Une page se tourne dans les relations entre les États-Unis et les institutions internationales. Après plusieurs mois de tensions, le retrait effectif des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé marque un tournant majeur dans la gouvernance sanitaire mondiale. Cette décision, prise dès les premiers jours du retour au pouvoir d’une administration déterminée à revoir ses engagements multilatéraux, suscite des réactions vives des deux côtés de l’Atlantique.
Un divorce annoncé et désormais consommé
Le décret présidentiel signé en janvier 2025 a enclenché un processus long d’un an, délai imposé par les règles de l’organisation onusienne. Jeudi dernier, ce délai a pris fin : les États-Unis ne font plus partie de l’OMS. Cette sortie intervient dans un contexte où l’administration actuelle souhaite recentrer la politique de santé publique sur le territoire national et affirmer une souveraineté renforcée face aux institutions internationales.
Pour les autorités américaines, ce départ représente avant tout une reconquête d’indépendance. Les mots employés sont clairs : retrouver la maîtrise totale des choix sanitaires, protéger les intérêts nationaux et redonner le pouvoir décisionnel au peuple américain. Cette rhétorique populiste et souverainiste résonne auprès d’une partie de l’électorat qui voit dans les organisations multilatérales une entrave à la liberté nationale.
Les accusations portées contre l’OMS
Dans un communiqué conjoint, le secrétaire à la Santé et le secrétaire d’État ont détaillé les griefs reprochés à l’organisation genevoise. Ils pointent du doigt de nombreuses défaillances présumées durant la pandémie de Covid-19, période durant laquelle l’OMS aurait, selon eux, agi à plusieurs reprises contre les intérêts américains.
Parmi les reproches les plus virulents : une prétendue complaisance vis-à-vis de certaines puissances, une gestion jugée opaque et des recommandations sanitaires perçues comme excessives ou mal adaptées. Le ton reste très dur, affirmant que l’OMS aurait « bafoué et terni » tout ce que les États-Unis ont fait pour elle depuis des décennies.
« Nous retrouvons notre indépendance, protégeons la sécurité américaine et rendons la politique de santé publique des États-Unis au peuple américain. »
Secrétaire à la Santé américain
Cette phrase résume à elle seule la philosophie qui sous-tend la décision : recentrer les priorités sur le territoire national et rompre avec ce qui est perçu comme une tutelle extérieure.
La réponse ferme du directeur général de l’OMS
Face à ces accusations, le directeur général n’a pas tardé à réagir. Sur la plateforme X, il a qualifié les motifs invoqués de « fausses » et insisté sur le fait que l’organisation avait toujours dialogué avec Washington dans le respect total de la souveraineté de chaque État membre.
« Malheureusement, les raisons citées pour la décision des États-Unis de se retirer de l’OMS sont fausses. »
Directeur général de l’OMS
Il a également tenu à rappeler que le départ américain rendrait non seulement les États-Unis, mais l’ensemble de la planète « moins sûrs ». Selon lui, une organisation mondiale de la santé amputée de son plus gros contributeur historique perd en efficacité et en légitimité pour coordonner les réponses aux futures crises sanitaires.
Les points de friction autour de la pandémie
Une grande partie du contentieux porte sur la gestion de la crise Covid-19. D’un côté, les autorités américaines actuelles reprochent à l’OMS d’avoir promu des mesures jugées liberticides : port du masque obligatoire, vaccination forcée, fermetures d’entreprises. Elles accusent l’organisation d’avoir une part de responsabilité dans les drames humains et économiques qui ont suivi.
De l’autre côté, l’OMS réfute catégoriquement ces allégations. Elle rappelle n’avoir jamais imposé d’obligations nationales en matière de masques ou de vaccins. Ses recommandations se sont toujours limitées à des conseils fondés sur les données scientifiques disponibles à chaque moment de la pandémie : port du masque, vaccination volontaire, distanciation physique.
L’agence insiste sur sa transparence : partage rapide des informations, communication ouverte avec tous les États membres. Elle affirme avoir agi avec diligence dès les premiers signaux d’alerte et avoir adapté ses conseils au fur et à mesure de l’évolution des connaissances.
