Imaginez une immense place transformée en mer humaine, où des dizaines de milliers de voix s’élèvent à l’unisson pour réclamer la liberté. Samedi dernier, à Munich, ce n’est pas une simple manifestation qui s’est déroulée, mais un moment potentiellement historique pour l’Iran. Au cœur de la Bavière, loin des rues de Téhéran, une foule impressionnante s’est rassemblée pour soutenir une figure qui incarne à la fois l’espoir et la nostalgie : Reza Pahlavi.
Ce fils du dernier chah d’Iran, exilé depuis plus de quarante ans, a franchi une étape symbolique forte. Devant une assistance évaluée à environ 200 000 personnes selon les autorités locales, il a publiquement affirmé sa volonté de guider son pays vers un avenir radicalement différent. Ce discours, prononcé en marge d’une grande conférence internationale sur la sécurité, résonne aujourd’hui bien au-delà des frontières allemandes.
Un rassemblement historique qui dépasse toutes les attentes
Les organisateurs tablaient sur une mobilisation respectable, mais la réalité a largement dépassé leurs prévisions. La police bavaroise a dénombré près de 200 000 participants, soit le double des estimations initiales. Cette affluence exceptionnelle témoigne d’un ras-le-bol profond au sein de la diaspora iranienne et d’un soutien croissant à l’intérieur même du pays.
Sur la Theresienwiese, lieu emblématique qui accueille chaque automne l’Oktoberfest, des familles entières, des jeunes étudiants, des professionnels installés en Europe depuis des décennies : tous étaient là. L’ambiance restait étonnamment sereine malgré la taille de la foule. Des manifestants ont même offert des fleurs aux forces de l’ordre venues encadrer le rassemblement.
Les symboles d’une identité revendiquée
Les drapeaux brandis par la majorité des participants ne trompaient pas. Le lion et le soleil, emblème de l’Iran impérial avant 1979, flottait partout. Vert, blanc, rouge : les couleurs traditionnelles de la nation, sans les inscriptions religieuses imposées par le régime actuel. Ce choix visuel n’est pas anodin. Il traduit une volonté claire de renouer avec une histoire pré-révolutionnaire perçue comme plus ouverte et prospère.
Certains portraits affichés représentaient Reza Pahlavi lui-même, souvent accompagné de slogans simples mais puissants : « Javid Shah », « Pahlavi bar migarde », « Reza II ». Ces cris scandés par la foule montrent que, pour beaucoup, la famille Pahlavi reste associée à une période de stabilité relative et de modernisation.
« Nous devons dire aux autres peuples du monde que ce régime n’est pas notre choix. »
Une jeune étudiante iranienne vivant en Allemagne
Cette phrase, prononcée par une manifestante de 25 ans, résume parfaitement le sentiment dominant. Pour ces Iraniens de l’étranger, il s’agit de démontrer que la République islamique ne représente pas la volonté populaire, même si elle exerce un contrôle total sur le territoire.
Reza Pahlavi : un leader autoproclamé de la transition
Âgé de 65 ans et installé aux États-Unis depuis la révolution islamique, Reza Pahlavi n’avait jamais été aussi explicite. « Je suis ici pour garantir une transition vers un avenir démocratique et laïque », a-t-il déclaré avec force. Il s’engage à superviser un processus « transparent » qui passerait par les urnes, loin de toute forme de violence ou de prise de pouvoir autoritaire.
Cette posture tranche avec l’image parfois renvoyée par certains opposants en exil, accusés de chercher uniquement à restaurer la monarchie. Reza Pahlavi insiste : son rôle serait temporaire, limité à la période de transition. Une fois la République islamique remplacée, le peuple iranien déciderait librement de son avenir institutionnel.
Il a également lancé un appel direct aux « nations libres » et à leurs gouvernements. Selon lui, le moment est venu d’agir concrètement. Les récentes répressions sanglantes ont, à ses yeux, retiré toute légitimité restante au régime en place.
Un contexte marqué par la répression brutale
Depuis la fin de l’année précédente, l’Iran traverse une des plus graves crises internes de son histoire récente. Une vague de contestation massive a été déclenchée par plusieurs événements tragiques. Les autorités ont répondu par une répression d’une violence inouïe.
Les organisations de défense des droits humains recensent des milliers de morts parmi les manifestants. Arrestations massives, tortures, exécutions publiques : le bilan humain est effroyable. Cette brutalité a paradoxalement renforcé la détermination des opposants, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Les manifestants de Munich entendaient porter ce message au monde entier. En se rassemblant en si grand nombre dans une démocratie européenne, ils cherchaient à attirer l’attention des dirigeants présents à la conférence sur la sécurité qui se tenait simultanément dans la ville.
Soutiens politiques de poids venus d’outre-Atlantique
Le sénateur américain Lindsey Graham, figure influente du Parti républicain, s’est exprimé lors du rassemblement. Ses mots ont été particulièrement forts. Il a affirmé que le guide suprême allait « partir » et que « la libération est proche ».
« Continuez à manifester. L’aide arrive. La libération est proche. »
Sénateur Lindsey Graham
Ces déclarations, prononcées par un élu proche du président américain de l’époque, ont été accueillies avec enthousiasme par la foule. Elles renforcent l’idée que le vent pourrait tourner, surtout si Washington décide de durcir sa position vis-à-vis de Téhéran.
Reza Pahlavi lui-même s’est adressé directement au président américain en exercice. Il lui a demandé d’aider le peuple iranien à « enterrer » définitivement la République islamique. Pour lui, les Iraniens ne réclament plus des réformes superficielles, mais une rupture complète avec le système actuel.
