Imaginez un jeune milliardaire déchu, condamné à passer plus de deux décennies derrière les barreaux pour l’une des plus grandes fraudes financières de l’histoire récente. Aujourd’hui, depuis sa cellule, il tente un pari audacieux : convaincre l’homme le plus puissant du monde que sa cause mérite une clémence exceptionnelle. Ce jeune homme s’appelle Sam Bankman-Fried, et son dernier espoir semble reposer sur les épaules de Donald Trump.
Le fondateur de FTX, autrefois adulé comme le prodige de la cryptomonnaie, purge actuellement une peine de 25 ans pour avoir détourné des milliards de dollars appartenant à ses clients. Mais loin de se résigner, il multiplie les déclarations qui sentent la stratégie calculée. Et au cœur de ce plan : un possible pardon présidentiel.
Un virage idéologique très opportun
Les observateurs attentifs l’ont remarqué : depuis plusieurs mois, le discours de Sam Bankman-Fried a radicalement changé. Lui qui était perçu comme un progressiste assumé, proche des cercles démocrates pendant la campagne de 2020, affirme désormais être devenu républicain dès 2022. Une conversion qui intervient pile au moment où Donald Trump retrouve le pouvoir et où le secteur crypto espère une dérégulation massive.
Dans des messages sortis de prison via des intermédiaires, il encense ouvertement les positions pro-crypto de l’administration Trump tout en fustigeant l’approche répressive adoptée sous l’ère Biden. Selon lui, les régulateurs américains ont étouffé l’innovation au profit d’une surveillance excessive. Un discours qui colle parfaitement à la rhétorique actuelle du camp républicain.
Une stratégie médiatique préparée de longue date
Ce revirement n’a rien d’improvisé. Dès janvier 2023, peu après son arrestation spectaculaire aux Bahamas, Sam Bankman-Fried avait déjà esquissé un plan de communication très précis. Un document interne, aujourd’hui versé au dossier judiciaire, listait douze tactiques destinées à redorer son image publique. Parmi elles : des apparitions dans des médias conservateurs, des interviews ciblées et des prises de position tranchées contre ses concurrents.
Aujourd’hui, force est de constater que plusieurs éléments de ce plan semblent se concrétiser. Les messages transmis depuis sa cellule suivent une logique implacable : se positionner comme une victime du « deep state » réglementaire et comme un converti sincère aux idées trumpistes. Une manière habile de tenter de rallier une partie de la communauté crypto qui voit en Trump un sauveur potentiel du secteur.
« Je suis devenu républicain en 2022. Les politiques crypto de Trump sont les seules qui permettront à l’industrie de respirer à nouveau. »
Extrait d’un message attribué à Sam Bankman-Fried depuis sa prison
Cette citation, largement relayée ces dernières semaines, illustre parfaitement le positionnement choisi. En jouant la carte du soutien politique, il espère évidemment que ce soutien lui sera rendu sous forme de clémence présidentielle.
Le précédent des grâces dans l’univers crypto
Donald Trump a déjà prouvé qu’il était prêt à utiliser son pouvoir de grâce en faveur de figures controversées du monde crypto. Ross Ulbricht, créateur du marché noir Silk Road, a bénéficié d’un fort soutien de la communauté crypto pendant des années. Changpeng Zhao, ancien patron de Binance, a également vu son nom circuler parmi les candidats potentiels à une grâce. Dans les deux cas, l’argument invoqué était le même : ces personnalités auraient été victimes d’une sur-réglementation injuste.
Sam Bankman-Fried semble vouloir s’inscrire dans cette même lignée. Pourtant, son dossier est bien plus lourd : une condamnation pour fraude massive, blanchiment et corruption politique. Les montants en jeu – près de 8 milliards de dollars de fonds clients disparus – rendent l’exercice beaucoup plus délicat.
Les recours judiciaires : une voie étroite
Parallèlement à cette campagne médiatique, l’équipe juridique de Bankman-Fried continue de se battre sur le terrain judiciaire. Un appel a été déposé dès 2023 et une demande de nouveau procès a été introduite en 2026. Mais les spécialistes du droit pénal sont très majoritairement pessimistes.
Les cours d’appel fédérales américaines annulent rarement des verdicts aussi solidement étayés. La preuve des détournements était accablante, avec des messages internes, des relevés bancaires et des témoignages concordants. Les chances d’un renversement complet du verdict semblent donc minces.
- Preuves matérielles très nombreuses
- Témoignages multiples et cohérents
- Absence d’erreur procédurale majeure identifiée
- Jury unanime sur les sept chefs d’accusation
Face à ce constat, la piste d’une grâce présidentielle apparaît effectivement comme l’option la plus réaliste, même si elle reste hautement incertaine.