Questions financières et symboliques non résolues
Au-delà des débats sur la pandémie, d’autres points de crispation émergent. Les États-Unis doivent encore environ 260 millions de dollars à l’organisation. Selon les règles en vigueur, un pays ne peut notifier son retrait s’il n’est pas à jour de ses contributions. Cette dette fait actuellement l’objet d’un examen attentif au siège de l’OMS.
Autre symbole fort : la question du drapeau américain devant le siège genevois. Les autorités américaines regrettent qu’il n’ait pas été retiré immédiatement et demandent même une forme de compensation pour ce qu’elles considèrent comme un manque de respect. Du côté de l’OMS, on préfère temporiser et examiner la situation dans son ensemble.
Conséquences pour la santé mondiale
Le retrait d’un contributeur aussi important que les États-Unis pose de sérieuses questions sur l’avenir de l’OMS. Moins de financements signifie moins de moyens pour surveiller les épidémies émergentes, coordonner les réponses internationales, soutenir les pays les plus vulnérables ou mener des programmes de vaccination à grande échelle.
De nombreux observateurs craignent qu’une fragmentation accrue du système de santé mondiale rende plus difficile la détection et le contrôle rapide des futures menaces pandémiques. Dans un monde interconnecté où les virus ne connaissent pas de frontières, une coordination affaiblie pourrait coûter cher à l’humanité entière.
À l’inverse, les partisans du retrait estiment que les États-Unis seront plus réactifs et plus efficaces en agissant seuls, sans passer par ce qu’ils considèrent comme une bureaucratie lourde et parfois politisée.
Un précédent aux implications durables
Ce n’est pas la première fois que Washington remet en cause son engagement dans des organisations internationales. Mais le cas de l’OMS touche un domaine particulièrement sensible : la santé publique mondiale. La décision pourrait encourager d’autres pays à revoir leur participation ou à exiger des réformes profondes de l’institution.
Elle illustre aussi une fracture croissante entre certains gouvernements nationalistes et les institutions multilatérales nées après la Seconde Guerre mondiale. Dans ce contexte, l’OMS se retrouve au cœur d’un débat bien plus large sur la souveraineté nationale versus la coopération globale.
Vers une refondation ou une marginalisation ?
L’organisation va désormais devoir composer sans la première puissance économique et militaire mondiale. Cela pourrait l’obliger à repenser son modèle de financement, à chercher de nouveaux alliés ou à accélérer des réformes internes déjà discutées depuis plusieurs années.
Pour les États-Unis, le pari est clair : démontrer que la santé publique peut être gérée efficacement au niveau national sans dépendre d’une entité supranationale. Les prochains mois et années diront si cette stratégie porte ses fruits ou si, au contraire, l’absence d’une voix américaine forte à l’OMS se fait sentir lors de la prochaine crise sanitaire majeure.
Quoi qu’il en soit, ce divorce consommé laisse derrière lui un vide institutionnel et politique dont les répercussions pourraient se faire sentir bien au-delà des salles de conférence de Genève.
En résumé : les positions en présence
- Position américaine actuelle : L’OMS a failli, imposé des mesures liberticides, agi contre les intérêts US → retrait pour retrouver souveraineté et efficacité nationale.
- Position de l’OMS : Raisons du retrait « fausses », dialogue respectueux toujours maintenu, recommandations fondées sur la science et jamais obligatoires → départ rend le monde moins sûr.
- Enjeux financiers : Dette de 260 millions $ à clarifier avant validation officielle du retrait.
Ce retrait ouvre une nouvelle ère incertaine pour la gouvernance sanitaire mondiale. Entre affirmation de souveraineté et nécessité de coordination globale, le débat ne fait que commencer.
Les prochains mois révéleront si cette rupture renforce réellement la sécurité sanitaire des Américains ou si, au contraire, elle fragilise l’ensemble du système mondial de prévention et de réponse aux pandémies. Une chose est sûre : l’histoire retiendra 2026 comme l’année où la première puissance mondiale a choisi de tourner le dos à l’organisation créée pour protéger la santé de tous.