Critiques virulentes contre les négociations internationales
Plusieurs participants ont exprimé leur colère face aux discussions menées par les grandes puissances avec les autorités iraniennes. Pour eux, négocier avec un régime qui « tue son peuple dans la rue » revient à légitimer un pouvoir illégitime.
Une Iranienne de 34 ans, venue spécialement de Paris, a résumé ce sentiment : lorsqu’un gouvernement massacre ses citoyens, il perd toute crédibilité sur la scène internationale. Continuer le dialogue dans ces conditions apparaît aux yeux de beaucoup comme une trahison du peuple iranien.
Une diaspora mobilisée sur plusieurs continents
Munich n’a pas été un événement isolé. Le même jour, des rassemblements similaires ont eu lieu à Toronto et à Los Angeles. Quelques jours plus tôt, Berlin avait vu défiler environ 10 000 personnes à l’appel d’une autre organisation d’opposition.
Ces mobilisations simultanées montrent que la contestation s’organise à l’échelle mondiale. La diaspora iranienne, présente dans de nombreux pays occidentaux, joue un rôle croissant dans la visibilité du mouvement. Elle sert aussi de relais pour faire parvenir informations et soutiens aux Iraniens restés au pays.
Beaucoup de participants ont raconté les risques pris par leurs proches restés en Iran. Parents, frères, sœurs ou amis qui manifestent malgré la peur des représailles. Cette solidarité transgénérationnelle et transcontinentale constitue l’une des forces principales du mouvement actuel.
Reza Pahlavi perçu comme une figure de consensus
Parmi les manifestants, nombreux sont ceux qui voient en Reza Pahlavi « la meilleure option » pour l’Iran post-régime. Une médecin de 40 ans vivant en Allemagne explique ce choix par la familiarité avec la famille Pahlavi. Pour elle et pour beaucoup d’autres, cette lignée incarne une période où l’Iran était perçu comme un pays moderne et respecté sur la scène internationale.
Cette nostalgie ne fait pas l’unanimité au sein de l’opposition. D’autres groupes, notamment les Moudjahidine du peuple, prônent des visions différentes. Pourtant, en ce jour de février à Munich, c’est clairement autour de Reza Pahlavi que s’est cristallisée la plus grande mobilisation.
Quelles perspectives pour un changement de régime ?
La question que tout le monde se pose reste la même : le régime peut-il réellement tomber ? Les manifestations massives de l’année passée ont montré une détermination impressionnante de la population. Mais elles ont aussi révélé la capacité de répression des forces de sécurité.
Pour Reza Pahlavi et ses partisans, la clé réside dans une pression internationale coordonnée. Sanctions économiques renforcées, soutien logistique aux opposants, reconnaissance diplomatique d’un gouvernement de transition : plusieurs leviers pourraient être actionnés simultanément.
Certains observateurs restent toutefois prudents. Les divisions internes à l’opposition, la puissance des Gardiens de la révolution et les alliances régionales du régime (notamment avec la Russie et la Chine) constituent autant d’obstacles majeurs.
Un espoir fragile mais tenace
Malgré les difficultés, l’atmosphère à Munich était empreinte d’un espoir palpable. Les manifestants savent que le chemin sera long et semé d’embûches. Pourtant, ils refusent de baisser les bras. Chaque rassemblement, chaque prise de parole publique renforce leur conviction que le changement est possible.
Reza Pahlavi, en se positionnant comme coordinateur d’une transition plutôt que comme futur monarque absolu, tente de rallier le plus grand nombre. Sa stratégie consiste à incarner une alternative crédible, laïque et démocratique, capable de fédérer au-delà des clivages traditionnels.
Le succès de cette stratégie dépendra de plusieurs facteurs : la capacité à maintenir la mobilisation à l’intérieur du pays, le soutien (ou du moins la non-opposition) des grandes puissances, et surtout la persévérance face à une répression qui ne faiblit pas.
Vers un tournant décisif ?
Ce qui s’est passé à Munich pourrait marquer un point de bascule. Jamais depuis des décennies une figure d’opposition n’avait réuni autant de monde dans un pays occidental. Jamais non plus un leader exilé n’avait été aussi clair sur son rôle futur : celui d’un facilitateur de transition plutôt que d’un restaurateur de monarchie.
Les semaines et les mois à venir seront déterminants. Si la mobilisation se maintient et s’amplifie, si la communauté internationale modifie sa posture, alors l’Iran pourrait connaître des changements profonds. Dans le cas contraire, le régime pourrait consolider sa position et accentuer encore la répression.
Une chose est sûre : les Iraniens, qu’ils vivent à Téhéran, à Munich, à Los Angeles ou à Toronto, ne semblent plus disposés à accepter le statu quo. Le message envoyé depuis la Theresienwiese est limpide : le temps de la République islamique touche peut-être à sa fin.
Restent maintenant à voir comment les dirigeants du monde entier répondront à cet appel lancé depuis une place allemande, par un homme qui porte le nom d’une dynastie renversée il y a plus de quarante ans, mais dont le discours semble soudain plus actuel que jamais.
Quelques chiffres marquants du rassemblement
- Environ 200 000 participants selon la police bavaroise
- Double des prévisions des organisateurs
- Âge moyen des intervenants interrogés : entre 25 et 40 ans
- Présence notable de familles entières et de jeunes nés en exil
- Plusieurs rassemblements simultanés dans d’autres grandes villes occidentales
Ce moment munichois pourrait donc s’avérer bien plus qu’une simple manifestation de plus. Il pourrait constituer l’un des chapitres importants d’une histoire qui s’écrit actuellement, celle d’un peuple qui refuse de plier et qui cherche, contre vents et marées, la voie vers la liberté et la dignité.
À suivre de très près.









