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Reliques de Saint François Exposées à Assise : Émotion Historique

À Assise, des files interminables se forment pour approcher les véritables ossements de Saint François, exposés pour la première fois en près de 50 ans. Les pèlerins touchent le verre, émus aux larmes, convaincus que le saint leur parle encore. Mais que révèle vraiment cette proximité avec ses restes mortels ?

À Assise, en ce début d’année 2026, une ferveur particulière anime les ruelles menant à la basilique Saint-François. Des milliers de personnes affluent chaque jour, venues des quatre coins de l’Italie et parfois de plus loin, pour un rendez-vous unique dans l’histoire religieuse : contempler de près les reliques authentiques de Saint François d’Assise. Pour la première fois depuis des siècles, les ossements du saint sont présentés au public dans des conditions exceptionnelles, et cette exposition suscite une émotion collective rarement égalée.

Un moment historique pour les pèlerins du monde entier

Depuis le lancement de cette présentation publique dimanche matin, une file ininterrompue serpente sur la vaste esplanade devant l’église inférieure. Familles avec enfants, couples, seniors, tous patientent calmement sous une grande tente blanche après avoir franchi les contrôles de sécurité. Le dispositif est impressionnant : environ 750 visiteurs toutes les trente minutes, sur réservation gratuite préalable. Et déjà, près de 400 000 créneaux ont été réservés pour les semaines à venir.

Cette affluence record témoigne d’un intérêt exceptionnel. L’année 2026 marque en effet le 800ᵉ anniversaire de la mort de celui qui reste, huit siècles plus tard, l’un des saints les plus aimés et les plus universels de la chrétienté. L’occasion était trop belle pour ne pas offrir aux fidèles une rencontre aussi intime que possible avec les restes physiques de cet homme qui a bouleversé son époque.

Une proximité émouvante avec les ossements du Poverello

Devant l’autel, protégés par une vitrine en plexiglas insérée dans un caisson transparent, les ossements reposent sur un drap de soie blanche. Les visiteurs peuvent s’approcher suffisamment pour toucher le verre extérieur. Ce geste simple, presque tactile, provoque chez beaucoup une émotion profonde. Certains font le signe de croix, d’autres s’agenouillent, d’autres encore font glisser lentement leur chapelet sur la surface lisse.

« Nous avons vraiment la vérité sous les yeux », confie une femme de 65 ans venue de Vérone. Elle explique que cette proximité rend la présence du saint incroyablement réelle. « Parfois nous doutons, mais là, nous pouvons voir et toucher. Cela change tout. » Ses yeux brillent encore en racontant son expérience sous le soleil hivernal radieux.

« Avoir cette proximité avec les ossements, cela rend la chose très réelle. Parce que parfois, nous doutons, mais dans ces moments-là, nous avons vraiment la vérité sous les yeux, nous avons la possibilité de la voir et de la toucher. »

Ce témoignage n’est pas isolé. Nombreux sont ceux qui ressortent de la basilique visiblement bouleversés, le visage marqué par une joie mêlée de recueillement. Pour eux, ce n’est pas seulement un squelette ancien : c’est le corps de celui qui a choisi la pauvreté radicale, qui parlait aux oiseaux, qui recevait les stigmates, qui écrivait le Cantique des Créatures.

Les reliques : un secret bien gardé pendant des siècles

Le corps de Saint François a été transféré dans la basilique dès 1230, seulement quatre ans après sa mort. Mais sa tombe exacte est restée cachée pendant près de six siècles. Ce n’est qu’en 1818, à l’issue de fouilles menées dans le plus grand secret, que les franciscains ont retrouvé les restes scellés dans la crypte inférieure.

Depuis lors, les ossements n’ont été exposés au public qu’à de très rares occasions. En 1978, une présentation très restreinte a eu lieu pendant une seule journée, réservée à un cercle restreint. Hormis quelques exhumations scientifiques pour vérification, les reliques sont demeurées à l’abri des regards, protégées dans leur crypte.

Cette nouvelle exposition, qui se prolonge jusqu’au 22 mars, constitue donc un événement d’ampleur historique. Elle permet à des centaines de milliers de personnes d’accéder à ce que l’on considérait jusque-là comme presque inaccessible.

