Rolland Courbis : une vie dédiée au football et à la parole libre
Peu de personnalités ont autant incarné le mélange explosif entre terrain et micro. Né à Marseille en 1953, Rolland Courbis a grandi dans les quartiers nord de la cité phocéenne, où le football n’était pas un simple jeu, mais une véritable religion. Dès ses débuts professionnels, il a foulé les pelouses avec une hargne qui le caractérisait déjà. Défenseur central robuste, il a connu les joies des titres nationaux avant de se reconvertir en entraîneur, puis en consultant, où sa gouaille et son franc-parler ont conquis le public.
Son parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. Entre succès sportifs, passages tumultueux et une vie personnelle haute en couleur, Courbis a toujours assumé ses choix avec une authenticité rare. Aujourd’hui, alors que les hommages affluent de partout, il est temps de revenir sur ce qui a fait de lui une légende vivante du football hexagonal.
Les débuts sur les terrains : un joueur champion
Rolland Courbis a débuté sa carrière professionnelle à l’Olympique de Marseille, son club de cœur. En 1972, il remporte le championnat de France avec l’équipe phocéenne, un titre qui marquera le début d’une longue histoire d’amour avec le Vélodrome. Repositionné en défenseur central, il s’impose par sa combativité et son sens du placement. Après des passages à l’AC Ajaccio, à l’Olympique lyonnais et surtout à l’AS Monaco, où il décroche deux nouveaux titres en 1978 et 1982, il termine sa carrière au SC Toulon en 1985.
Ces années de joueur lui ont forgé un caractère bien trempé. Il a côtoyé des légendes et appris les rouages du haut niveau. Cette expérience terrain a été cruciale pour sa future carrière d’entraîneur, où il a toujours privilégié le dialogue direct avec ses joueurs plutôt que les discours théoriques interminables.
Ce qui frappait déjà à l’époque, c’était sa capacité à créer du lien. Rolland n’était pas du genre à se cacher derrière des schémas tactiques figés ; il préférait l’humain, la motivation par la parole et l’affect. Cette approche l’a suivi tout au long de sa vie.
Une carrière d’entraîneur itinérante et passionnée
Dès 1983, Rolland Courbis passe de l’autre côté de la barrière. Il commence par le SC Toulon, club où il avait terminé sa carrière de joueur. Rapidement, il enchaîne les expériences : Bordeaux, Toulouse, retour triomphal à l’OM en 1997-1999, Lens, Ajaccio, Montpellier à deux reprises, Rennes, sans oublier des aventures à l’étranger comme Al Wahda, Alania Vladikavkaz, Sion ou l’USM Alger.
Parmi ses moments forts, impossible d’oublier son passage à l’Olympique de Marseille. Nommé par Robert Louis-Dreyfus, il attire des stars comme Laurent Blanc, Claude Makelele, Fabrizio Ravanelli et Christophe Dugarry. Vice-champion de France en 1999 et finaliste de la Coupe UEFA (perdue face à Parme), il offre au club une saison mémorable, notamment ce mythique 5-4 contre Montpellier après avoir été mené 4-0 à la mi-temps. « Quand je pense qu’on va gagner 5 à 4 », avait-il prédit avant le match, une intuition qui reste gravée dans les annales.
À Montpellier, il ramène le club en Ligue 1 en 2009. À Rennes, il insuffle une dynamique offensive. Partout, il laisse l’image d’un meneur d’hommes capable de transcender un groupe par sa présence et ses mots justes. Son management ? Direct, humain, parfois brutal, mais toujours sincère.
« C’est 90 minutes de désordre organisé. »
Cette phrase résume parfaitement sa vision du football : un sport vivant, imprévisible, où l’organisation doit laisser place à l’instinct et à la créativité.
Le roi de la punchline : des formules qui restent
Si Rolland Courbis a marqué par ses résultats, c’est surtout par ses mots qu’il est entré dans la légende. Surnommé « Coach Courbis », il avait un talent inné pour les formules choc, souvent drôles, parfois cinglantes, toujours authentiques.
Il est le premier à avoir affublé Zinédine Zidane du surnom Zizou. À Bordeaux, où il l’entraîne, il explique : « Sur le bord du terrain, je ne pouvais pas l’appeler Zinédine… Ziz… Zizou… Ça lui allait si bien. » Ce diminutif affectueux est devenu mondial.
Autre moment culte : sa tirade sur Patrice Evra. « C’est le seul arrière gauche au monde à être de temps en temps hors-jeu, c’est un exploit. Arrive à faire une carrière de défenseur avec aussi peu de qualités, sans jeu de tête, sans vitesse, sans marquage, c’est une prouesse que je salue. » Provocateur, oui, mais jamais méchant gratuitement.
Il comparait diriger l’OM à « conduire une F1 en plein centre-ville ». Sur le recrutement : « 50 % de compétence et 50 % de coup de bol. » Après une défaite : « On a joué comme des sénateurs, mais des sénateurs qui n’auraient pas été réélus. » Ou encore : « Si le ridicule tuait, il y aurait beaucoup de cadavres sur la pelouse ce soir. »
Sur l’argent et le fair-play financier : « Je pensais qu’on avait des problèmes quand on avait des dettes. Je me rends compte qu’on en a aussi quand on n’a pas de dettes. » Et sur les casinos : « Le problème, c’est que quand tu perds, tu as des ennuis avec ton banquier, et quand tu gagnes, c’est avec la justice. »
Ces punchlines n’étaient pas gratuites ; elles traduisaient une vision lucide, parfois cynique, mais toujours ancrée dans une passion sincère pour le jeu.
La voix de la radio : plus de vingt ans chez RMC
À partir de 2005, Rolland Courbis devient une star des ondes sur RMC. Avec son émission « Coach Courbis », il analyse, débat, raconte des anecdotes avec un style inimitable. Accompagné de Luis Fernandez, Jean-Michel Larqué ou d’autres pointures, il fait les beaux jours des émissions sportives.
Son accent chantant, ses rires communicatifs, ses colères homériques : tout y passait. Il n’hésitait pas à dire ce que beaucoup pensaient tout bas. En 2024, il rejoint même L’Équipe du Soir à la télévision, prouvant que sa verve traversait les médias.
Les auditeurs l’adoraient pour sa franchise. Il défendait l’OM avec ferveur, critiquait sans filtre les dérives du foot moderne, et partageait son amour du jeu sans concession.
Un homme complexe : entre ombre et lumière
La vie de Rolland Courbis n’a pas été exempte de controverses. Condamné dans des affaires liées à des clubs (caisse noire à Toulon, comptes de l’OM), il a connu la prison. Passionné de casinos, il a assumé son côté flambeur. En 1996, il échappe de peu à la mort, blessé par balle lors d’un règlement de comptes impliquant un ami.
Malgré ces épisodes, il gardait une humanité touchante. Sa relation avec la comtesse Maria-Luisa Rizzoli, sa famille, ses amis : tout montrait un homme attachant, fidèle, généreux.
Sa santé s’était fragilisée ces dernières années, avec un malaise cardiaque en 2014 et une infection pulmonaire récente qui l’a emporté.
L’héritage d’une personnalité unique
Aujourd’hui, le football français pleure un des siens. Des présidents de fédération aux supporters anonymes, tous saluent un « grand monsieur », un « phénomène », une « personnalité romanesque ».
Rolland Courbis nous a appris que le football n’est pas qu’un sport : c’est une passion, un spectacle, un terrain d’expression. Ses mots continueront de résonner dans les stades, sur les ondes, dans les cœurs des amoureux du ballon rond.
Merci Coach. Repose en paix.