Quelle probabilité réelle d’obtenir un pardon ?
Historiquement, les grâces présidentielles interviennent souvent en fin de mandat, et concernent des figures qui présentent un intérêt politique ou symbolique fort. Donald Trump a déjà utilisé ce levier de manière assez large lors de son premier mandat, parfois de façon très controversée.
Mais accorder une grâce à Sam Bankman-Fried serait un signal extrêmement fort : celui d’une indulgence envers un fraudeur condamné pour l’un des plus gros scandales financiers de la décennie. Cela pourrait être perçu comme un message d’impunité pour le secteur crypto, ce qui n’est pas forcément dans l’intérêt politique du président.
D’un autre côté, la communauté crypto représente aujourd’hui un électorat non négligeable, particulièrement mobilisé et donateur. Un geste en faveur de Bankman-Fried pourrait être vendu comme une preuve du soutien sans faille de Trump à l’industrie des actifs numériques.
L’impact sur l’image de la cryptomonnaie
Quelle que soit l’issue, cette affaire continue d’empoisonner durablement l’image du secteur. FTX n’était pas une petite plateforme obscure : c’était l’une des plus grosses places d’échange mondiales, sponsor de grandes équipes sportives et partenaire d’innombrables influenceurs.
Son effondrement a provoqué une onde de choc considérable, entraînant la faillite de nombreuses entreprises et la ruine de milliers d’investisseurs particuliers. Un éventuel pardon présidentiel serait forcément interprété de deux manières diamétralement opposées :
- Pour les uns : une victoire contre l’acharnement réglementaire
- Pour les autres : une prime à la fraude et à l’impunité
Cette polarisation extrême explique pourquoi le sujet reste aussi sensible, même plusieurs années après les faits.
Que nous apprend ce revirement sur la psychologie de Bankman-Fried ?
Au-delà des aspects stratégiques, ce brusque virage idéologique soulève des questions plus profondes. S’agit-il d’un calcul froid et cynique ? Ou d’une réelle prise de conscience survenue en prison ?
Ceux qui l’ont côtoyé avant sa chute décrivent un personnage extrêmement pragmatique, capable d’adapter son discours à son auditoire. Cette plasticité idéologique pourrait donc n’être qu’une nouvelle illustration de cette caractéristique.
Mais la prison change les hommes. Passer des années dans un environnement aussi contraignant peut provoquer de véritables remises en question. Impossible, à ce stade, de trancher avec certitude.
Et demain ? Scénarios possibles pour les années à venir
Plusieurs trajectoires se dessinent pour Sam Bankman-Fried :
- Scénario 1 – Pardon présidentiel : une commutation de peine partielle ou totale d’ici 2028-2029
- Scénario 2 – Appel partiellement gagné : réduction de peine à 10-15 ans
- Scénario 3 – Statu quo judiciaire : libération prévue autour de 2045-2050
- Scénario 4 – Grâce conditionnelle tardive : libération anticipée pour raisons humanitaires après 15-18 ans
Le scénario 1 reste le plus improbable, mais aussi le plus spectaculaire. Il marquerait un tournant majeur dans les relations entre le pouvoir politique américain et l’industrie crypto.
La communauté crypto divisée face à cette stratégie
Les réactions dans la sphère crypto sont très contrastées. Certains y voient une ultime tentative pathétique de manipulation, d’autres un combat légitime contre un acharnement judiciaire disproportionné.
Ce qui est certain, c’est que l’affaire FTX continue de diviser profondément la communauté, même plusieurs années après l’effondrement. Chaque nouveau développement rouvre les plaies et ravive les débats passionnés sur la régulation, la responsabilité des dirigeants et l’avenir de la décentralisation.
Conclusion : un pari risqué sur l’avenir politique
En choisissant de miser ouvertement sur Donald Trump et sur un pardon présidentiel, Sam Bankman-Fried prend un pari extrêmement audacieux. S’il réussit, ce serait un retournement de situation digne des plus grands thrillers judiciaires. S’il échoue, cette stratégie pourrait définitivement ruiner ses dernières chances de voir sa peine réduite par les voies classiques.
Dans tous les cas, cette affaire restera comme l’un des chapitres les plus sombres et les plus fascinants de l’histoire récente des cryptomonnaies. Elle pose des questions fondamentales sur le pouvoir, la justice, la régulation et la capacité de rédemption dans un univers où tout va très vite… parfois trop vite.
Une chose est sûre : tant que Sam Bankman-Fried respirera, l’histoire de FTX n’est pas terminée. Et le prochain épisode pourrait bien s’écrire à la Maison Blanche.