Des restes marqués par une vie d’ascèse intense

Un frère franciscain responsable de la communication du couvent décrit les ossements comme « consumés ». Non pas par le temps seul, mais par une existence de fatigue, de privations, de marches interminables et de nuits passées dans des grottes. Le crâne, de petite taille, porte aussi les traces d’un dommage survenu lors du transfert au XIIIᵉ siècle.

Pourtant, paradoxalement, ces restes paraissent « vivants » aux yeux de nombreux visiteurs. « On le sent très vivant. Et c’est comme s’il était encore là en chair et en os – les os oui, mais surtout la chair, l’esprit et le message qu’il transmet », explique un homme de 35 ans venu avec sa compagne. Le passage est bref, mais l’intensité est maximale.

« Assurément, se tenir près d’un tel exemple de sainteté transmet quelque chose à l’esprit, donc on ressent presque le message de François en passant devant, comme s’il nous parlait. »

Cette sensation de présence spirituelle persiste bien après la visite. Beaucoup repartent avec le sentiment d’avoir reçu un message personnel, une invitation renouvelée à la simplicité, à l’humilité, à l’attention aux plus pauvres.

Les valeurs intemporelles de Saint François aujourd’hui

Pourquoi un homme mort il y a huit cents ans continue-t-il de fasciner autant ? La réponse se trouve sans doute dans les valeurs qu’il a incarnées avec une radicalité déconcertante : pauvreté volontaire, fraternité universelle, respect de la création, joie dans la simplicité.

Une visiteuse résume parfaitement ce qui touche tant de cœurs : « Saint François représente énormément de valeurs, parmi lesquelles l’humilité, la simplicité, l’essentialité. Ce sont les plus importantes. » Dans un monde souvent marqué par l’excès, la compétition et le matérialisme, ces principes résonnent avec une force particulière.

Une religieuse venue de Naples confie avoir ressenti « une joie immense, inexplicable » en contemplant les restes mortels. « C’est comme si Saint François était vraiment vivant, et cela ravive l’espérance en nous qui vivons maintenant sur la terre. »

Un pèlerinage qui dépasse les frontières religieuses

Bien que profondément ancré dans la tradition catholique, cet événement attire également des personnes qui ne se revendiquent pas forcément comme pratiquantes. Saint François transcende les clivages : écologistes sensibles à son amour de la nature, pacifistes inspirés par son dialogue avec les autres religions, artistes touchés par sa poésie, philosophes interpellés par sa critique de la richesse.

L’exposition devient ainsi un lieu de rencontre entre foi et culture, entre histoire et actualité. Elle rappelle que certains messages gardent une pertinence intacte malgré le passage des siècles.

Organisation et affluence : un défi relevé avec succès

Gérer une telle foule n’est pas simple. Les réservations obligatoires permettent de fluidifier le passage et d’éviter les longues attentes incontrôlables. Le parcours est balisé, sécurisé, pensé pour que chacun puisse vivre ce moment dans le recueillement malgré le nombre.

Les franciscains, conscients de l’enjeu, ont mobilisé toutes leurs forces pour que l’expérience reste spirituelle avant tout. Pas de merchandising envahissant, pas de mise en scène spectaculaire : la sobriété domine, fidèle à l’esprit du saint.

Un héritage toujours vivant en 2026

Alors que le monde traverse des crises multiples – environnementales, sociales, spirituelles – la figure de François d’Assise apparaît comme un phare discret mais puissant. Ses reliques exposées ne sont pas un simple objet de curiosité historique : elles deviennent un rappel concret d’une vie entièrement donnée.

Toucher le caisson, c’est peut-être, pour quelques instants, toucher du doigt cette radicalité joyeuse qui continue d’inspirer des millions de personnes. C’est se laisser interpeller par un homme qui, il y a huit cents ans, choisissait de tout quitter pour mieux embrasser la vie.

Jusqu’au 22 mars 2026, Assise vit au rythme de ces pèlerins silencieux qui viennent, regardent, touchent, pleurent parfois, et repartent changés. Un événement rare, précieux, qui rappelle que la sainteté, loin d’être une abstraction, peut se manifester dans des os fragiles et usés, mais porteurs d’une espérance infinie.

Ce moment unique ne se reproduira sans doute pas de sitôt. Il laisse déjà dans les mémoires une trace profonde, celle d’une rencontre entre le passé et le présent, entre la matière et l’esprit, entre un homme du XIIIᵉ siècle et les hommes et femmes d’aujourd’hui.

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