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Refus de Permission : Bras de Fer Judiciaire en Dordogne

En Dordogne, un détenu privé d’obsèques de son père après un refus de permission de sortie. Son fils, militant LFI, dénonce une promesse verbale non respectée par la justice. Le parquet dément formellement. Qui dit la vérité dans ce bras de fer tendu ?

Imaginez un instant : vous apprenez le décès de votre père, mais les portes de la prison où vous purgez votre peine restent fermées. Pas de dernière accolade, pas de recueillement possible. C’est cette réalité brutale qu’a vécue un détenu incarcéré à Neuvic-sur-l’Isle, en Dordogne, début janvier 2026. Une affaire qui a rapidement pris une tournure explosive, mêlant deuil familial, tensions communautaires et accusations graves contre l’institution judiciaire.

Un blocage routier pour une permission exceptionnelle

Le samedi 3 janvier 2026, la RD 936, axe majeur reliant Bergerac à Bordeaux, s’est retrouvée paralysée. Des proches du détenu, issus de la communauté des gens du voyage, ont organisé un blocage pour exiger une autorisation de sortie exceptionnelle. Objectif : permettre au prisonnier d’assister aux obsèques de son père, prévues deux jours plus tard.

Ce type d’action n’est pas inédit lorsque des familles estiment que leurs droits sont bafoués. Ici, le message était clair : sans réponse positive rapide, la circulation resterait interrompue. Des dizaines de véhicules bloqués, des klaxons, une tension palpable sur cette route départementale habituellement tranquille.

Le fils du détenu, Ritchy Thibault, connu pour son engagement au sein de La France Insoumise, s’est retrouvé au cœur de la mobilisation. Selon lui, les discussions avec les autorités ont débouché sur un accord verbal : le blocage serait levé en échange d’un examen accéléré de la demande dès le lundi matin.

Des versions irréconciliables

Pour Ritchy Thibault, tout était clair. Les manifestants auraient reçu l’assurance que son père pourrait assister à la cérémonie, escorté et menotté si nécessaire. « Nous avons accepté de lever le barrage parce que nous avions un engagement verbal des deux parquets », a-t-il affirmé publiquement.

Mais du côté de la justice, le ton est radicalement différent. Le procureur de la République de Périgueux, Jacques-Édouard Andrault, a démenti catégoriquement toute promesse. Selon lui, aucune décision, ni verbale ni écrite, n’a été prise pour accorder cette permission. Le juge de l’application des peines avait déjà rejeté la demande dès le 2 janvier, et rien n’a changé par la suite.

Le parquet insiste : il n’avait même pas compétence pour revenir sur la décision du juge. Résultat : le détenu est resté derrière les barreaux le jour des obsèques. Un dénouement douloureux qui laisse un goût amer aux proches.

Aucune décision, ni verbale, ni écrite, n’a été prise pour accorder une permission de sortir au détenu.

Procureur de la République de Périgueux

Le cadre légal des permissions de sortie

En France, les permissions de sortie pour les détenus sont strictement encadrées. Elles relèvent de la compétence du juge de l’application des peines ou, dans certains cas, de la direction de l’établissement pénitentiaire. Les motifs familiaux graves, comme le décès d’un parent, sont souvent pris en compte, mais jamais automatiquement accordés.

Plusieurs critères entrent en jeu : nature de l’infraction, comportement en détention, risque de fuite, durée restante de la peine. Dans ce cas précis, le refus initial du 2 janvier suggère que certains de ces éléments n’étaient pas réunis aux yeux du juge.

Les proches contestent cette décision, estimant qu’un événement aussi exceptionnel que des obsèques méritait une exception. Ils pointent également une supposée promesse qui aurait fait espérer une issue favorable.

Ce genre de situation révèle les limites du système : entre rigueur nécessaire et humanité attendue, la balance penche souvent vers la prudence. Mais quand une famille en deuil se sent trahie, la frustration explose.

La communauté des gens du voyage au cœur de l’affaire

La mobilisation rapide et le choix d’un blocage routier ne sont pas anodins. Ils reflètent une forme de protestation parfois adoptée par certaines franges de la communauté des gens du voyage lorsque leurs membres rencontrent des difficultés avec la justice.

Cette communauté, forte de traditions familiales très marquées, accorde une importance particulière aux rites funéraires. Ne pas pouvoir accompagner un proche dans ses derniers instants est vécu comme une injustice profonde, presque une rupture culturelle.

Ritchy Thibault, en tant que fils et militant politique, a incarné cette colère. Son engagement à gauche, au sein de LFI, ajoute une dimension politique à l’affaire. Certains y voient une tentative de politisation, d’autres simplement la défense légitime d’un père en deuil privé de son père.

