Imaginez un instant : vous venez d’être touché par des balles, votre corps saigne abondamment, la douleur est insoutenable. Au lieu de courir vers l’hôpital le plus proche, vous hésitez. Vous avez peur. Pas seulement de mourir des suites de vos blessures, mais d’être achevé une fois sur un lit d’hôpital. Cette scène n’est pas tirée d’un film dystopique. Elle se déroule aujourd’hui en Iran.
Depuis le début des manifestations qui ont ébranlé le pays début janvier, les témoignages concordants décrivent une répression qui ne s’arrête plus aux rues. Elle pénètre désormais dans les lieux les plus sacrés : les hôpitaux. Blessés, médecins, infirmiers, secouristes bénévoles… personne ne semble épargné.
Quand les hôpitaux deviennent des pièges
Les organisations de défense des droits humains collectent depuis plusieurs semaines des récits glaçants. Des manifestants blessés par des tirs de balles réelles ou de plombs refusent systématiquement d’être transportés dans des établissements publics. La crainte est simple et terrible : les forces de sécurité viendraient les y achever.
Dans une province du sud du pays, un homme de 36 ans a payé le prix fort de cette peur. Grièvement touché par balles, il a d’abord refusé tout transfert hospitalier. Ses proches ont finalement pris la décision de l’emmener, mais trop tard. Une hémorragie massive l’a emporté. Selon le témoignage recueilli auprès de son frère, le médecin a été formel : dix minutes plus tôt, il aurait pu être sauvé.
Ces munitions, souvent au plomb, laissent des fragments métalliques profondément incrustés dans les chairs. Extraire ces corps étrangers nécessite une intervention chirurgicale. Or, ces blessures deviennent aujourd’hui des marqueurs. Elles signalent le manifestant.
La chasse aux blessés dans les services d’urgence
Plusieurs sources concordantes rapportent que les autorités ont donné des instructions claires au personnel médical : signaler tout patient présentant des blessures par plombs ou par balles. Dans certaines provinces, notamment au centre du pays, ces ordres auraient été transmis directement aux équipes hospitalières.
Des descentes de forces de sécurité ont été documentées dans plusieurs établissements. Les agents entrent, fouillent les chambres, interrogent le personnel, emportent parfois des patients encore sous perfusion. L’objectif affiché : identifier et arrêter ceux qui ont participé aux rassemblements.
Ces interventions créent un climat de terreur permanent. Les soignants se retrouvent face à un dilemme moral insoluble : soigner et risquer l’arrestation, ou refuser les soins et laisser mourir des blessés.
Les soignants dans la ligne de mire
Le personnel médical n’est pas épargné. Plusieurs cas d’arrestations de médecins et d’infirmiers ont été signalés ces dernières semaines. Un praticien exerçant dans une ville du nord-ouest du pays aurait été interpellé uniquement pour avoir soigné des manifestants blessés.
Des secouristes bénévoles, qui intervenaient parfois dans des centres improvisés, ont également été arrêtés lors de descentes surprises. Ces arrestations visent clairement à couper toute aide aux blessés et à semer la peur parmi ceux qui pourraient encore vouloir porter secours.
« Des descentes des autorités dans certains établissements médicaux et centres improvisés pour blessés afin d’arrêter le personnel médical et des secouristes bénévoles. »
L’inquiétude est telle que même l’Organisation mondiale de la santé a publiquement exprimé ses préoccupations face aux informations reçues concernant l’interpellation d’au moins cinq médecins.
Les dénégations officielles
Face à ces accusations, les autorités sanitaires iraniennes ont réagi. Le président du Conseil de l’Ordre des médecins a affirmé qu’aucun cas d’arrestation pour avoir soigné des patients n’avait été signalé. Il a cependant reconnu qu’un « nombre très limité » de membres du personnel médical avait été interpellé « en lien avec les manifestations », sans préciser davantage les motifs.
Le ministère de la Santé est allé plus loin en publiant un message rassurant à destination des blessés : « Vous ne devez pas être inquiets en vous rendant dans un centre médical. » Ce type de communication contraste fortement avec les nombreux témoignages recueillis par les organisations indépendantes.
Les enfants aussi victimes de la répression
Parmi les cas les plus poignants figure celui d’un garçon kurde de 12 ans. Touché au visage par de multiples plombs, il a perdu un œil. Alors qu’il reçoit des soins intensifs dans la capitale, sa famille subit de fortes pressions. Les autorités exigeraient qu’elle attribue la blessure à des « terroristes » pour pouvoir bénéficier d’une reconnaissance officielle comme invalide de guerre.
Ce cas illustre une stratégie plus large : obliger les victimes à renier la réalité des faits en échange d’une prise en charge minimale. Refuser cette version officielle expose la famille à des représailles supplémentaires.
