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Saint-Denis : Dealers Soutiennent-ils la Liste LFI aux Municipales ?

Le maire de Saint-Denis accuse : des petits dealers et guetteurs promettraient de voter pour la liste LFI-PCF aux municipales 2026. Un programme de désarmement de la police municipale qui ravirait les trafiquants ? La tension monte à quelques mois du scrutin...

Dans les rues de Saint-Denis, une phrase prononcée lors d’une réunion publique continue de faire des vagues. Imaginez un maire en exercice, devant des habitants et un militant connu pour son combat contre le narcotrafic, lâcher calmement que des guetteurs et petits revendeurs de drogue affichent ouvertement leur préférence électorale pour l’un de ses principaux adversaires aux municipales de 2026. La déclaration est lourde de sous-entendus et soulève immédiatement une question vertigineuse : et si certains acteurs du trafic voyaient dans un programme politique un avantage direct pour leur business ?

Une sortie qui secoue la campagne électorale à Saint-Denis

La scène se déroule lors d’une rencontre publique dédiée à la lutte contre les stupéfiants. Le maire sortant, qui brigue un nouveau mandat, n’hésite pas à pointer du doigt un lien qu’il juge inquiétant entre le programme de ses opposants et l’intérêt supposé de certains narcotrafiquants. Selon lui, la proposition de réduire fortement les effectifs et les moyens de la police municipale, voire de la désarmer, serait perçue comme une aubaine par ceux qui vivent du commerce illicite dans les quartiers.

Il rapporte des mots très concrets entendus dans les cités : des jeunes en poste de guet (« les choufs » dans le jargon local) n’hésiteraient plus à provoquer directement les agents municipaux en leur lançant : « Nous, on va tous voter pour le candidat adverse pour prendre votre place demain. » La formule est brutale, presque provocatrice. Elle vise à créer un climat de peur, ou du moins d’intimidation, à quelques mois d’un scrutin qui s’annonce déjà très tendu dans cette ville emblématique de Seine-Saint-Denis.

Que dit exactement le programme mis en cause ?

La liste concernée, soutenue par plusieurs partis de gauche radicale, défend depuis plusieurs mois une vision très différente de la sécurité urbaine. Parmi les mesures phares : une réduction drastique du rôle et de l’armement de la police municipale, remplacée selon eux par davantage de médiation sociale, de présence éducative et d’actions de prévention au plus près des habitants. Les porteurs de ce projet expliquent vouloir rompre avec une logique qu’ils jugent répressive et qui, selon eux, n’a jamais réellement enrayé le trafic.

Cette orientation suscite depuis longtemps des débats passionnés. Pour les uns, elle représente une tentative courageuse de changer de paradigme dans des quartiers gangrénés par la violence et le chômage. Pour les autres, elle constitue une forme de renoncement face à des réseaux qui ne reculent devant rien. C’est dans ce deuxième camp que se place clairement l’édile sortant lorsqu’il évoque les déclarations attribuées aux jeunes impliqués dans le deal.

« Aujourd’hui, dans les quartiers, on a les petits dealers, les choufs qui chauffent les policiers municipaux en leur disant : “Nous, on va tous voter pour Bally Bagayoko pour prendre votre place demain”. »

Cette citation, prononcée publiquement, a immédiatement été reprise et commentée sur les réseaux sociaux et dans les discussions de quartier. Elle cristallise les peurs d’une partie de la population et des forces de l’ordre locales, tout en étant immédiatement dénoncée comme de la calomnie électorale par les soutiens de la liste visée.

Le maire précise : pas d’accointances directes

Il est important de souligner que l’élu en exercice a pris soin de préciser sa pensée. Il affirme ne pas accuser ses adversaires politiques d’entretenir des relations ou des complicités avec les réseaux de narcotrafic. Son propos porte uniquement sur une convergence d’intérêts objective, selon lui, entre le programme proposé et les attentes supposées de certains acteurs du trafic.

Cette nuance est significative. Elle montre que l’objectif n’est pas (du moins officiellement) de salir personnellement les candidats d’en face, mais plutôt d’alerter sur ce que l’élu considère comme une menace grave pour l’ordre public et la capacité de la collectivité à faire respecter la loi dans l’espace public.

La police municipale au cœur du débat depuis 2020

Depuis son élection en 2020, le maire a fait de la sécurité l’un des axes majeurs de sa mandature. Il a considérablement renforcé les effectifs de la police municipale, investi dans du matériel moderne et développé une présence très visible dans les quartiers considérés comme les plus sensibles. Cette stratégie a porté ses fruits sur certains indicateurs (diminution des incivilités de voie publique, meilleure réponse aux appels des habitants), mais elle a aussi généré de vives critiques.