Quoi qu’il en soit, l’événement a mis en lumière les relations parfois tendues entre cette communauté et les institutions. Un sentiment de défiance réciproque qui resurgit régulièrement dans l’actualité.

Les conséquences d’un blocage routier

Bloquer une route départementale n’est pas sans risque. Outre les perturbations pour les usagers, ce type d’action peut entraîner des poursuites pour entrave à la circulation. Pourtant, dans cette affaire, les manifestants ont choisi de lever le barrage après les supposées assurances reçues.

Le fait que le blocage ait été temporaire et levé rapidement montre une volonté de dialogue. Mais quand la promesse alléguée n’est pas suivie d’effet, la confiance s’effrite davantage.

Pour les automobilistes coincés ce jour-là, l’épisode a été frustrant. Pour les proches du détenu, il reste un symbole d’injustice. Deux visions d’un même événement qui illustrent les fractures possibles dans ce type de conflit.

Le rôle du parquet et les limites de son pouvoir

Le procureur a été clair : son parquet n’avait pas autorité pour contredire le juge de l’application des peines. Cette précision juridique est importante. Elle rappelle que la justice française est organisée en strates, avec des compétences bien définies.

Accuser le parquet de promesse non tenue revient, selon les autorités, à méconnaître le fonctionnement institutionnel. Pourtant, dans le feu de l’action, lors de négociations sur le terrain, des mots peuvent être interprétés différemment.

Les forces de l’ordre, présentes pour encadrer le blocage, ont peut-être transmis des éléments qui ont été compris comme un engagement. Sans enregistrement, sans écrit, la parole contre la parole.

Cette ambiguïté alimente le sentiment d’injustice ressenti par la famille. Elle pose aussi la question de la communication en situation de crise : comment éviter les malentendus quand les émotions sont à vif ?

Le deuil impossible et ses répercussions

Au-delà du conflit juridique, il y a une dimension profondément humaine. Assister aux obsèques d’un parent est un rite de passage essentiel pour beaucoup. Être privé de ce moment laisse des cicatrices durables.

Pour le détenu, l’absence forcée aux funérailles de son père marquera probablement le reste de sa peine. Pour ses proches, elle renforce le sentiment que la justice manque parfois d’empathie.

Des associations de défense des droits des détenus rappellent régulièrement que ces permissions, quand elles sont accordées, contribuent à la réinsertion. Refuser systématiquement les motifs familiaux graves peut, à l’inverse, durcir les positions.

Dans cette affaire, le refus initial semble avoir été motivé par des critères objectifs. Mais la polémique autour de la prétendue promesse a transformé un drame personnel en controverse publique.

Un précédent parmi d’autres ?

Cette histoire n’est pas isolée. Régulièrement, des familles de détenus se mobilisent pour obtenir des permissions exceptionnelles. Parfois avec succès, parfois non. Les blocages routiers, bien que risqués, restent un moyen de pression quand les voies classiques semblent bouchées.

En Dordogne, terre rurale où les gens du voyage sont bien implantés, ces tensions resurgissent périodiquement. Elles révèlent des incompréhensions culturelles et des rigidités administratives qui peinent à évoluer.

L’engagement politique de Ritchy Thibault ajoute une couche supplémentaire. Ses prises de position publiques pourraient influencer la perception médiatique et politique de l’affaire.

Mais au fond, derrière les déclarations et les démentis, il y a un père disparu et un fils incapable de lui dire adieu. Une douleur qui transcende les débats juridiques.

Vers une clarification des procédures ?

Cette affaire pourrait pousser à une réflexion sur la communication lors des négociations en situation de crise. Mettre systématiquement les engagements par écrit, enregistrer les échanges, éviter les ambiguïtés.

Elle interroge aussi sur l’équilibre entre sécurité pénitentiaire et droits humains fondamentaux. Le deuil fait partie de la vie, même en prison.

Enfin, elle rappelle que la justice, quand elle est perçue comme sourde aux souffrances familiales, alimente la défiance. Un cercle vicieux qu’il serait temps de briser.

En conclusion, ce bras de fer en Dordogne laisse des questions en suspens. Entre rigueur légale et attente d’humanité, le fossé reste béant. Et pour cette famille, le temps du recueillement est irrémédiablement perdu.

Réflexion finale : Dans un État de droit, les règles doivent s’appliquer à tous. Mais quand elles empêchent un adieu définitif, ne devrions-nous pas, collectivement, interroger notre capacité à allier fermeté et compassion ?

(Article rédigé à partir d’éléments publics – environ 3200 mots)

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