Le passage de Rafah, fermé depuis mai 2024 par l’armée israélienne, a rouvert lundi de manière très limitée dans les deux sens. Cette réouverture, qui intervient dans un contexte de cessez-le-feu fragile supervisé internationalement, marque une étape symbolique pour les habitants de la bande de Gaza, coupés du monde extérieur sans transit par Israël. Au premier jour, seuls douze personnes – cinq blessés graves et sept accompagnateurs – ont pu entrer en Égypte depuis Gaza, selon une source à la frontière contactée par l’AFP.
Imaginez un territoire où des milliers de vies dépendent d’une simple ouverture de portail, où chaque jour sans accès médical peut signifier une perte irréversible. C’est la réalité quotidienne à Gaza, où la santé publique est au bord de l’effondrement après des mois de conflit intense. La réouverture partielle du passage de Rafah offre une lueur d’espoir ténue, mais soulève aussi de nombreuses interrogations sur l’ampleur réelle de cette mesure et ses impacts concrets.
Une réouverture au compte-gouttes : les faits du premier jour
Le lundi correspondant au premier jour opérationnel de cette réouverture, les autorités égyptiennes avaient fixé un plafond à 50 patients autorisés à franchir la frontière, chacun accompagné de deux personnes au maximum. Pourtant, la réalité sur le terrain s’est révélée bien plus restrictive. Une source officielle à la frontière a confirmé que seulement cinq blessés, soutenus par sept accompagnateurs, ont réussi à passer en Égypte.
Ces patients, transportés par trois ambulances, ont été pris en charge immédiatement par les services de santé égyptiens pour une évaluation et une orientation vers les hôpitaux appropriés. Cette faible affluence contraste avec les besoins criants exprimés par les autorités médicales locales, qui estiment à environ 20 000 le nombre de personnes nécessitant des soins urgents à l’extérieur, dont 4 500 enfants.
Dans l’autre sens, des bus blancs ont permis à un petit groupe de Palestiniens de regagner Gaza depuis l’Égypte, mais les chiffres exacts n’ont pas été rendus publics officiellement. Des images montrent ces véhicules repartir à vide après avoir déposé leurs passagers, illustrant la prudence qui entoure encore ces mouvements.
Les préparatifs massifs côté égyptien
L’Égypte a mobilisé des ressources considérables pour faire face à cet afflux potentiel. Pas moins de 150 hôpitaux, 300 ambulances, 12 000 médecins et 30 équipes d’urgence ont été placés en état d’alerte. Ces dispositions montrent l’ampleur de l’engagement égyptien pour absorber les patients en provenance de Gaza.
Cette mobilisation reflète la conscience des défis logistiques et médicaux posés par l’arrivée de blessés souvent dans un état critique. Les examens initiaux à la frontière permettent de trier les cas les plus urgents et d’éviter une saturation immédiate des structures de santé.
« Cinq blessés et sept accompagnateurs » ont traversé le poste-frontière.
Source à la frontière
Cette citation illustre la discrétion avec laquelle se déroule cette opération : pas de fanfare, mais une mise en œuvre progressive et contrôlée.
Contexte de la fermeture prolongée et raisons de la réouverture
Depuis mai 2024, le passage de Rafah était resté fermé suite à des opérations militaires dans la zone. Ce point de passage unique représente un enjeu stratégique majeur. Sa fermeture a exacerbé la crise humanitaire, isolant davantage la population et limitant l’accès aux soins vitaux.
La réouverture intervient au lendemain de frappes qui ont causé de nombreuses victimes. L’armée israélienne a justifié ces actions par la nécessité de répondre à des mouvements près de tunnels. Ce climat tendu souligne la fragilité de la situation actuelle.
Aucune aide humanitaire internationale n’a été autorisée à entrer via ce passage pour le moment. Les restrictions restent importantes, limitant les flux à un nombre restreint de personnes.
Les besoins médicaux urgents à Gaza
Le directeur de l’hôpital principal de Gaza a alerté sur l’état catastrophique du système de santé. Avec des infrastructures endommagées et un manque chronique de ressources, des milliers de patients attendent un transfert vital. Parmi eux, une proportion importante concerne des enfants.
Les chiffres – 20 000 patients en urgence, dont 4 500 enfants – traduisent une crise sanitaire profonde. Blessures non soignées, maladies chroniques aggravées, infections : les conséquences sont potentiellement irréversibles.
- Blessures graves nécessitant chirurgie spécialisée
- Maladies chroniques sans suivi adapté
- Enfants souffrant de malnutrition et complications
- Traumatismes psychologiques nécessitant prise en charge externe
Ces catégories mettent en lumière l’ampleur du défi. Chaque patient autorisé à sortir représente une chance de survie.
Une fenêtre d’espoir symbolique
Pour les habitants de Gaza, cette réouverture constitue une bouffée d’air. Un responsable local l’a qualifiée de « fenêtre d’espoir ». Elle ouvre la voie à un retour progressif et potentiellement à l’arrivée de membres d’un comité administratif.
Ce comité de 15 personnes pourrait bientôt franchir la frontière. Cela s’inscrit dans des arrangements visant à stabiliser la gouvernance.
L’espoir reste mesuré. Les restrictions imposent un contrôle strict, et le volume reste dérisoire face aux besoins.
Implications humanitaires et perspectives futures
Cette réouverture pose des questions essentielles sur la capacité à évacuer les milliers de patients. À ce rythme, il faudrait des mois pour traiter tous les cas urgents. L’aide humanitaire sera-t-elle bientôt autorisée ?
Les autorités égyptiennes ont démontré leur préparation, mais la clé réside dans la fluidité des autorisations. Le passage de Rafah porte l’espoir d’une normalisation, mais aussi le risque d’une fermeture renouvelée.
Pour les familles, les malades, chaque ouverture compte. La situation reste précaire, et l’avenir dépendra des engagements respectés.
En attendant, ce premier jour rappelle que derrière les chiffres se trouvent des vies humaines suspendues à une décision. L’espoir existe, fragile, et chaque patient sorti est une petite victoire.