Une vague de contestation d’une ampleur inédite
Pour comprendre l’intensité de cette répression, il faut revenir sur l’ampleur des manifestations qui ont secoué le pays depuis le début de l’année. Des milliers de personnes ont perdu la vie dans les rues, abattues par des tirs directs. Un nombre encore plus important a été blessé, souvent grièvement.
Les organisations de défense des droits humains estiment que les forces de sécurité ont délibérément visé le haut du corps et la tête des manifestants. Cette pratique explique la gravité des blessures observées et le nombre élevé de personnes handicapées à vie.
Face à un tel bilan, la décision de poursuivre la répression jusque dans les hôpitaux apparaît comme une volonté d’écraser toute forme de dissidence, même la plus vitale : le droit aux soins.
Les conséquences humaines à long terme
Au-delà des morts immédiates, cette politique crée des dommages irréversibles. Des milliers de blessés évitent les structures de soins par peur. Les infections se développent, les fractures se consolident mal, les lésions oculaires deviennent définitives. Une génération entière porte déjà les stigmates physiques de la contestation.
Les soignants, eux, se retrouvent dans une position intenable. Beaucoup hésitent désormais à porter secours lors des manifestations par crainte d’être identifiés et arrêtés plus tard. Ce climat de suspicion généralisée détruit lentement la confiance entre soignants et patients.
Un appel international à la protection du personnel médical
Plusieurs associations médicales internationales ont réagi publiquement. Elles rappellent que le personnel de santé doit pouvoir exercer ses fonctions sans crainte de représailles. Soigner un blessé, quel qu’il soit, constitue un devoir déontologique fondamental.
Ces organisations demandent instamment que cessent les arrestations de soignants et les descentes dans les hôpitaux. Elles appellent également à une enquête indépendante sur les faits rapportés.
La peur comme arme de contrôle
En empêchant l’accès aux soins ou en transformant les hôpitaux en lieux de danger, les autorités installent un climat de terreur généralisée. La peur devient l’instrument principal de contrôle social. Quand même les lieux destinés à sauver des vies deviennent dangereux, le message est clair : personne n’est à l’abri.
Cette stratégie vise à décourager toute nouvelle mobilisation. En rendant visible la répression jusque dans les services d’urgence, elle montre que la contestation n’a aucun refuge, même le plus élémentaire.
Les familles prises en otage
Quand les blessés ne peuvent être directement arrêtés, ce sont souvent leurs proches qui subissent pressions et intimidations. Menaces, convocations, chantage à l’aide sociale… les méthodes varient mais l’objectif reste le même : imposer le silence.
Ces pratiques touchent particulièrement les familles de mineurs blessés. Les autorités savent que la vulnérabilité des enfants constitue un levier puissant pour faire plier les parents.
Vers une normalisation de la violence d’État ?
Ce qui se passe actuellement dans les hôpitaux iraniens dépasse le cadre d’une simple répression ponctuelle. Il s’agit d’une stratégie systématique visant à criminaliser toute forme d’opposition, même passive. Être blessé lors d’une manifestation devient en soi une preuve de culpabilité.
Cette évolution soulève des questions graves sur l’état de droit et sur le respect des conventions internationales relatives aux droits humains, notamment celles protégeant le droit à la santé et interdisant les traitements cruels.
Que faire face à cette situation ?
Les organisations indépendantes continuent de documenter chaque cas. Elles recueillent témoignages, photos, certificats médicaux. Ce travail de mémoire est essentiel pour établir la vérité et, un jour, obtenir justice.
La communauté internationale suit de près ces développements. Chaque nouvelle information renforce l’urgence d’une réaction concertée pour protéger les droits fondamentaux en Iran, en particulier le droit à la vie et le droit aux soins.
En attendant, dans les hôpitaux iraniens, la peur continue de faire plus de ravages que les balles elles-mêmes. Et chaque minute perdue à cause de cette peur peut coûter une vie.
La situation reste extrêmement volatile. De nouveaux témoignages affluent chaque jour. La répression ne faiblit pas ; elle change simplement de terrain. Désormais, elle investit les couloirs des urgences et les salles d’opération. Un lieu qui devrait incarner le refuge ultime est devenu, pour beaucoup, le dernier endroit où l’on souhaite se trouver.
Cette réalité tragique nous rappelle que la lutte pour les droits humains ne s’arrête jamais aux frontières des manifestations. Elle se poursuit dans les lieux les plus inattendus : les blocs opératoires, les chambres de réveil, les couloirs des services d’urgences. C’est là, aujourd’hui, que se joue une partie essentielle de la bataille pour la dignité humaine en Iran.









