrangères.
  • Dialogue transatlantique franc et exigeant pour rappeler que la souveraineté judiciaire européenne n’est pas négociable.

Ces mesures ne sont pas utopiques. Elles demandent surtout de la volonté politique et une prise de conscience collective. Le cas de ce juge pourrait devenir le symbole déclencheur de cette prise de conscience.

Une menace pour l’État de droit international

Au-delà des aspects techniques, l’affaire pose une question fondamentale : jusqu’où les États-Unis peuvent-ils aller dans l’utilisation de leur puissance économique pour influencer la justice internationale ?

La CPI, créée pour juger les crimes les plus graves sans distinction de nationalité, doit rester indépendante. Si ses magistrats peuvent être sanctionnés personnellement pour avoir exercé leurs fonctions, c’est toute la crédibilité du système judiciaire mondial qui vacille.

Le juge français, en choisissant de parler, défend non seulement sa propre liberté d’action, mais aussi le principe même d’une justice internationale impartiale et souveraine.

Et maintenant ? L’Europe saura-t-elle transformer l’alerte en action ?

Le calendrier est serré. La phase pilote de l’euro numérique approche. Les discussions sur un règlement de blocage renforcé doivent s’intensifier. Les commissaires européens ont écouté le magistrat ; reste à savoir si leurs services transformeront cette écoute en décisions concrètes.

Ce Breton tenace l’a dit sans détour : il peut tenir longtemps, mais pas indéfiniment. Et surtout, il refuse que d’autres, après lui, subissent le même sort sans que l’Europe n’ait bougé d’un pouce.

L’histoire de ce juge sanctionné est donc bien plus qu’un fait divers judiciaire. Elle est le révélateur d’une faiblesse structurelle européenne. À Bruxelles, on mesure aujourd’hui l’urgence. Reste à transformer cette mesure en actes. L’avenir de la souveraineté européenne, bancaire, numérique et judiciaire, se joue peut-être en ce moment même.

En attendant, ce magistrat continue son travail à La Haye, avec les moyens du bord, mais avec une détermination intacte. Et son message continue de résonner dans les couloirs du pouvoir européen.

« Je ne vais pas tenir s’il ne se passe rien. »

Un juge français sanctionné, à Bruxelles, février 2026

Ce cri d’alarme pourrait bien marquer un tournant. À condition que l’Europe l’entende et agisse. Vite.

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