L’opposition reproche régulièrement à cette police municipale des méthodes jugées trop musclées, voire parfois abusives. Plusieurs enquêtes judiciaires ont été ouvertes ces dernières années pour des faits de violences présumées commises par des agents. Ces procédures alimentent le discours de ceux qui réclament une refonte complète du modèle actuel de sécurité de proximité.

Pourquoi Saint-Denis cristallise-t-elle autant les tensions ?

La ville de Saint-Denis n’est pas une commune comme les autres. Préfecture de Seine-Saint-Denis, elle concentre un grand nombre de difficultés structurelles : chômage massif chez les jeunes, densité urbaine extrême, présence historique de réseaux de trafic bien implantés, tensions communautaires récurrentes, difficultés d’intégration d’une partie de la population immigrée récente.

C’est aussi une ville politiquement très marquée à gauche depuis des décennies. La bascule opérée en 2020, avec l’arrivée d’un socialiste face à une longue tradition communiste, a déjà constitué un séisme local. La perspective d’un nouveau duel entre ces deux sensibilités de gauche, avec cette fois une composante insoumise très affirmée, promet une campagne d’une rare intensité.

Le narcotrafic : un acteur invisible mais omniprésent

Dans de nombreux quartiers dits « prioritaires », le trafic de drogue ne se cache même plus. Les points de deal fonctionnent en continu, avec des équipes organisées : guetteurs, vendeurs, nourrices, chefs de réseau. L’argent généré est colossal et irrigue une économie parallèle qui touche des milliers de familles, directement ou indirectement.

Les habitants qui refusent de participer à ce système subissent régulièrement des intimidations, des menaces, des dégradations. Les forces de l’ordre, elles, sont confrontées à des violences d’une intensité rare : jets de mortiers d’artifice, guet-apens, caillassages organisés. Dans ce contexte, toute mesure perçue comme un affaiblissement de la réponse publique est scrutée avec la plus grande attention.

Une instrumentalisation électorale du sujet ?

Certains observateurs estiment que le maire joue ici une carte dangereuse mais calculée. En pointant du doigt une supposée convergence d’intérêts entre narcotrafiquants et programme politique adverse, il cherche à disqualifier moralement ses opposants sans avoir à prouver des liens concrets. La charge est d’autant plus forte qu’elle s’appuie sur des témoignages de terrain rapportés par les agents eux-mêmes.

En face, on dénonce une tentative de diversion. Alors que la municipalité est régulièrement critiquée sur sa gestion de la propreté, du logement social, de la jeunesse ou encore des équipements sportifs, mettre le projecteur sur le narcotrafic et sur la supposée complaisance de l’opposition permettrait de recentrer le débat sur un terrain plus favorable au maire sortant.

Et maintenant ?

La sortie du maire a immédiatement créé un précédent. Difficile d’imaginer que le sujet ne ressurgisse pas régulièrement jusqu’au scrutin de 2026. Chaque nouveau fait divers lié au trafic, chaque interpellation spectaculaire, chaque plainte déposée par un habitant ou un commerçant pourra être instrumentalisé dans un sens ou dans l’autre.

Du côté des habitants, l’inquiétude grandit. Beaucoup se demandent si la situation actuelle, déjà très difficile, pourrait encore se dégrader si les moyens de contrôle et de sanction venaient réellement à diminuer. D’autres, au contraire, espèrent qu’un changement de modèle permette enfin de traiter les causes profondes plutôt que de se contenter de réprimer les symptômes.

Une chose est sûre : à Saint-Denis, le débat sur la sécurité et sur le narcotrafic est sorti du registre policé des programmes électoraux pour s’inviter brutalement dans la rue, là où se joue réellement la vie quotidienne de dizaines de milliers de personnes. Et dans ce face-à-face entre deux visions radicalement opposées, c’est finalement la capacité de la puissance publique à reprendre la main sur l’espace public qui se trouve au cœur de la bataille.

La campagne 2026 ne fait que commencer. Mais elle a déjà pris un tour particulièrement sombre et conflictuel.

À retenir : Dans une ville où le trafic de stupéfiants est devenu un acteur économique majeur et un pourvoyeur d’intimidation quotidienne, toute proposition politique touchant à la sécurité et à l’ordre public est immédiatement analysée à l’aune de ses conséquences concrètes sur le terrain. Le simple fait qu’un maire en exercice puisse publiquement rapporter des menaces de dealers visant à soutenir une liste adverse montre à quel point la question est devenue explosive.

Les prochains mois diront si cette polémique restera un épisode isolé ou si elle deviendra l’un des fils rouges d’une campagne déjà promise à de très vifs affrontements.

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