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Russie : Exportations Pétrole Toujours Au-Dessus du Niveau Pré-Guerre

Malgré une baisse notable en 2025 et des sanctions renforcées, la Russie parvient encore à exporter plus de pétrole brut qu’avant l’invasion de l’Ukraine. Comment est-ce possible ? Les chiffres du rapport sont sans appel, mais les failles persistent…

Imaginez un instant : trois ans après le début d’un conflit majeur en Europe, un pays sous sanctions massives parvient toujours à écouler plus de pétrole brut sur les marchés mondiaux qu’avant la guerre. Les chiffres paraissent presque contre-intuitifs, pourtant ils sont là, implacables.

En 2025, malgré une diminution sensible des volumes expédiés, la Russie a continué d’exporter davantage de brut qu’en 2021. Ce paradoxe apparent cache une réalité bien plus nuancée : les volumes tiennent bon grâce à des mécanismes d’évitement sophistiqués, mais les rentrées financières, elles, s’effondrent.

Les exportations russes résistent malgré les pressions

Le contraste est saisissant. D’un côté, les pays occidentaux multiplient les restrictions, ciblent les navires, interdisent les services portuaires. De l’autre, les tankers continuent de charger du brut russe et de le livrer à des acheteurs toujours plus nombreux en Asie.

Selon les données les plus récentes couvrant les douze mois précédant le 24 février 2026, le volume total exporté s’élève à 215 millions de tonnes. Cela représente une baisse de 6 % par rapport à l’année précédente, mais reste supérieur de 6 % aux niveaux observés avant l’invasion de l’Ukraine.

Cette résilience n’est pas le fruit du hasard. Elle repose sur une organisation logistique hors norme qui permet de contourner les barrières mises en place par l’Occident.

La fameuse « flotte fantôme » au cœur du dispositif

Quand on parle de contournement des sanctions pétrolières russes, un terme revient sans cesse : la flotte fantôme. Ce réseau de navires, dont le nombre oscille entre 600 et 1 400 selon les estimations, constitue l’épine dorsale du commerce pétrolier russe actuel.

Ces bateaux changent fréquemment de pavillon, modifient leur identité AIS, naviguent parfois sans transpondeur. Leur but ? Échapper aux traçages et aux interdictions imposées par les pays du G7 et de l’Union européenne.

Le dispositif est impressionnant par son ampleur. Des compagnies d’assurance obscures, des sociétés-écrans basées dans des juridictions opaques, des équipages souvent renouvelés : tout est mis en œuvre pour maintenir le flux.

« Nous avons constaté une baisse significative des revenus générés par les exportations russes de combustibles fossiles en raison des nouvelles mesures et d’une application plus stricte des sanctions »

Un analyste spécialisé dans l’énergie et le climat

Mais cette même source ajoute immédiatement que des failles importantes subsistent, permettant aux volumes de demeurer élevés malgré tout.

Des destinations très concentrées

Autre élément clé : la redistribution géographique des clients. Avant 2022, l’Europe absorbait une part très importante du brut russe. Aujourd’hui, le paysage a radicalement changé.

93 % des exportations de pétrole brut russe se dirigent désormais vers trois pays principaux : la Chine, l’Inde et la Turquie. Cette concentration traduit à la fois la fermeture du marché européen et l’appétit croissant de ces économies émergentes ou en transition énergétique.

La Chine et l’Inde, en particulier, ont massivement augmenté leurs achats de brut russe à des prix décotés, profitant d’une aubaine économique tout en diversifiant leurs approvisionnements.

Les revenus chutent malgré les volumes élevés

Si les volumes résistent, les rentrées financières, elles, s’effondrent. Au cours des douze derniers mois analysés, les recettes pétrolières russes ont atteint 85,5 milliards d’euros, soit une diminution de 18 % sur un an.

La principale explication réside dans l’obligation de consentir des rabais importants. Privée d’une partie de ses clients traditionnels et confrontée à un plafonnement du prix du baril, Moscou vend son pétrole bien en dessous des cours mondiaux.

Cette décote, parfois très forte, compense le risque perçu par les acheteurs et les intermédiaires qui acceptent de transporter et d’assurer ces cargaisons.

