Imaginez un pays déjà asphyxié par un hiver glacial, privé d’électricité pendant des jours entiers, où le moindre convoi ferroviaire devient une cible prioritaire. C’est la réalité que vit l’Ukraine en ce début d’année, alors que les frappes se recentrent sur un élément vital : les voies ferrées. Le président Volodymyr Zelensky a tiré la sonnette d’alarme lundi dernier, décrivant une stratégie délibérée de perturbation des transports.
Une nouvelle phase dans la guerre des infrastructures
Depuis plusieurs jours, les attaques russes semblent avoir légèrement délaissé les centrales électriques au profit d’un objectif plus mobile et plus difficile à protéger : le réseau ferroviaire. Ce changement de cible n’est pas anodin. Il répond à une logique militaire et psychologique bien précise.
Le rail représente bien plus qu’un simple moyen de transport en Ukraine. Il constitue l’épine dorsale logistique du pays en guerre. Sans lui, acheminer munitions, vivres, blessés ou réfugiés devient extrêmement compliqué.
Les déclarations sans détour de Zelensky
Dans son message publié sur les réseaux sociaux, le chef de l’État ukrainien n’a pas mâché ses mots. Il a clairement indiqué que l’armée russe concentrait ses efforts sur « la terreur contre notre logistique, avant tout le réseau ferroviaire ».
L’armée russe, comme les jours précédents, concentre ses efforts sur la terreur contre notre logistique, avant tout le réseau ferroviaire.
Volodymyr Zelensky
Cette phrase résume parfaitement l’inquiétude actuelle. Elle montre aussi que les autorités ukrainiennes perçoivent ces frappes non pas comme de simples opérations militaires, mais comme une volonté assumée d’intimider la population entière.
Les régions particulièrement visées
Selon les informations communiquées, deux zones concentrent l’essentiel des attaques récentes : Dnipropetrovsk et Zaporijjia. Ces régions, situées dans le centre-est et le sud du pays, se trouvent au cœur des lignes de front ou à proximité immédiate.
Elles abritent également des nœuds ferroviaires stratégiques permettant de relier l’est industriel à l’ouest plus sûr, et de maintenir un flux constant vers les zones de combat.
Zones mentionnées comme prioritaires :
- Dnipropetrovsk (centre-est) : carrefour logistique majeur
- Zaporijjia (sud) : lien vital vers le sud et la mer Noire
- Kharkiv (nord-est) : cible d’attaques meurtrières sur des trains de voyageurs
- Soumy (nord-est) : surveillance accrue et arrêts d’urgence en cas d’alerte
Ces localisations ne sont pas choisies au hasard. Elles correspondent aux axes que l’Ukraine utilise pour faire transiter le matériel militaire occidental, les renforts humains et les marchandises humanitaires.
Un drame récent qui marque les esprits
Le 27 janvier dernier, un train de voyageurs régulier a été visé par des drones dans la région de Kharkiv. Le bilan a été lourd : au moins cinq passagers ont perdu la vie et plusieurs autres ont été grièvement blessés.
Cet événement a profondément choqué la population. Toucher un convoi civil en pleine période hivernale, quand les alternatives routières sont déjà très compliquées, est perçu comme une escalade dans la terreur.
La compagnie ferroviaire tire la sonnette d’alarme
La société publique Ukrzaliznytsia, qui gère l’immense réseau national, a publié un communiqué particulièrement alarmant lundi matin. Plusieurs lignes de l’est sont désormais classées en « risque élevé ».
Les autorités invitent explicitement les voyageurs à privilégier les bus lorsque c’est possible. Une consigne rare qui montre à quel point la situation est devenue préoccupante.
Ils attaquent tant le transport de marchandises que celui de passagers. C’est de l’intimidation.
Volodymyr Zelensky, le 29 janvier
Dans la région de Soumy, les trains s’arrêtent désormais près des abris anti-bombes dès qu’une menace de drone est détectée. Cette mesure illustre la tension permanente dans laquelle vivent cheminots et passagers.
Pourquoi le rail est si crucial pour l’Ukraine en guerre
Avec ses 23 000 kilomètres de voies, le réseau ferroviaire ukrainien est le troisième plus important d’Europe, derrière ceux de l’Allemagne et de la France. Cette taille exceptionnelle en fait un atout stratégique majeur.
Depuis les premiers jours de l’invasion à grande échelle, les trains ont permis d’évacuer des millions de civils vers l’ouest, de transporter des centaines de milliers de tonnes de matériel militaire et d’acheminer l’aide humanitaire internationale.