Les failles qui persistent dans le système de sanctions

Malgré les efforts déployés, plusieurs mécanismes permettent encore au pétrole russe de circuler librement. Parmi les plus problématiques :

  • La fausse immatriculation des navires qui change régulièrement de pavillon et d’identité
  • La réexportation de produits pétroliers raffinés issus de brut russe vers des pays qui interdisent pourtant les importations directes
  • Le recours à des terminaux et raffineries intermédiaires qui blanchissent l’origine du pétrole

Ces pratiques rendent le traçage extrêmement complexe et limitent l’efficacité réelle des mesures restrictives.

Les propositions pour renforcer l’efficacité des sanctions

Face à ce constat, plusieurs pistes sont avancées pour resserrer l’étau. L’une des plus concrètes consiste à interdire toute importation provenant d’une raffinerie ou d’un terminal de stockage ayant reçu une cargaison de pétrole russe au cours des six derniers mois.

Cette mesure permettrait de couper court à la réexportation déguisée et obligerait les raffineurs à choisir clairement leur camp.

Autre recommandation forte : procéder à l’arrestation ou à l’immobilisation des navires de la flotte fantôme lorsqu’ils s’approchent des eaux européennes ou britanniques, en invoquant les risques environnementaux et sécuritaires qu’ils représentent.

Le cas particulier de la Hongrie et de la Slovaquie

Tous les pays européens ne sont pas logés à la même enseigne. La Hongrie et la Slovaquie bénéficient d’une exemption concernant les importations par pipeline. Elles ont profité de cette dérogation pour augmenter leurs achats.

Au cours des dix premiers mois de 2025, leurs importations de pétrole russe ont progressé de 11 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Cette hausse, dans un contexte où l’Union européenne cherche à réduire sa dépendance, pose question et alimente les appels à une harmonisation plus stricte des règles au sein du bloc.

Un impact environnemental sous-estimé

Au-delà des considérations économiques et géopolitiques, la flotte fantôme soulève d’importants risques environnementaux. Beaucoup de ces navires sont anciens, mal entretenus, et naviguent sans assurance adéquate.

En cas de naufrage ou de déversement, les conséquences pourraient être dramatiques pour les écosystèmes marins européens, sans possibilité réelle d’indemnisation.

C’est précisément cet argument sécuritaire et écologique qui est mis en avant pour justifier des actions plus musclées contre ces bâtiments.

Perspectives pour 2026 et au-delà

Alors que les tensions géopolitiques restent vives, l’évolution des exportations pétrolières russes dépendra de plusieurs facteurs : l’intensité des contrôles, la volonté des pays asiatiques à continuer d’acheter à prix cassés, et la capacité de Moscou à maintenir sa flotte parallèle.

Chaque nouveau train de sanctions ou chaque renforcement des mécanismes de traçage peut faire basculer la balance. Mais pour l’instant, le statu quo profite encore largement aux exportateurs russes en termes de volumes.

Les observateurs s’accordent toutefois sur un point : tant que des failles structurelles subsisteront, il sera difficile d’atteindre l’objectif affiché de réduction drastique des revenus pétroliers russes.

Vers une nouvelle phase de la guerre économique ?

Le pétrole reste l’une des principales sources de financement du budget russe. Réduire durablement ces revenus constitue donc un levier stratégique majeur dans le contexte actuel.

Les prochaines semaines et les prochains mois seront décisifs. De nouvelles annonces concernant le plafonnement des prix, l’interdiction de services aux navires suspects, ou encore des mesures ciblant les raffineries intermédiaires pourraient changer la donne.

En attendant, le commerce pétrolier russe continue de s’adapter, de se réinventer, et de défier, au moins partiellement, les restrictions mises en place par l’Occident.

Ce bras de fer énergétique, loin d’être terminé, continuera d’influencer les marchés mondiaux, les équilibres géopolitiques et les trajectoires climatiques pour de nombreuses années encore.

Points clés à retenir

  • Exportations de brut russe supérieures de 6 % aux niveaux pré-2022 malgré la baisse de 2025
  • 215 millions de tonnes exportées sur les 12 derniers mois analysés
  • 93 % du brut vendu à la Chine, l’Inde et la Turquie
  • Recettes pétrolières en baisse de 18 % à 85,5 milliards d’euros
  • La flotte fantôme reste le principal outil de contournement

Le dossier énergétique russe reste donc plus que jamais au centre de l’actualité internationale, illustrant à quel point l’économie et la géopolitique sont intimement liées dans le monde d’aujourd’hui.

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