Le chemin de fer reste, avec la route, l’un des deux seuls moyens terrestres d’entrer ou de sortir du pays aujourd’hui. Le perturber, c’est asphyxier progressivement l’économie de guerre ukrainienne.
Les locomotives diesel, moins dépendantes du réseau électrique endommagé, permettent aussi de maintenir une certaine mobilité même quand les lignes électriques sont coupées.
Une accalmie trompeuse sur le front énergétique
Depuis environ une semaine, les bombardements massifs contre les infrastructures énergétiques ont diminué d’intensité. Beaucoup y voyaient un signe d’épuisement des stocks de missiles russes ou un changement de priorités.
Mais cette accalmie semble avoir été remplacée par une campagne plus ciblée et peut-être plus durable contre les voies ferrées. Le but affiché est le même : rendre la vie quotidienne insupportable et compliquer la résistance armée.
La réponse ukrainienne : défense et résilience
Face à cette menace, les autorités ont réaffirmé leur détermination. Le dirigeant de la compagnie ferroviaire travaille en étroite collaboration avec l’armée pour protéger les gares, les nœuds stratégiques et les ponts clés.
« Ils vont frapper et nous allons nous défendre », a martelé le président lors d’une rencontre avec la presse. Cette phrase résume l’état d’esprit actuel : accepter les coups, mais ne jamais céder.
Les impacts humains et économiques à long terme
Chaque interruption ferroviaire a des conséquences immédiates. Les retards s’accumulent, les livraisons de charbon pour les centrales thermiques sont compromises, les évacuations sanitaires deviennent plus risquées.
Sur le plan psychologique, voir des trains de civils ciblés renforce le sentiment d’insécurité permanente. Les familles hésitent désormais à voyager, même pour des raisons vitales.
- Diminution de la capacité de transport militaire
- Ralentissement des exportations agricoles (blé, maïs, huile)
- Complications accrues pour l’acheminement de l’aide humanitaire
- Augmentation des coûts logistiques (report sur la route)
- Épuisement accéléré des stocks stratégiques
Ces différents éléments s’additionnent et créent une pression continue sur l’ensemble de l’économie ukrainienne déjà très fragilisée.
Un réseau qui résiste malgré les coups
Malgré les attaques répétées depuis quatre ans, les cheminots ukrainiens font preuve d’une résilience remarquable. Les voies sont réparées en quelques heures ou quelques jours, souvent sous le feu.
Des ponts détruits sont remplacés par des structures temporaires, des sections endommagées sont contournées grâce à un réseau très dense. Cette capacité d’adaptation force l’admiration.
Vers une guerre de l’usure logistique ?
En concentrant ses efforts sur le rail, la Russie semble adopter une stratégie d’usure à long terme. Plutôt que de chercher des victoires spectaculaires sur le front, elle tente de paralyser progressivement la machine de guerre adverse.
Cette approche demande moins de munitions high-tech coûteuses et permet de maintenir une pression constante avec des drones moins onéreux et plus nombreux.
La population civile au cœur de la cible
Quand un train de voyageurs est touché, ce ne sont pas des soldats qui sont visés, mais des familles, des personnes âgées, des enfants. Cette réalité rend la menace particulièrement insupportable.
L’hiver aggrave encore la situation : températures négatives, routes verglacées, manque de carburant. Le train reste souvent la seule option viable pour beaucoup.
Un appel à la vigilance internationale
En dénonçant publiquement cette nouvelle vague d’attaques, les autorités ukrainiennes espèrent aussi maintenir l’attention de leurs partenaires occidentaux. Chaque wagon de matériel militaire ou humanitaire qui passe dépend de ces voies ferrées.
La protection du réseau ferroviaire ukrainien devient donc indirectement un enjeu de sécurité collective pour les alliés de Kyiv.
Conclusion : la bataille invisible continue
Derrière les lignes de front, une autre guerre se joue : celle de la logistique. Chaque rail endommagé, chaque pont visé, chaque gare menacée fait partie d’un puzzle beaucoup plus vaste.
Tant que le réseau tiendra, l’Ukraine conservera une capacité de manœuvre essentielle. Mais la marge est de plus en plus étroite, et l’hiver ne pardonne rien.
La suite des événements dira si cette campagne ciblée contre le rail marquera un tournant ou restera une parenthèse dans un conflit qui n’en finit pas de se transformer.
Une chose est sûre : les cheminots ukrainiens, invisibles héros du quotidien, portent aujourd’hui sur leurs épaules une part déterminante de la résistance nationale.









